Chapitre 133:
Chapitre 28.2
(par
lambertine, ajouté le 10/02/00 20:56)
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- Tu es coordinateur des Verts. - Hein ? Aurélien laisse tomber son sac et regarde Célestin d'un air béat, paraissant ne pas avoir compris ses paroles. Quoi ? Lui ? Coordinateur ? Ce n’est pas possible. Il n'est pas prêt. Il n'a même pas son point 5. - Ils te l'ont donné d'office. Avec le départ de Jean-Jacques, tu deviens le plus ancien des Verts. A part Hermann, mais Hermann est en phase de sortie, et en plus il est puni. - Mais je ne sais pas comment faire, moi ! soupire le jeune homme. Et je n'ai pas envie d'être coordinateur. Je suis trop brouillon pour organiser les tâches correctement... Brouillon, oui. Bordelique à l'extrême. Sans doute, aux yeux de l'Equipe, assumer des responsabilités d'organisateur ne pourrait que lui faire du bien. L'Equipe n'a pas tort sur tous les points. - ... et jouer les gardes-chiourme, ce n'est pas vraiment mon truc. Tu me vois, moi, obligé de t'interpeller à la Staff ? Célestin rit. Ou fait semblant. Difficile de savoir. - Et l'inverse ? Tu me vois, moi, t'interpeller à la Staff ? Je ne suis arrivé qu'une semaine après toi. Je suis le prochain sur la liste. Du moins, je devrais l'être. Ca m'étonnerait fort qu'ils me fassent un jour un coup pareil. Ca a parfois des avantages, d’être un moins que rien. Aurélien veut parler, s’abstient. Ils s’en vont vers le fumoir. Je prends la direction de la cuisine, accompagnée par Agnès. - Pourquoi est-ce qu’il a dit ça ? me demande-t-elle. Et pourquoi est-ce qu’Aurélien n’est pas content ? Ca me plairait bien, à moi, d’être coordo. - Il a dit ça parce que c’est vrai. Pas qu’il est un moins que rien, mais qu’on le considère comme tel ici. Tu n’es pas aveugle, quand même. Quant à Aurélien, si tu savais comme je le comprends ! Je le comprends, parce que l’Equipe l’a « nommé » non seulement sans lui demander son avis, mais surtout derrière son dos. Pour qu’il ne puisse pas s’exprimer. Pour qu’il ne puisse pas dire en quoi le poste de coordinateur le dérange. Je ne sais que trop bien ce que je ressentirais à sa place. Je ne suis pas ici pour diriger les autres. Je ne suis encore moins ici pour juger les autres. De quel droit ? Qui suis-je, pour pouvoir le faire ? Et une question commence à me tarauder : est-il possible, en trouvant les bons arguments à opposer à l’Equipe, de refuser de devenir coordinatrice ? - Tu refuserais ? Vraiment ? - Pourquoi pas ? - Je ne sais pas. Je serais fière, moi, d’avoir des responsabilités. D’avoir la confiance de l’Equipe. De pouvoir m’impliquer dans le fonctionnement du Centre, et d’essayer d’aider les autres. Je crois que Célestin aussi, en serait heureux et fier. - Il l’a dit lui-même : ça ne risque pas d’arriver. Et on peut très bien aider les autres sans être coordo. On peut essayer, du moins. Enfin, la situation ne risque pas de se présenter très vite, ni à toi, ni à moi. Plutôt que la coordination, c’est le service à table qui nous attend. Le gratin de poisson-purée qui n’appartient qu’au Centre. Mauvais ? Non. Bon ? Non plus. Spécial, sans être étonnant. Unique. Notre Cure toute entière dans un plat en pyrex. Dans un plat impossible à laver ensuite en machine. Le gratin de poisson du Centre : le cauchemar de l’équipe vaisselle. Après avoir servi les autres, je me sers moi-même, et je m’assieds entre Dominique et Damien. Dominique, qui n’est pas encore, selon l’Equipe et selon elle-même, prête à rentrer chez elle. Damien qui a déjà la tête ailleurs. Dehors. Damien, à la fois heureux de rentrer chez lui, et un brin craintif à l’idée de retrouver la maison familiale. La maison de son père. Son père. Qu’il craint, et qu’il admire. Dont il redoute le jugement. Dont il redoute le désamour. Dont il espère l’amour. Ou du moins l’affection. Son père qu’il ne veut plus décevoir. - Pourquoi le décevrais-tu ? Tu fais ton possible et ta cure se passe bien. - Je n’en sais rien. Je n’arrête pas de le décevoir depuis que j’ai atteint l’âge de raison. Je ne suis pas assez bon pour lui. Pas assez bon à l’école. Pas assez bon en sport. Pas assez… - Arrête. - Pourquoi ? - Parce que tu étais très bon. Et à l’école, et, en sport. Il faudra bien qu’il comprenne un jour que tu n’es pas parfait. - J’ai bu, je me suis drogué, et j’ai raté mes études. C’est bien plus que n’être pas parfait. - Tu ne bois plus, tu ne drogues plus, et tu reprendras tes études en Septembre. Laisse-lui du temps, Damien. Le temps de comprendre que tu as changé. Que tu es redevenu toi-même. Lui-même. Le garçon gentil et brillant, avide de bien faire. Trop avide de bien faire. Trop avide pour tenir le coup sans aide. Et sans amour. Sans l’amour de ce père trop exigeant, trop rigide. Et sans l’amour d’une femme. - Tu sais bien qu’il t’aime. Tu l’as dit toi-même, dans ton Roman. Il ne t’a jamais laissé tomber. - Il m’a fichu dehors quand même. Je devais l’avoir mérité. - Mais tu t’es repris. Quant aux filles… tu es très séduisant, Damien. Il secoue la tête, négativement. Il est persuadé du contraire. Il est moche, à ses yeux. Tellement moche qu’il n’ose pas se mettre en maillot de bain. Tellement moche qu’aucune fille ne posera jamais les yeux sur lui. Sauf pour se moquer de lui. Comme l’a fait Aurore. - Aurore ne te méritait pas. Tu dois reprendre confiance en toi, Damien. Si j'avais l'âge de ma fille, ça ne me déplairait pas que tu me fasse la cour. Tu es mignon, et tu es sympa. - Et j'aime Tolkien et la Fantasy. Ca n'intéresse pas trop les jeunes filles. - Bien sûr que si. Pas toutes les jeunes filles, mais certaines d'entre elles. J'en connais. - Des comme toi, avec trente ans de moins ? - Des mieux que moi avec trente ans de moins.
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