Chapitre 145:
Chapitre 30.1
(par
lambertine, ajouté le 28/02/00 16:07)
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La première chose que nous apercevons en franchissant la porte du jardin, c’est un grand costaud chevelu et barbu penché sur une petite femme blonde, inconsciente. Damien et moi faisons demi-tour, alors que Camille se précipite au chevet de la nouvelle Résidente. Que pourrions-nous faire, nous, pour lui venir en aide ? Rien du tout. Nous ne sommes pas médecins. Pas même secouristes. Laisser agir les professionnels me semble la meilleure attitude à prendre. Nous sommes d’ailleurs bientôt rassurés sur l’état de santé de notre nouvelle compagne. Crise d’angoisse, due au stress, bien compréhensible, de se retrouver au Centre, au milieu d’inconnus. Nous faisons, ensuite, la connaissance des autres nouvelles : Virginie, grande, blonde et raffinée, et Patricia, une brunette d’une quarantaine d’année, qui en est à son deuxième séjour ici. Le premier remontant à… six mois. - J’ai des problèmes de couple, explique-t-elle. Je crains de rechuter, et j’ai besoin de réfléchir. Cet endroit me semble parfait pour ça. J’avoue que je ne comprends pas très bien. Elle parle du Centre comme d’un havre de paix, d’un lieu idéal pour réfléchir sur soi-même. Je ne peux m’empêcher de penser que nous sommes dans un hôpital, et qu’un monastère serait préférable pour l’usage qu’elle compte en faire. Faire usage d’un centre de désintoxication… Est-ce une expression adéquate ? Je n’en sais rien, mais c’est ce que je ressens. Je comprends difficilement qu’elle se sente « bien » ici, au point de considérer cet endroit comme un refuge. Mais j’ai du mal à concevoir que l’Equipe puisse accepter des séjours de confort. J’ai du mal, aussi, à admettre que l’on puisse être aussi proche de la rechute après six mois à peine de retour dans le vrai monde. Après l’expulsion de Claude, la fragilité de Patricia, que je ne remets pas en question, ajoute une nouvelle pierre à mes doutes. Pourquoi suis-je ici ? Ma présence ici a-t-elle un sens ? Ce travail sur moi-même est-il utile ? Est-il efficace ? Ne vais-je pas me précipiter sur la première bouteille venue, ou dans le giron de l’Equipe, à la première difficulté rencontrée ? Et suis-je certaine de vouloir devenir ce qu’ils veulent faire de moi ? Abstinente, oui, mais à quel prix ? Au prix de ma famille ? Au prix de mon âme ? Que vaut mon âme ? Et n’est-ce pas pour ma famille que je suis ici ?
Je prends une caisse de déchets de cuisine, et m’en vais les jeter dans la fosse à compost, me demandant au passage pourquoi ces épluchures biodégradables terminent systématiquement leur courte carrière dans la poubelle, malgré les instructions de Léon. De retour à la cuisine, j’aide mes compagnes à remplir les saladiers de pommes de terre-vapeur et de choux de Bruxelles à l’ail – un gâchis culinaire selon mon palais. Je ne peux m’empêcher de maugréer. - Je n’ai fait que suivre la recette, se défend Dominique. - Je sais. N’empêche. Je n’aime pas ça. - Je n’aime pas trop non plus. Mais c’est la recette. On est obligées de la suivre. - Pourquoi ? Nous avons toutes tenu un ménage. Nous ne sommes peut-être pas des cordons bleus, mais nous savons cuisiner. Nous n’aurions jamais l’idée de servir à nos proches un plat mal fichu. Alors, pourquoi l’acceptons-nous ici ? - Parce que nous ne sommes pas chez nous. Parce qu’ici, nous devons suivre les recettes. C’est le règlement. - Laisse tomber, Dominique. Diane le sait très bien. Elle est de mauvaise foi. Et de mauvaise humeur. - Je ne suis pas de mauvaise foi. Je suis seulement logique. Et je ne suis pas de mauvaise humeur. Sur ce point-là, par contre, je suis de mauvaise foi. Et je ne convaincs aucune de mes compagnes. - Tu es de mauvaise humeur depuis le debriefing des week-ends. Depuis que ton chouchou s’est fait allumer par Brigitte. Quitte à être de mauvaise foi, autant y aller à fond. - Ce n’est pas mon chouchou. Et il n’avait aucune raison de se faire « allumer », comme tu dis. - Il est sorti avec des consommateurs. - Frédéric aussi, même s’ils étaient de sa famille. - Ce n’est pas la même chose ! s’insurge Dominique, qui a un gros faible pour le jeune forestier blond. - D’ailleurs Frédéric aussi s’est fait engueuler, renchérit Gervaise. Je ne vois pas pourquoi, d’ailleurs. Je n’ai pas envie de me disputer avec les autres femmes. Je les laisse continuer la discussion, prends un plat de rôti de porc, et vais le porter à table. Le nouveau, Donatien, a pris place auprès de son amie, qui a l’air de se sentir mieux. - Il a l’air d’y avoir anguille sous roche entre lui et Sonia, fait une voix masculine lorsque je dépose le plat. Y a de la RP dans l’air. - Un clochard ! Je me demande bien ce qu’elle peut lui trouver. Tu peux apporter la mayo, Diane ?
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