Chapitre 14:
Chapitre 4.3
(par
lambertine, ajouté le 23/07/09 23:34)
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Fin des cours. Cet endroit ressemble de plus en plus à un pensionnat de bonnes sœurs. Je vais quitter le poulailler lorsque l’éducatrice me rappelle à l’ordre.
- Nous n’apprécions pas que nos résidents en appellent d’autres autrement que par leur prénom. Célestin est Célestin. Pas « Le petit ». C’est bon pour une fois.
Il n’empêche qu’il pourrait largement être mon fils. Et que sa feuille de travail traîne sur une chaise. Je la prends, espérant éviter que l’éducatrice ne la remarque. Qu’une nouvelle sanction ne soit infligée au gamin. Pour lui, ici, ce n’est jamais « bon pour une fois ».
Je le rejoins dans le salon. Penché sur son éternel Solitaire, il a dressé ses murailles. Stefano a cessé de lui parler. Je dois m’y prendre à plusieurs reprises pour qu’il daigne lever la tête.
- Je n’ai pas besoin de cette feuille. Jette- la. Ou lis-la, si tu en as envie.
- Si toi, tu en as envie.
- Je m’en fiche.
- Tu en es sûr ?
Moi je suis sûre du contraire. Il me suffit d’approcher la poubelle, la feuille à la main, et de sentir la tension du gamin pour ne plus avoir de doute. Je m’en veux de jouer ainsi avec ses nerfs. Je m’assieds à ses côtés, et me mets à lire. À tenter de lire les mots barrés, raturés, qui n’ont rien à voir avec ce qu’il a dit au cours de la réunion.
« De quoi ai-je peur ? De la pourriture du monde. De la vie. De moi. De moi qui suis faible. Source de malheur pour ceux que j’aime. Qui voudrais tant les rendre heureux, et qui n’y arrive pas. Qui voudrais tant les protéger, et qui leur cause bien des soucis. »
« Quelle sera ma priorité ? Être quelqu’un de bien. Faire le bien autour de moi. Aider les autres. Que Dieu permette que, lorsque je paraîtrai devant lui, je puisse lui affirmer qu’à partie de ce jour, j’ai mené la vie d’un homme de bien. »
Il a posé le jeu sur la table basse, s’est renversé dans le fauteuil rouge. A fermé les yeux. Fait semblant de dormir. Je sais qu’il attend.
- Pourquoi n’as-tu pas dit à la réunion ce que tu as écrit ?
Il garde les yeux clos.
- Pourquoi l’as-tu pas fait, toi ?
Je n’ai pas envie de parler de la mort de Jean. Pas encore.
- C’est trop intime.
- Et ce que j’ai écrit est idiot. Un type comme moi ne peut pas devenir quelqu’un de bien. Ils le savent.
- Ils ? Qui ça, « ils » ?
- L’Équipe. Tout le monde. Toi.
Moi ? J’ai dit qu’il ressemblait à un gamin de meurde avec son polo noir, pas qu’il en était un. J’ai regretté mes paroles, mais ne lui ai pas demandé pardon.
- Tu n’as pas à le faire. Je suis un gamin de meurde. Un gamin de rue. Un repris de justice. Un tox pourri jusqu’à l’os. Un …
- Arrête !
Il est interdit de toucher les autres résidents, mais peu importe. Je le prend par l’épaule, le secoue brutalement. Je me retiens difficilement de le gifler. Il sursaute, me lance un regard d’animal apeuré.
- Arrête, Célestin ! Tu as vingt ans, et ta vie à construire. Cesse de dire des bêtises
- Ce ne sont pas des bêtises C’est la vérité.
Sa voix se brise, triste à mourir.
- La vérité. Regarde !
Il remonte sa manche gauche, offre à ma vue un bras abîmé par les traces d’injections de drogue.
- Regarde. Je suis marqué. Marqué à jamais. Dans ma chaire et dans ma vie. Quels parents voudront me donner leur fille ? Quel employeur me fera confiance ? Quel femme voudra de moi pour père de ses enfants ! Qui Diane ? Toi ?
Non. Honnêtement, non. Lui confier un travail, pourquoi pas ? Il est intelligent et visiblement courageux. Mais lui donner ma fille !
- Tu vois …
- Attends. J’ai mis trois jours à ne plus te détester.
- Mais tu ne me fais pas confiance. Et tu as pitié de moi. Je ne veux pas qu’on ait pitié de moi. Personne
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