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Apparence  

 

Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 146: Chapitre 30.2
(par lambertine, ajouté le 01/03/00 14:47)


J'ai conservé ma chambre "single". Je ne sais pas si je dois en être flattée, même si je suis plutôt contente. Je n'aime pas la vie collective, c'est un fait, et partager ma chambre m'aurait été difficile. Il n'empêche : les règles du Centre veulent que l'on ne vive pas seuls, qu'on ne dorme pas seuls, sauf exceptions en phase de sortie. Je ne suis pas en phase de sortie, et je dors seule depuis deux mois. Est-ce à dire que je suis exceptionnelle ? Ou que je suis infréquentable ?
- Infréquentable, non. Mais indisciplinée, oui. Et insoumise. Je crois que l'Equipe n'a pas très envie de te voir influencer une nouvelle.
Béatrice ne fait que me confirmer ce que j'avais compris par moi-même, bien que mon indiscipline ne me paraisse pas exceptionnelle. Je fais de mon mieux pour respecter les règles. Du moins tant que les règles ont un sens à mes yeux. Comme jeter les déchets organiques dans le compost. Ce que j'avoue spontanément lorque Léon s'enquiert de l' "imbécile qui a balancé des épluchures de patates" dans sa magnifique fosse à purin.
- L'imbécile, c'est moi, admets-je en levant la main.
- Si c'est toi, suis-moi.
Je n'ai pas le choix. J'obéis. Il me donne un tablier, des gants, un seau, et me voici dans cet équipage obligée de récupérer une à une les épluchures de pommes de terre.
- Les patates, ça transmet le mildiou, et il faut des années pour se débarrasser du mildiou.
Je l'ignorais. Je me coucherai moins bête, ce soir. Moins bête, et moins orgueilleuse aussi. Les regards goguenards de mes cocuristes n'étant pas faits pour me rendre fière de moi. Au fond, quelle importance ? Il fait soleil, je travaille en plein air, et je ne suis pas obligée de repiquer dans des caissettes remplies de terreau de malheureux bébés-plantes qui ne m'ont rien fait. J'ai toujours regretté de ne pas avoir la main verte. Hélas, il me suffit de planter un végétal quelconque pour le condamner au nanisme perpétuel. J'ignore pourquoi. Mes "ondes négatives" disait le père de mes enfants. Je suppose qu'il avait raison.
Comme j'ai passé mes "tâches techniques" au milieu des ordures, je me permets un bain avant l' "apéro des nouveaux". Un bain, et un peu de coquetterie. Une jolie jupe marron, un chemisier de soie, un cardigan de marque. Ce n'est peut-être la tenue idéale, pour garnir les plats de charcuterie, ou assaisonner la salade, mais j'ai envie d'être jolie. Du moins, aussi jolie que possible, pour être de moins mauvaise humeur. Lorsque je rejoins les autres dans le salon, l'apéritif est près de commencer, et je remarque à peine l'air sombre et plus qu'embarrassé d'Aurélien.
- Je vous présente Sonia, dit bientôt Ludovic. Elle a quarante-neuf ans, mariée, deux enfants, et est ici pour un problème d'alcool et de médicaments.
Virginie l'aristocrate, Patricia l'ancienne et Donatien le SDF sont présentés à leur tour. Puis le bar est ouvert. Ben sert le cocktail de jus de fruits, Damien présente les chips divers. Aurélien s'approche de Célestin, affalé dans un des fauteuils mous comme suivant son habitude, et lui murmure, l'air d'avoir envie d'être ailleurs.
- Tu dois m'accompagner dans le bureau de Camille.
- Quoi ? s'étonne le jeune garçon. Maintenant ?
Aurélien a un geste des mains qui signifie qu'il est désolé.
- J'aimerais mieux ne pas avoir à te le dire. Mais, oui, maintenant.
- Mais qu'est-ce que j'ai fait ? se plaint Célestin en se levant à contrecoeur. Qu'est-ce qu'ils me reprochent encore ?
Qu'est-ce qu'ils lui reprochent encore ? je n'arrive pas à penser à autre chose tandis que je fais semblant de m'intéresser aux problèmes de couple de Patricia, puis au mouvement d'humeur d'Hervé.
- Y a pas de chips au paprika.
- Il y en a au pickels. Essaie-les. Ils sont très bons.
- J'aime pas le pickels, ronchonne-t-il en grimaçant. Et il est où, Célestin ? Il m'a promis de jouer au ping-pong avec moi.
- Je ne sais pas où il est, lui ments-je comme je peux. Et tu sais bien qu'on ne peut pas jouer au ping-pong pendant l'apéro des nouveaux.
- Mais j'ai envie. J'aime pas cet apéro. Y a même pas de chips au paprika...


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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.