Chapitre 143:
Chapitre 29.6
(par
lambertine, ajouté le 28/02/00 00:26)
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Je pourrais aussi ne pas répondre, mais à quoi bon ? - Je crois qu’il a passé un bon week-end. Il a vu sa famille, sa nièce, et son ancienne petite amie. Et il est revenu, sans avoir rechuté. - Il aurait dû rechuter, d’après toi ? - Il n’aurait pas été le premier. Mais il ne l’a pas fait. - Tu en es sûre ? La question me prend de court. Sûre ? Evidemment que j’en suis sûre. Pourquoi me demande-t-elle ça ? Je fais semblant de répondre avec assurance. - Oui. J’observe rapidement les autres. Ils ont tous baissé les yeux. Tous, sauf Béatrice. Et Célestin, qui semble se raccrocher à mon regard… - Oui. Pourquoi ? Je devrais en douter ? … mon regard qui fusille l’éducatrice, qui ne me vois pas, ou en donne l’impression, tête baissée sur ses feuilles de notes. - Je ne sais pas. On verra. Raconte, Célestin. Ce qu’il fait. Calmement. Il parle de son retour en bus. Des courses en compagnie de sa mère. De la préparation du souper. D’une soirée calme devant la télévision. D’une grasse matinée… - Décidément, c’est une manie chez vous. Vous n’avez donc rien d’autre à faire, durant vos week-ends ? - Ici, on ne peut pas, répond naïvement le jeune garçon. - Vos sorties ne sont pas des vacances. Elles font partie intégrante de la cure. Elles doivent servir à préparer votre vie future. Votre vie d’abstinents. Pas à paresser au lit. Bon, continue. - J’espère bien pouvoir de temps en temps paresser au lit, quand je serai sorti d’ici. - Abstiens-toi de ce genre de remarques. Et continue, j’ai dit. Il lève les yeux au ciel, tente de maîtriser un agacement qui transparaît dans sa voix. - J’ai préparé le dîner. Ma sœur est venue avec Dolorès. Dolorès, c’est sa fille. On a mangé, puis j’ai joué avec la petite. Au Stratego, aux dames, et aux poupées Barbie. Clothilde est venue me chercher vers sept heures, on a été à l’anniversaire de son frère. Je suis rentré à trois heures du matin. J’ai pris le bus de dix heures et demi pour rentrer au Centre, et je suis là. L’éducatrice fait la grimace. Visiblement mécontente, suspicieuse. - Tu as été à un anniversaire ? Pour ton premier week-end ? - C’était prévu. Tu peux regarder ma feuille. Julie l’a signée. Elle vérifie. Elle relit plusieurs fois le programme de Célestin, qui correspond exactement à ce qu’il nous a raconté, grasses matinées et anniversaire compris. Elle s’assombrit encore. - Il y avait des consommateurs, à ce souper d’anniversaire ? - Oui. A la place du gamin, je me serais tue. Mais lui a décidé de jouer la carte de la franchise. - Il y avait des copains de Germain, le frère de Clothilde. Ils ont fumé des joints, et ils ont bu de la bière. Pas beaucoup. Juste comme à un repas entre potes. Et moi, je n’ai rien fumé. Et rien bu. Sauf de l’eau. Enfin, de l’eau qui pique. L’éducatrice ricane. « Et tu crois que je vais croire ça ? » - J’ai pissé dans le pot, en rentrant. Demandez les résultats de l’analyse, si vous ne me croyez pas. - Je n’y manquerai pas, fait-elle comme une menace. Je n’ai aucune confiance en toi. Il serre les poings à s’en faire éclater les jointures, mais ne répond pas. Rien. - Tu en tirais, une drôle de tête, quand Brigitte interrogeait Célestin, me fait remarquer Damien en redescendant vers le salon. Tu donnais l’impression de vouloir lui sauter au visage. Je le reconnais. Je l’avoue. Je voulais lui sauter au visage. Même si je me suis tue. Même si je n’ai rien dit. - Admettons qu’il n’ait rien pris… - Il n’a rien pris. Il m’attire dans un recoin du couloir, pose la main sur mon épaule, soupire tristement. Il est gentil, il m’aime bien, et c’est pour cela qu’il veut me mettre en garde. - Fais gaffe, Diane. Je sais que tu as confiance en Célestin. Je n’ai rien contre lui. C’est un gentil garçon. Mais avoue qu’il fait tout pour s’attirer des ennuis. Il sort avec des fumeurs de joints, et il le dit. Il n’aurait pas pu se taire ? Se taire ? Je le revois franchir la porte d’entrée, fier d’avoir réussi l’épreuve, heureux d’avoir dit « non ». Se taire ? Mentir ? Etre raisonnable ? - Il a dit la vérité. - Et la vérité ne paie pas. La vérité est dangereuse, et tu le sais. Tu as vu Frédéric se faire punir. Tu as vu Jean-Claude se faire virer. Célestin n’est pas raisonnable, sinon il n’aurait pas parlé de la beuh. De la bière, oui, mais pas de la beuh. Il va encore se faire saquer. - Ce n’est pas juste. - Non. Ce n’est pas juste. Mais c’est comme ça. Il s’est mis l’Equipe un peu plus à dos, ce matin. Encore un peu plus à dos. Et si tu ne fais pas attention, tu vas te la mettre à dos, toi aussi. - Je m’en fous. Ce n’est pas vrai. Je ne m’en fous pas. Bien au contraire. J’en ai peur. J’en ai une peur bleue. J’ai peur de ne pas tenir le coup face au harcèlement que peut infliger l’Equipe aux résidents qui sont dans son collimateur. J’ai peur de me faire exclure. J’ai peur d’encore décevoir mes enfants, ma famille, moi-même. Mais je refuse de le reconnaître autrement qu’en mon fort intérieur. - Moi, je ne m’en fous pas. Je t’aime bien, Diane. Je trouve que tu mérites de réussir, d’aller jusqu’au bout. Ne fiches pas tout en l’air pour… - Une cause perdue ? Il s’étonne. S’offusque, presque. - Je n’ai pas dit ça. - Toi, non. D’autres, si. - Ce n’est pas gentil, et je ne le pense pas. Mais si l’Equipe le pense, c’est une raison de plus pour faire profil bas. De temps en temps, du moins. Allez, viens. On va voir à quoi peuvent bien ressembler ces nouveaux.
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