Chapitre 140:
Chapitre 29.3
(par
lambertine, ajouté le 25/02/00 14:33)
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- Jeudi ? Qu'est-ce qui se passe, Jeudi ? Et pourquoi prétends-tu que mon fils fume de la beuh ? Et lequel de mes fils, d'abord ? Célestin fait preuve une capacité rare à passer de la désinvolture intégrale au sérieux le plus absolu. Plus aucune espièglerie dans ses yeux, plus aucune joie dans sa voix lorsqu'il me répond. De la gravité. Adulte. - Aurélien. Et tu le sais très bien. Ne me dis pas le contraire. Pas toi. Tu as des tas de défauts, mais tu n'es pas de ces mères qui se voilent la face. - Je le sais très bien, oui. Mais comment peux-tu le savoir, toi ? - Je le vois. J'ai dealé, tu sais. Les clients potentiels, je les repère. Tes enfants fument tous les trois. Enfin, ont fumé. Florentine a arrêté quand elle a eu le petit. - Exact. Le moyen de dire autre chose, puisque c'est vrai. - J'ai pas trop peur pour Frédéric, tant qu'il va bien. Mais Aurélien... je vois les gens, Diane. J'aime pas trop ça, mais je suis fait ainsi. - Sorcier ? Il n'est pas vexé du terme, cette fois. Il hausse les épaules. - Si tu veux. Fais attention. Ton fils, c'est un chic type, mais il ne faut pas qu'il aille plus loin. Qu'il essaie autre chose. Qu'il croie pouvoir gérer. On croit toujours ça, au début. Mais on peut pas. - Tu veux me faire peur, là ? Et même s'il ne le veut pas, il y a réussi. - Non. Aurélien va bien, et il ne fera pas de conneries cette semaine. Mais parle-lui, le week-end prochain. Tu es importante pour lui. Il t'écoutera. Je sais qu'il a envie de goûter, d'essayer. Je sais qu'il croit pouvoir gérer. Dis lui qu'on ne peut pas gérer. Personne ne peut. Enfin, si, l'alcool ou la beuh, on peut, mais... Pas les crasses. Dis-lui. - Je lui dirai que tu m'as dit de lui parler. - Je ne suis pas une référence. Juste un toxicomane. - Abstinent. Depuis sept mois. - Mais pour combien de temps Diane ? Je ne sais pas si je tiendrai, jeudi. - Qu'est-ce qui se passe, Jeudi ? De quoi as-tu peur, Célestin ? Il élude la question, me présente ses excuses. Il sait qu'il m'a fait peur, et s'en veut, sans regretter pourtant sa mise en garde. - Je ne pouvais pas faire autrement. Je ne veux pas qu'Aurélien devienne comme moi. Je ne veux pas qu'Aurélien devienne comme lui, moi non plus. Je ne veux pas qu'il devienne esclave d'un poison quelconque. Parce qu'il est mon fils, mon petit garçon, et que je l'aime. Je ne veux pas qu'il succombe aux attraits des paradis artificiels, parce que je sais trop bien ce qu'est la dépendance. Et que je suis une mère, comme toutes les les mères, ou presque. J'ai peur, maintenant, mais je n'en veux pas à Célestin de m'avoir parlé. Je sais qu'il a raison. Je ne comprends pas comment il a pu le deviner, mais je sais qu'il a raison. Je le sais que certains des amis d'Aurélien consomment autre chose que de l'herbe. Je sais qu'il a envie d'essayer. Je sais qu'il croit, comme dit Célestin, pouvoir "gérer". Et je sais que je ne lui ai pas toujours montré le bon exemple. Je ne doute pas de mon fils. Je lui fais confiance. Il est intelligent. Et raisonnable. Et il me parle, aussi, comme je lui parle, moi. - Et ça, c'est important. Si tu savais comme c'est important !
- Communautaire ! Nous sommes Lundi, il est 9 heures à peine. Nous n'avons pas fini nos tâches du matin, et déjà nous sommes convoqués par l'Equipe. - Nous sommes au regret de devoir vous annoncer l'exclusion de Claude. Claude ? Claude ! Je connais très peu Claude. Je sais qu'il a la quarantaine, qu'il est restaurateur... et qu'il devait terminer sa cure vendredi. Qu'il lui restait quatre jour à passer au Centre. Quatre jours. Quatre ! - Il n'en restait que cinq à Joffrey, souviens-toi, me murmure Damien à l'oreille. Damien impose le silence à l'assemblée parcourue de murmures incrédule, et reprend ses explications. Un Résident, qu'il félicite pour son courage, sa droiture et sa fidélité à la philosophie du Centre a remarqué qu'à son retour de la librairie Claude, chargé d'aller chercher les journaux du jour, sentait l'alcool. - Il a commencé par nier. Il a fini par reconnaître les faits. Il a rechuté, ne l'a pas avoué spontanément, et, de ce fait, est exclu. Il aura quitté le Centre avant la fin de cette réunion. |
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