Chapitre 16:
Chapitre 5.1.
(par
lambertine, ajouté le 25/07/09 14:31)
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Nous entrons ici dans le but d'en sortir. Par la grande porte, de préférence. Joe s'en va aujourd'hui. Cure terminée. Sept mois de combat pour un apéro. Sept mois de combat pour une vie meilleure. Il est heureux, et nous le sommes aussi, que nous le connaissions bien, ou peu, ou pas, ce qui est mon cas. J'ai préparé l'apéritif. Plutôt, j'ai participé à sa préparation. Marie-Line et Damien se sont chargés d'acheter des cadeaux, une couverture douillette et une toile vierge, sur laquelle nous avons tous apposé nos signatures. Frédéric s'est fendu d'un discours drôlatique et rempli d'allusions cochonnes commençant par "Salut, grande folle". Joe est un artiste talentueux et un homosexuel militant. Je lui souhaite de rester un cocaïnomane abstinent, quelles que soient les embûches. D'autres lui parlent de succès, d'amour, d'argent. L'émotion rend palpable l'air du salon. Joe pleure. Gervaise, une grande brune sèche, se transforme en fontaine. Honoré rit, un verre à la main. Aurélien regarde tout ce beau monde d'un air dubitatif. Incertain des chances de Joe dans le "vrai monde" ? Oui, avoue-t-il. Mais plus encore des siennes mêmes, et dans le vrai monde, et au Centre. Doutant de sa place. Doutant de sa vie. Doutant de sa volonté de se soigner, de sa volonté de guérir. La joie des autres ne lui est d'aucun réconfort, pas plus que mes paroles d'encouragement. Il finit par quitter la pièce, par s'installer devant un échiquier, face à un garçon d'une vingtaine d'années dont jamais je n'ai entendu le son de la voix. Dont jamais je n'ai remarqué la présence absente. Ils se mettent à jouer, ignorants des conversations joyeuses et des verres qui s'entrechoquent. Sans leur demander leur avis, Célestin s'assied auprès d'eux et observe la partie en silence. Je me détourne, impuissante. Je ne peux pas aider les enfants perdus. Je suis perdue moi-même.
Mais je peux rire. Je peux chanter. Je peux descendre, après le souper, à la salle récréative, où l'heureux partant organise un karaoké d'adieu. Je peux frapper dans les mains quand Marie-Line et Mohammed entonnent "Les petits pains au chocolat". Je peux m'emparer du micro pour lancer aux participants "C'est bon pour le moral". Béatrice entraîne Damien, qui possède un fort joli brin de voix, dans "Une maison bleue accrochée à la colline" avant que, à l'autre bout de la pièce, R.P. oblige, Frédéric n' "Imagine". Je veux reprendre le micro quand Delphine pousse littéralement notre "hôte" d'un soir à montrer son talent. Il se fait prier, minaude. Tout le monde rentre de bon coeur dans son jeu. Tout le monde, sauf Célestin qui jusque là s'est fait discret. Très, trop discret. Nerveusement, presque brutalement, il montre à un Joe plus qu'étonné d'être interrompu dans un exercice bien rôdé un titre sur la liste des musiques disponibles. - Si tu n'oses pa chanter, moi si! |
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