Chapitre 147:
Chapirtre 30.3
(par
lambertine, ajouté le 02/03/00 11:51)
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- Je déteste être coordo, grogne Aurélien en nous rejoignant à table. Je n’ai jamais voulu l’être et j’ai horreur de faire ce qu’ils m’ont demandé aujourd’hui. - C'est-à-dire ? Et Célestin ? - Je n’ai pas le droit d’en parler. Et Célestin arrive. Ils ne l’ont pas viré. Pas encore. Il attire à lui le plateau de charcuterie. Grimace. Renonce à se servir et repousse son assiette. Se sert un verre d’eau. - Il va me détester, et il aura raison, bor***. Même s’il a rechuté. - Il n’a pas rechuté. Je prends les paris. - Je sais que tu l’aimes bien, Diane. Mais l’Equipe est sûre de son coup. Et moi… j’ai envie de le croire quand il dit qu’il n’a rien pris. Mais je n’y arrive pas. Le gamin s’est installé à la table voisine. De bonne humeur, en apparence, il plaisante avec Agnès et Ben. Mais, lui non plus, ne touche pas au repas, et se contente de boire un verre d’eau. Et lorsque Thomas traverse le restaurant pour quitter le Centre, il le suit longuement des yeux avec dans le regard un sentiment que je n’y avais encore jamais vu. De la haine. Je m’installe avec mon tricot dans un des fauteuils mous du salon. Ben prend son poste au bar à jus. Dominique complète une grille de mots croisés. Jean-Marc se plonge dans un livre religieux. Il lit de plus en plus de livres religieux. Hervé agrippe Célestin par le bras, réclamant sa partie de ping-pong à la manière du bambin qu’il est encore dans sa tête. - S’il te plaît, Hervé. N’insiste pas. Je voudrais bien jouer avec toi. Mais je ne peux pas. Je suis puni. - Pourquoi t’es puni ? - Parce que j’ai été honnête. J’ai fait ce que j’avais dit, et j’ai raconté ce que j’avais fait. Si j’avais menti, j’aurais déjà ma raquette en main. - Mais tu avais promis… Célestin s’empare d’une revue automobile, se laisse tomber sur un siège, soupire lourdement. - Je t’assure, j’aimerais mieux descendre à la salle de ping-pong que poireauter ici à attendre qua ma pisse change de couleur. Demande à Jacob. Ou à Damien. Il t’aime bien, Damien. - Mais je… Damien, qui a tout entendu, prend le garçon par les épaules, se penche vers lui et lui parle à l’oreille. Hervé le suit en grommelant, et en traînant les pieds. Célestin paraît triste, peiné d’avoir dû renvoyer son camarade. Blessé. Il feuillette la revue, la rejette nerveusement sur la table basse, accrochant au passage une tasse de café qu’il renverse. Lance une bordée de jurons. Se lève. Se rassied. - Je n’ai même pas le droit d’aller chercher une lavette à la cuisine ! fait-il, levant les bras en l’air. Des fois que j’aurais caché un flacon de pisse dans les produits de vaisselle. - Laisse, dis-je. J’y vais. Je répare rapidement les dégâts. L’éducatrice n’a pas l’air contente. J’ai « outrepassé ma tâche », et je le sais. Qu’aurais-je dû faire ? Laisser le café stagner sur la table basse ? - Attendre que quelqu’un d’autre ait l’idée de réparer mes gaffes. Il bouillonne, nerveux, furieux, incapable de se concentrer plus de trois secondes. Il éclate de rire quand, stupidement, je lui demande s’il va bien. - Si je vais bien ? Mais c’est évident, non, que je vais bien. Ils ont fouillé mes affaires, retourné toute ma chambre. Pour chercher, comme ils disent, des « échantillons d’urine frauduleux ». Ils m’ont fait avaler une traçante et, tant qu’elle n’aura pas fait effet, m’ont interdit de quitter le salon. Ils croient que j’ai rechuté, et que je triche sur mes analyses. J’ai beau faire des efforts, j’ai beau être honnête avec eux, j’ai beau être clean depuis des mois, ils s’en fichent. Ca ne sert à rien. Ils trouvent toujours le moyen de me tomber dessus. Et même Aurélien entre dans leur jeu. Alors, à ton avis, je vais bien ? Non, il ne va pas bien, et c’est normal. Et je me pose à nouveau la question : est-ce qu’il a sa place parmi nous ? Est-ce que son séjour au Centre ne lui fait pas plus de tort que de bien ? Et dois-je lui faire part de mes doutes ? A nouveau, je n’en fais rien. J’essaie même de lui faire un peu la morale. - Ils doivent savoir ce qu’ils font. Et tu es injuste envers Aurélien. Il n’avait pas le choix. - Je sais bien qu’il n’avait pas le choix. Et, oui, je suis injuste. Et alors ? Pourquoi est-ce que je n’aurais pas le droit d’être injuste ? Et pourquoi est-ce que tu prends leur défense ? Tu ne crois même pas ce que tu dis. J’en ai marre, Diane. Marre. Tout ce dont j’ai envie, là, c’est de m’envoyer une dose dans les veines, et d’oublier. D’oublier. D’oublier. J’en ai marre, Diane, et j’ai mal à la tête. Et je n’ai même pas le droit de prendre mon médicament. J’en ai marre. Il serre les dents, retient ses larmes de rage et de chagrin. J’essaie de me rapprocher de lui. - Pas à moins d’un mètre. Je me retourne brutalement vers l’éducatrice.
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