Chapitre 159:
Chapitre 32.1
(par
lambertine, ajouté le 12/03/00 23:26)
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- Alors, qui veut quoi ? Je vous ramène ce que vous voulez. Alcool, héroïne, cocaïne à prix réduit ! maître Célestin vous propose la meilleure marchandise. Il existe des sujets dont il vaut mieux ne pas plaisanter. Célestin n’en a cure. Peut-on d’ailleurs dire qu’il plaisante, rire métallique et visage crispé, en partance pour la grande ville. Pour la Cité administrative. Marché de la dope, et, pour lui, bien pire encore. Le lieu de tous les excès, de toutes les déchéances. De sa déchéance. Le béton et le fleuve. Les dealers en plein air. Ses dealers. Ses compagnons de galère. Il les connaît. Ils le connaissent. Ils ont partagé les nuits, les squats et les seringues. La rue. La ville. Sa ville. - Personne ne veut rien ? Je crois qu’il est temps de partir. Il a mis sa veste verte. Celle qui le fait ressembler à un jeune homme de bonne famille. Au petit frère d’Aurélien. Il ne veut pas avoir l’air d’un drogué, devant les fonctionnaires. Ni devant les dealers. Mais ceux-là ne s’y tromperont pas. - Fais gaffe ! C’est de la salopperie, la came de la Cité ! - Tu sais bien que c’est faux, Ben. - Fais gaffe quand même. Il range son agenda dans un sac qu’il jette sur son épaule, écrit son nom dans le registre des sorties. Me demande s’il est présentable. - Tu es très élégant. - Je n’ai pas l’air d’un gamin de merrde ? - Tu n’es pas un gamin de merrde. Fais attention quand même. Et dépêche-toi. Tu vas rater ton bus. Peut-être est-ce ce qu’il espère. Mais Marie-Anne lui ouvre la porte de sortie, et il s’en va vert l’épreuve. Seul. - Y en a qui ont du bol, soupire Renaud. Partir en démarche un jour de grandes tâches… - Tu voudrais être à sa place ? Non. Bien sûr que non. Renaud est trop nouveau. Il sait très bien qu’il n’aurait aucune chance de se rendre là-bas sans succomber à la tentation. Il sait aussi que les chances de son camarades sont quasi-nulles. - Mais l’Equipe sait ce qu’elle fait, dit-il malgré tout. Ils ne l’enverraient pas au casse-pipe s’ils n’étaient pas certains que le risque en vaut la peine. J’essaie moi aussi de m’en persuader. Peine perdue. Je ne suis pas, il est vrai, d’un tempérament optimiste. Je sais aussi, trop bien, hélas, que quelque chose ne tourne pas rond, entre l’Equipe et Célestin. J’ai beau essayer de me persuader que ce n’est pas vrai, que je me monte le bourrichon, que lui-même se monte le bourrichon, que je suis parano, et qu’il est parano, au plus profond de moi-même, je le sais. Je le sais, et j’ai peur. Pas tant pour aujourd’hui, où je compte bien que son foutu orgueil l’aide à tenir le coup. Mais à plus ou moins moyen terme. Ce que j’ai dit à Murielle, je le pense vraiment. J’aurais abandonné depuis longtemps, si j’avais à subir le quart des vexations que le gamin supporte le plus souvent sans broncher. Et, orgueil ou pas, tout être humain a ses limites. - T’en fais pas, Diane. Il ne va pas faire de conneries. Il a trop à perdre, et il n’est pas stupide. Ben est gentil. Mais il a peur, lui aussi. Pour Célestin, et pour lui-même. Peur de perdre, vaille que vaille, son meilleur soutien dans ce Centre de fous, depuis qu’il s’est éloigné de Marcello. - Il faudra bien qu’on y retourne, un jour ou l’autre. Dehors, je veux dire. J’en rêve, parfois. D’une vie à moi, sans came. Avec Deborah. Avoir un resto à nous. Des gosses. Pas tout de suite, mais plus tard. Un chien aussi. Un berger malinois. J’en rêve, et puis je retombe. Ici. Et je ne sais plus. C’est pas trop ma place, ici. Je ne suis pas comme Célestin. Ou comme toi. Vous, vous savez parler, discuter. Pas moi. Ces groupes, ces trucs intello, j’y comprend pas grand-chose. Je dois parler de moi, mais qu’est-ce que je peux en dire ? Que j’aime la cuisine, les chiens, et la techno ? C’est pas intéressant, tout ça. Je ne suis pas intéressant.
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