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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 166: Chapitre 33.3
(par lambertine, ajouté le 20/03/00 22:54)


- Alors... tu tires, ou tu pointes ?
Aurélien se concentre durant quelques secondes et, les yeux fixés sur le cochonnet, lance la boule qui effectue une magnifique parabole avant d'en expédier deux autres à plusieurs dizaines de centimètres. Il frappe du poing dans sa main ouverte :
- A toi, me dit-il, les yeux brillants d'un éclat enfantin. Tu n'as plus qu'à placer les tiennes.
Je n'ai plus joué à la pétanque depuis des années. Et jamais sur une piste "en dur" mouillée. Plutôt sur le sable, au bord de la mer. Il n'y a pas de mer au centre, pas de sable non plus. Mais un jardin, et, aujourd'hui, un beau soleil, pas très chaud. Un soleil de printemps. Je tire. Pas brillant. La dernière boule, par contre, se place tout près de celle de mon partenaire, non loin du cochonnet. Les garçons s'en approchent, mesurent la distance avec mon mètre de couturière.
- Deux points pour nous !
C'est à moi de relancer. La partie continue, moins acharnée que bon enfant. Sans autre enjeu que de s'amuser. Sans éducateur en vue.
- J'ai soif grommelle Hervé, en fouillant dans ses poches. Je vais me chercher un coca.
Pas d'éducateur en vue, certes, mais bel et bien le règlement au-dessus de nos têtes. Célestin rattrape le jeune garçon par la manche, lui dit quelque chose à voix basse.
- Mais pourquoi on peut pas ? J'ai soif, moi ! Et y a pas d'éduc' en vue...
- Parce que c'est comme ça. On ne pourrait pas prendre de coca à la salle, on ne peut pas ici non plus. N'oublie pas : il y a des yeux partout. Et s'ils nous voient, on se fait saquer. Allez, viens, Virginie t'attend.
Il revient parmi nous en traînant les pieds. Lance sa boule en ronchonnant puis, la voyant atterrir au milieu des autres, part d'un grand éclat de rire en tapant des mains. Virginie le félicite. Il lui saute au cou et l'embrasse. Frédéric intervient; et l'écarte de la jeune femme.
- Mais qu'est-ce qu'il a fait ? s'insurge-t-elle.
- Mais qu'est-ce que j'ai fait ? reprend-il en écho.
Frédéric tente d'expliquer. Hervé ne comprend pas. Pourquoi ne peut-il pas embrasser Virginie ? Et pourquoi est-ce interdit de boire du coca quand on en a envie et que le distributeur se trouve à cinq mètres de nous ? Et qui est-il, lui, pour le gronder comme un bébé ? Et pourquoi est-il ici, dans cette maison où tout le monde le regarde bizarrement ? Où on lui pose sans cesse des questions sur sa vie ? Où on le punit pour des bêtises ? Et pourquoi ne peut-il plus boire de bière, ni fumer de beuh ? C'est tellement bon, la beuh. Il se sent tellement mieux après en avoir pris. Il oublie. Il devient comme tout le monde. Pourquoi est-ce que sa grand-mère est triste quand il a bu ? Quand il a fumé ? Pourquoi est-ce qu'elle pleure ? Il ne sait pas, mais il lui a promis. Qu'il serait gentil. Qu'il ne lui ferait plus honte, même s'il ne comprend pas pourquoi elle a honte. Il lui a promis qu'il ne fumerait plus, qu'il ne boirait plus. Qu'il resterait ici, jusqu'à ce qu'il soit guéri.
- Tu as marqué le point. A toi de relancer, Hervé.
La cure est difficile pour chacun d'entre nous. Pour Hervé, elle est en plus incompréhensible. Les réunions, le règlement, les séances de psychothérapie n'ont pas de sens pour lui. Cette cure peut-elle l'aider ? Ce doit être l'opinion de l'Equipe, siono, que ferait-il ici ?

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.