Accueil » Fervent hommage » Votre Nouvelle
Apparence  

 

Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
Add Chapter
Stories List
Voir les Options:
Sommaire | Plein texte
additions are not allowed l'auteur interdit les ajouts

Chapitre 162: Chapitre 32.3
(par lambertine, ajouté le 15/03/00 14:32)


Je pensais qu'un bain me ferait du bien. Finalement, non. Ce n'est pas le cas. je me sens toujours aussi mal. Toujours aussi sale. Toujours aussi nulle. J'enfile ma chemise de nuit, et rejoins ma chambre. Il est tôt, encore. J'ouvre la fenêtre. Il fait beau, dehors. Les bruits du jardin me parviennent, pas même assourdis. Damien s'est mis à la guitare. Hervé et Ben jouent au ballon. Philippe discute boulot avec Béatrice. Je me glisse sous les draps. Je me lève tôt, demain. Je serai "cuisine 1" à nouveau. Ma transgression, pour deux minutes de retard. Ca m'est égal. Je suis contente. J'aime bien faire la cuisine, et j'aurais eu mal pour Ben si Frédéric l'avait dénoncé, et pas moi. Ce soir, je suis comme lui. Comme tout le monde, ou presque. Action, réaction. Je ferme les yeux. Je songe, j'invente. Je me relève. J'allume la lumière, et ouvre un bouquin. J'essaie de lire. Pas moyen de partir. La Chine est trop loin. Ma tête est trop lourde. Je referme le livre. J'éteinds la lumière. J'essaie de dormir.
J'ai froid.
Je n'aime pas dormir seule. Je dors seule depuis trop longtemps. Depuis des années. Depuis neuf ans. Sans compagnon. Sans homme. Seule. Dans des lits à une place. Dans des lits à deux places. Dans des lits superposés, comme ici. Un lit n'est qu'un lit, ici ou ailleurs. Le mien est toujours vide, quand j'y rentre. Il sera vide, sans doute, jusqu'à la fin de mes jours. Jusqu'à la fin des temps. Je suis incapable d'aimer. Je ne suis pas de celle qu'on aime. Pas assez jolie. Pas assez gentille. Pas assez sûre d'elle. Plus assez jeune. Paumée. Triste. Moche.
Les hommes n'aiment pas les femmes moches.
Je pleure.
Les hommes n'aiment pas les femmes qui pleurent.
Au moins, aucun d'entre eux ne me voit.
je pleure.
Je ne peux pas m'en empêcher. Je ne peux pas m'arrêter. Je pleure sur moi-même. Sur ma beauté perdue. Sur ma jeunesse enfuie.
Je pleure et j'en ai honte.
Je pleure mon enfant mort. Mon enfant disparu. Mon enfant oublié. Non, jamais oublié. Mon enfant qui me manque. Le trou qu'il a laissé. Que j'essaie de combler. Désespérément. Depuis vingt et un ans.
Le trou que je ne comblerai jamais.
Jean.
Mon petit Jean.
On ne fait pas le deuil de son enfant. Même s'il en naît un autre. Même si l'on en a d'autres. Si ces autres grandissent.
Jean n'a jamais grandi. Jean ne grandira pas.
Jamais.
Le trou reste béant.
Rien ne le comblera.
Jamais.
Ni mes autres enfants, ni ceux que je rencontre, au hasard de la vie. Gilles, ou bien Célestin. Chacun d'eux prend sa place. Mon coeur est assez grand. Chacun d'eux a sa place.
Celle de Jean reste vide.
Béante.
J'ai froid.
Ce n'était qu'un bébé. Un tout petit bébé. Un tout petit enfant.
Il devrait être grand. Il devrait être un homme. Ou presque.
On dit qu'il est un ange. Mais les anges existent-ils, ailleurs que dans les rêves ?
On dit qu'il est un ange. Qu'il est auprès de Dieu.
Pourquoi ?
Pourquoi auprès de Dieu ?
Il devrait être auprès de moi.
Je suis jalouse de Dieu.
S'il existe.
Je pleure. je pleure sur mon fils. Je pleure sur moi-même.
Je pleure sur ma vie. Sur le fait d'être ici, et sur ma déchéance.

Voir le chapitre 162 sur 395



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.