Chapitre 141:
Chapitre 29.3
(par
lambertine, ajouté le 26/02/00 16:20)
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Camille impose le silence à l'assemblée parcourue de murmures incrédule, et reprend ses explications. Un Résident, qu'il félicite pour son courage, sa droiture et sa fidélité à la philosophie du Centre a remarqué qu'à son retour de la librairie Claude, chargé d'aller chercher les journaux du jour, sentait l'alcool. - Il a commencé par nier. Il a fini par reconnaître les faits. Il a rechuté, ne l'a pas avoué spontanément, et, de ce fait, est exclu. Il aura quitté le Centre avant la fin de cette réunion. L’éducateur en chef nous rappelle le règlement, insiste sur le fait qu’il nous est interdit de voir Claude, ou même d’essayer. Il félicite Hubert pour son esprit d’équipe et son intégrité. Nous demande si nous avons des questions. Ou des ressentis à communiquer. Je n’ai pas de question à poser, et je garde mes ressentis pour moi. Claude m’est quasiment inconnu, même si nous partagions la même vie depuis près de deux mois. Il a toujours donné l’image d’un curiste exemplaire. Toujours calme, posé, actif en réunion. Respectueux du règlement. Jamais sanctionné. Il a passé dans ces murs plus de la moitié d’une année, plusieurs mois de sa vie loin des siens, à obéir à l’Equipe, à se soumettre aux règles, à vivre comme un écolier pensionnaire. Il a exposé ses sentiments, dévoilé son intimité, raconté son histoire par le menu. Il a abandonné tout amour-propre, comme on le lui a demandé. Et pourquoi ? Pour rien. Pour succomber après autant d’efforts à une flasque de whisky pas même exposée dans une librairie de province, à l’heure du petit déjeuner. C’est absurde. Cela n’a pas de sens. A la limite, je peux comprendre la rechute de Joffrey et de ses compagnons. Jeunes, en groupe, dans un endroit festif, j’arrive à admettre qu’ils aient succombé à la tentation. Mais où était la tentation pour Claude ? Où était-elle, sinon en lui-même ? Après sept mois ! Sept mois inutiles. Sept mois vains. Sept mois inféconds, inefficaces. Une cure inefficace, sans intérêt. - Il avait des problèmes familiaux. - Il n’allait pas bien ces derniers jours. Nous aurions du le voir. Dominique culpabilise. Gervaise aussi. Pas moi. Non seulement parce que Claude n’a jamais fait partie de mes proches, mais parce que j’estime que les professionnels auraient dû être les premiers à s’apercevoir de son malaise. Qu’ils auraient dû l’aider, le prendre en main, sinon le prendre en charge. La rechute tardive de Claude est un échec. Pour lui-même, certes, mais aussi pour l’Equipe. - Ce n’est pas une raison pour rechuter. - Toute rechute est une trahison. Claude a été déloyal envers nous tous. Il a surtout été déloyal envers lui-même, et les efforts accomplis durant sa cure. - Il aurait dû pouvoir affronter les épreuves sans boire. C’est pour apprendre ça que nous sommes ici. - Il a agi comme un lâche. Il a agi comme nous l’aurions tous fait, avant. Comme nous l’avons tous fait dans le monde extérieur. Claude est comme nous. Comme nous l’avons été. Tel que nous l’avons été. Tels que nous le sommes encore ? J’ai peur. Peur d’être ici pour rien. Peur que ma cure ne m’aide pas à changer, à devenir plus forte, à devenir meilleure. Pourquoi l’Equipe aurait-elle avec moi, qui doute un peu plus chaque jour, plus de succès qu’avec Claude, qui la portait au pinacle ? J’ai peur, et je suis dégoûtée. Je vogue vers l’absurdie. Je m’en rapproche chaque jour.
- J’ai aidé Maman à préparer le repas. Nous avons dîné. Ensuite, j’ai accompagné mon ami Alexis au cours de djembé. J’y ai rencontré des gens sympa. Ca m’a beaucoup plu. - Tu leur as dit que tu étais toxicomane ? - Non. Pourquoi ? Il n’y avait que des softs à boire, et rien à fumer, pas même du tabac. - Tu comptes retourner à ces cours de djembé ? - Oui. J’ai beaucoup aimé. C’était distrayant, agréable, et ça m’a permis d’extérioriser mes émotions par le rythme. - La prochaine fois, dis à tes nouveaux amis que tu es toxicomane. Damien soupire, accepte. L’éducatrice lui demande de s’engager. Il le fait, à contrecœur, sans vraiment comprendre pourquoi. - Se présenter comme un toxicomane, c’est se reconnaître comme un toxicomane. Se reconnaître comme un toxicomane, c’est reconnaître sa faiblesse. Reconnaître sa faiblesse, c’est indispensable pour lutter contre elle. Continue, Damien. Il raconte la suite de sa journée. Un jus de pomme dans un bar en compagnie d’Alexis. Un repas de famille. Une discussion franche avec son papa. Trois heures de transports en commun pour revenir au Centre. - Tu as éprouvé des difficultés particulières ? - Non. Pas vraiment. Tout s’est bien passé. - Tu as des pistes pour le prochain week-end, à part avouer ta toxicomanie à tes nouveaux amis ? - Rencontrer le directeur de l’Ecole normale. Je dois commencer à préparer mon avenir.
Frédéric parle d’une voix monocorde. Tout ne s’est pas aussi bien passé pour lui que pour son camarade.
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