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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 164: Chapitre 33.1
(par lambertine, ajouté le 17/03/00 12:52)


Le chagrin et le mal-être devraient s'en aller avec la nuit. Les miens ne s'en vont pas. Les miens restent à draper mon coeur de deuil et de noir. Même si le sport réveille. Même si le soleil brille. Même si la perspective de diriger la cuisine un jour de plus devrait me mettre de bonne humeur. Même si la perspective de passer mon week-end au dehors devrait me mettre du baume au coeur. Je suis triste, déprimée, et ça me rend agressive. Désagréable. Irritable. Plus sur la défensive, encore, qu'à l'ordinaire. Je houspille Agnès, critique la façon qu'à Patricia de pétrire le pain. Je râle sur mes compagnons de table, envoie Ben sur les roses sans écouter la question qu'il me pose. Que Damien vient me reposer, quelques minutes plus tard.
- La salle de sport est indisponible cet après-midi. Que veux-tu faire, à la place de badminton ? Une promenade ? Du body ? De la pétanque ? Je ne te propose pas le VTT...
Et pour cause. Je parviens à peine à atteindre les pédales d'engins qui n'ont pas été conçus pour les Hobbittes dans mon genre. Mais il m'a vexé quand même. Je soupire lourdement. Je n'ai envie de rien, et de rien faire. Ni de me promener. Ni de soulever de la fonte. La pétanque, ca se passe dans le jardin, et ne demande aucun effort.
- Tu ne nous accompagne pas, demain, au Parc animalier ?
Non. Je parts en week-end. En week-end décalé. Samedi à midi.
- J'ai entretien familial, lundi, avec mes enfants. Ils me ramèneront au Centre.
- Ca te fait peur ?
Peur ? Non. Sûrement pas. Autant l'entretien avec ma mère et ma soeur me mettait mal à l'aise, autant celui-ci... non. Vraiment pas. Je n'ai rien à cacher à mes enfants. Je ne leur ai jamais rien caché.
Rien caché, sauf des bouteilles...
- Au contraire. Ca me fait plaisir, de pouvoir parler devant eux, de les entendre parler de moi. J'espère que ça nous rapprochera encore.
Puis, passant du coq à l'âne :
- Je suis désolée de ne pas pouvoir vous accompagner. C'est ta sortie, ton activité. Vous vous amuserez certainement beaucoup. Mais je préparerai votre pique-nique, ça c'est sûr.
- C'est dommage. Tu aurais pu te changer les idées. Qu'est-ce qui ne va pas, Diane ?
Ce qui ne va pas ? Rien ne va pas, et rien ne va. C'est moi. Je suis comme ça. Je suis fatiguée de cette cure. Fatiguée de ce règlement auquel je ne crois pas. Fatiguée des réactions de l'Equipe. Fatiguée de la vie communautaire. Je suis vide. Je ne sais plus.
- Rien. Un peu de cafard, c'est tout.
A quoi bon lui dire la vérité ? Il y croit, Damien. Il y croit vraiment. Je n'ai pas à saper son moral, et sa détermination. Je n'en ai pas le droit.
- On peut aller prendre un verre, ce soir, si tu veux. En point 7.2, avec Lambert.
Avec Lambert ? Oui, peut-être... S'il est d'accord...
- Pas trop tôt. On regarde Les Experts d'abord. Mais vers 22 Heures. C'est plus sympa, en ville.
Vers 22 heures ? Après tout, pourquoi pas ? Je donne mon accord. Du bout des lèvres.
- Vous aurez l'air de sortir votre vieille mère...
- Et alors ?
Alors rien. J'ai l'habitude de fréquenter des jeunes gens. Mes amis ont pour la plupart la moitié de mon âge. Mais l'Equipe n'apprécie pas. Et les Résidents jasent là dessus.
- On s'en fout, si les gens sont cons. Tu es ma copine, Diane.

Je suis peut-être sa copine, mais je n'en ai pas pour autant le moral. Et j'en ai honte, devant Sonia. Qui suis-je pour me plaindre, devant une mère dont la fille se meurt ? Dont la fille se meurt depuis le jour de sa naissance, il y a vingt-trois ans ? Les malheurs des autres relativisent les nôtres. Ou du moins, le devraient. Les malheurs de Sonia ne rendent pas ma vie plus heureuse, ni ma situation plus facile. Elle ne se plaint pas, Sonia. Elle raconte. Elle raconte vingt-trois années d'angoisse entremêlée d'espoir. Elle raconte les hôpitaux, les nuits sans sommeils, les crises d'étouffement et la kiné respiratoire. Le père qui abandonne, et qui les abandonne. L'espoir d'une greffe, et la crainte d'un rejet. Un soleil dans la nuit. Un jeune homme qui choisit d'aimer une enfant condamnée. Les jours qui se suivent. L'Epée de Damoclès au dessus de leur tête. Et la bouteille pour tenir le coup.
Je n'ai pas à me plaindre, par rapport à Sonia. J'ai eu la chance que, mon enfant à moi, meure subitement.
La chance...
Quelle ironie !
Je n'ai rien à lui dire. Rien à lui répondre. Je quitte la salle de réunion, libérée par ma tâche de cuisinière. Libérée. Le moral dans les talons. Je vais chercher le réconfort dans la soupe aux tomates, et les filets de poisson panés. Dans la sauce tartare, et la salade mixte. Dans les pots de crème au chocolat. Pas en les mangeant. En les préparant. Du rôle consolateur de la cuisine... Elle m'évite les réunions. Pas toutes.
- On a positionnement à 13 heures. Après le dîner.
Et la vaisselle ?
- On avisera.


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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.