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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 139: Chapitre 29.2
(par lambertine, ajouté le 23/02/00 00:44)


Aurélien discute avec Aurélien. Je les regarde de lion, mon fils blond, mon cocuriste brun. Mignons. Intelligents. Ils rient. De quoi ? Je n’en sais rien. Je remplis une tasse de café que j’apporte à mon rejeton. Il me remercie, me rejoins quelques minutes plus tard. Me demande des nouvelles de Dominique. Je réponds, évasive. Je n’ai pas envie de lui dire que mes relations avec la petite ouvrière ne sont pas très bonnes. Lui, l’aime bien. L’admire, aussi. Parce qu’elle se bat, qu’elle tient le coup malgré sa solitude. Il a sans doute raison. Qui aurait parié un centime sur les chances de réussite de Dominique lors de son arrivée ici ? Personne, je crois. Et elle est toujours là, avec la ferme intention de mener sa cure à bien. Plus ferme que la mienne, à n’en pas douter. Elle possède une foi qui me manque, et que je tente de simuler devant mes enfants. Devant Aurélien que j’accompagne en ville, « manger un morceau ».
- Tu as bonne mine, me dit-il. Tout se passe bien ?
- Oui.
Je ne vois pas que lui répondre d’autre. Je lui raconte les potins des derniers jours. J’évite les sujets qui pourraient l’inquiéter. Laura, sa folie et son renvoi. Les insinuations de la psychologue. Mon irritation croissante face à l’injustice. Je lui promets d’être sage. Je ne sais pas s’il me croit. Mais il fait semblant. Plutôt bien. Mes enfants sont de bons comédiens, même si Aurélien n’est pas professionnel.
- Je sors avec Madeleine.
- Madeleine ?
- Oui.
- « La » Madeleine ?
Elle était sa petite amie lorsqu’il avait treize ans. Elle l’est redevenue deux ans plus tard. A l’époque, je lui avais prédit qu’il finirait par l’épouser, un jour ou l’autre.
- Oui, mais ne te mets pas des idées en tête, hein ! Je n’ai pas dit que j’étais amoureux.
Il prend un air blasé. Il ne croit pas à l’amour, bien sûr. Il est au-dessus de tout ça.
Mais il sort avec Madeleine. Mon petit dernier, mon bébé, a une petite amie. Je devrais me sentir vieille, dépossédée de mon enfant. Mais non. Je suis contente pour lui. C’est tout. Les oisillons sont faits pour quitter le nid, pas pour végéter dans les jupes de leur mère.
Même si Aurélien n’est encore qu’un petit garçon, à mes yeux.
Il engloutit une planche. Un café. Nous nous promenons dans les rues de la ville. Nous croisons, comme il se doit, des curistes en goguette. Agnès et sa tribu. Marcello et ses enfants. Philippe, son frère et son chien. Plus l’un ou l’autre parmi les membres de l’Equipe. La ville n’est pas grande. Elle est même trop petite. Et trop loin de tout. L’après-midi est trop court. Le temps passe trop vite. Aurélien doit repartir. Reprendre le bus, puis le train, pour retrouver sa vie, ses études et sa chérie. Loin. Trop loin…
Il repart, et je signe le registre des sorties… des entrées. Je me dirige vers la cuisine, et veut me servir un café au passage.
- Je t’ai déjà dit que ça ne te valais rien, entends-je, tandis qu’on me prend la tasse des mains.
- Et moi, je crois t’avoir déjà dit de te mêler de ce qui te regarde.
- Je me mêle de ce qui me regarde. J’ai pas envie que tu sois encore à cran.
Célestin bâille à gorge déployée. Le café ne me vaut peut-être rien, mais lui ferait bien d’en avaler une tasse ou deux, s’il ne veut pas s’endormir pendant le temps salon.
- Et puis quoi encore ? Tu veux que je pète les plombs ? C’est du tord-boyau, ce truc.
- Tu as l’air crevé.
Il sourit, espiègle.
- Je suis sorti hier soir. Avec Clothilde. Mais j’ai rien pris, tu sais. Ils ont fumé devant moi, mais j’y ai pas touché. Parole de scout.
- Parce que tu es scout, toi ?
- Je l’ai été. Enfin, louveteau surtout. Et j’ai pas fait de connerie. J’ai réussi l’épreuve.
Fier comme Artaban, le gamin. Moi aussi, je suis fière de lui, même si j’ai envie de l’enguirlander vite fait. Quelle idée, de sortir avec son ex-copine en compagnie de toxicomanes pas ex du tout.
- C’était de la beuh. Tout le monde fume de la beuh. Ton fils aussi, fume de la beuh. Et ce n’est pas difficile, pour moi, de dire non à ça. Ce sera bien plus difficile Jeudi.


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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.