Chapitre 161:
Chapitre 32.3
(par
lambertine, ajouté le 14/03/00 20:53)
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Elle est unique, la soupe au poivre, et plus encore. Elle est règlementaire dans son absurdité. J’ignore depuis quand la recette existe, et se trouve dans les classeurs de l’Equipe cuisine. J’ignore aussi depuis quand le pot de poivre – un pot de 5 kilos, à moitié vide, se trouve dans l’armoire. Ce que je n’ignore pas, c’est que, depuis deux mois que je me trouve ici, les cuisiniers d’occasion ont à plusieurs reprises fait part à l’Equipe, en la personne de Maria, de l’erreur de dosage inscrite dans la formule. Ils – nous – lui ont demandé de la modifier. En pure perte. A croire qu’ils le font exprès, que cette erreur qui condamne régulièrement, les cuisiniers à servir un plat dégueulasse, et les résidents à le trouver au fond de leurs assiettes. Dans quel but ? Ca aussi, je l’ignore, comme la raison de bien des actes de l’Equipe. Car l’entretien de l’existence de la soupe au poivre doit avoir un but, une raison d’être. Celui de nous déconnecter de la réalité ? Celui de nous rendre fous ? Devons-nous devenir fous avant de nous reconstruire ? Devons nous vivre en absurdie avant de pouvoir reprendre notre place dans le monde réel ? Apprendre à obéir, à tout et n’importe quoi, pourvu qu’on obéisse. Apprendre à obéir, à tous et n’importe qui, pourvu qu’on obéisse. Apprendre à ne pas se poser de questions idiotes. Apprendre à ne pas se poser de questions du tout. - Tu vas bien, Diane ? Apprendre à ne pas poser de questions idiotes aussi. Je ne sais pas si je vais bien. Je réponds « oui » quand même. Sans grande conviction. - Pourquoi est-ce que tu mens ? Je ne mens pas. Je n’ai pas envie de parler, c’est tout. Je n’ai pas de réponse à sa question. J’ai une boule au creux de l’estomac, et envie de pleurer. Encore, toujours envie de pleurer. Pas en public. Envie de monter dans ma chambre. D’être seule. D’être loin. Loin. Loin d’ici. - C’est ma faute ? Sa faute ? Que va-t-il imaginer ? S’il y a quelqu’un dont ce n’est pas la faute, c’est bien Célestin. Même si j’ai passé la journée à m’inquiéter, et qu’il le sait très bien. - Je suis faite comme ça. Je ne cesserai de m’inquiéter que quand je serai morte. - Faut pas. Pas pour moi. Je n’y peux rien. Je suis faite comme ça, et ils ne me changeront pas. Même si je le voulais. Même si je le désire. Cette part de moi, cette inquiétude perpétuelle me pourrit la vie depuis trop longtemps. - Mais moi, je n’en vaux pas la peine. - Tu dis des bêtises. Et tu as de petits yeux. - Je suis fatigué. C’était dur, aujourd’hui. Il saisit ma main sous la table. La serre très fort. A me faire mal. - C’était dur, aujourd’hui.
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