Chapitre 156:
Chapitre 31.6
(par
lambertine, ajouté le 11/03/00 15:03)
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Ca viendra, peut-être. Pour lui, comme pour moi. Je ne me bats pas plus pour moi-même que Célestin. Je ne tiens pas assez à moi-même pour ça. Je tiens à mes enfants, je tiens à mes amis, et c’est pour eux, uniquement pour eux, que je tente de m’accrocher. Pas pour moi-même. Que m’importe moi-même. Je n’ai pas assez d’estime de moi pour lutter pour moi-même. Quant au petit… - Il a une bonne raison de tenir le coup. Pour le reste, laisse-lui le temps de guérir. De redevenir lui-même, et d’apprendre à s’aimer. Comme il l’aime, elle. Ils sont revenus dans le salon, la gamine sur les genoux de son oncle, dans un des fauteuils mous qui leur fait office de balançoire. Jusqu’à ce jour, pour moi, voir briller l’amour dans les yeux de quelqu’un n’était qu’une expression littéraire, un cliché qu’il m’arrivait d’utiliser, comme tout le monde. Et là, dans ce Centre, dans cet hôpital, je m’aperçois que ce cliché n’en est pas un. Je m’aperçois que des yeux peuvent réellement briller d’amour. Je m'aperçois que l'amour peut être la seule chose qui raccroche une personne à la vie, même s'il n'est pas l'Amour, celui des romans et des contes, mais la tendresse paternelle d'un enfant perdu pour une orpheline dont il se sent responsable. Pour une orpheline dont il redoute, avant toute chose, qu'elle suive sa trace. - Elle est comme moi. Elle me ressemble. Mais je jure devant Dieu que je ne laisserai jamais personne lui faire du mal. Et qu'elle ne touchera jamais à la came. Je le jure, sur ma vie.
- Je suis nouvelle, ici. Vous dites que chacun a le droit de prendre la parole au cours de cette réunion. Alors, soit, je prends la parole. Vous dites que cette réunion n'est pas un lieu de règlements de comptes, et pourtant, j'ai des comptes à régler. Virginie ne manque pas de culot. Ni de beauté dans sa fureur. Elle Ne se prend pas pour n'importe qui parce que, même déchue, elle n'est pas n'importe qui. Et parce qu'elle est certaine d'être dans son bon droit. - Je suis chrétienne. Ca peut sembler bizarre, pour une alcoolique, mais je crois en Dieu. Dieu est au centre de ma vie, et me donne le courage et la force qui m'ont fait entrer ici. Ma Foi fait partie de mon être. De quel droit, alors, certains trouvent-ils intelligent et drôle de se moquer de cette Foi ? De quel droit peuvent-ils insulter l'Eglise et les croyants ? Mes idées, je dois l'admettre, ne sont pas les leurs. Sont-elles à rejetre pour autant ? Font-elle de moi une imbécile sans cervelle, une lâche incapable de vivre sans le réconfort d'un être imaginaire, un sous-être humain ? Je suis chrétienne, j'en suis fière, et j'estime pouvoir vivre ma cure ici sans subir les quolibets des autres, en toute liberté. Elle ne manque pas de panache, fière amazone de sa juste cause. Elle ne manque pas de panache, mais transgresse allègrement le règlement. - Il est interdit de parler de religion au Centre. Le débat est clos. - Non ! s'insurge la jeune femme blonde. Le débat n'est pas clos. Ce serait trop facile. Je n'ai pas cherché à évangéliser le Centre. Je n'ai pas fait preuve de prosélytisme. Mais j'ai ma Foi. Elle n'a pas à être moquée, ni insultée. Je ne suis pas moins qu'une autre, je n'ai pas moins le droit à la parole, parce que je crois en Dieu, et que je pratique ma religion. Je ne suis d'ailleurs pas seule dans le cas. Mais si les autres acceptent l'humiliation, ce n'est pas mon cas. Elle ressemble un peu à ce que j'étais à vingt ans, à l'époque où tout me paraissait si simple, me paraissait tracé. Dieu et mon Roi. La Loi par dessus tout, sauf les Ecritures. A l'époque où je défendais, outre la veuve et l'orphelin, les enfants non-désirés dans le ventre de leurs mères, et les valeurs d'Ancien Régime. A l'époque où je croyais que les prières et la bonne volonté pouvaient changer le monde. - Je n'ai attaqué personne, mais je devrais pouvoir dire ce que je crois sans choquer. Nous, les catholiques, nous devons accepter d'en prendre plein la gueule sans broncher, accepter de voir l'Eglise remise en cause en permanence, nos Ecritures Saintes critiquées. Même ici. Même ici, où je suis venue me faire soigner, le règlement exige de moi la tolérance, mais ne me permet pas de me défendre face au manque de respect des sans-dieu. Et en même temps, on me demande de faire part de mon ressenti. Mon ressenti ? C'est que j'ai été blessée, comme d'autres résidents catholiques, mais que contrairement à eux, je n'ai pas peur de vous le dire. Ma Foi prime le Règlement. Haletante, elle se tait. Personne ne réplique. Hermann a les yeux baissés. Renaud s'agite sur sa chaise, ne sachant où se mettre. Honteux de leur attitude. Honteux de n'avoir pas réagi, ou si peux, face aux plaisanteries graveleuses et aux attaques contre la religion. Contre leur Religion. Virginie les a ouvertement traîtés de lâches. Il ne me semble pas qu'ils lui donnent tort. L'Educateur, lui, leur donne raison, tout en condamnant les vexations antichrétiennes que Frédéric, lui, ne paraît pas regretter. Le Centre est, et doit rester, un endroit neutre. Un endroit d'où querelles religieuses et politiques, et par là même discussions religieuses et politiques, doivent être bannies. Chacun a droit au respect de sa Foi. Les Catholiques peuvent se rendre à la Messe paroissiale, les Musulmans et les Juifs sont dispensés de viande de porc. Mais, en échange, chacun est prié d'évacuer ces sujets de ses conversations. Un sujet très autorisé, par contre, et celui des RP, ces relations privilégiées qui sont à l'origine de bien des expulsions, et au centre de bien des ragots. Ragots qui irritent, qui énervent, qui exaspèrent les Résidents qui en font les frais. Comme, ce soir, Sonia et Donatien. - Comme Virginie, déclare notre nouvelle compagne, je viens d'arriver parmi vous. Et, omme Virginie, je suis déçue de l'accueil qui nous a été fait, à Donatien et à moi-même. A peine avons-nous débarqué, que nous voici accusés de tout et de n'importe quoi par des personnes qui nous connaissent à peine. Qui ne nous connaissent même pas du tout. Des bruits courent, des rumeurs circulent. Je voudrais mettre les choses au clair : nous ne couchons pas ensemble. Je ne suis pas la maîtresse de Donatien. Il n'est pas mon amant. Nous nous sommes simplement pris de sympathie l'un pour l'autre lorsque nous séjournions à la clinique. De sympathie, sans plus. Je suis mariée. Je suis mère de famille. Je suis fidèle à mes engagements. Et j'espère que désormais vous cesserez de médire sur mon compte, et sur celui d'un garçon qui ne mérite pas ça. - Pauvre Sonia, fait Gervaise à voix basse. Bienvenue dans la fosse aux lions.
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