Chapitre 167:
Chapitre 33.4
(par
lambertine, ajouté le 22/03/00 14:44)
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Sinon, que fait-il ici ? L'Equipe doit croire qu'elle est capable de l'aider. Une partie de l'Equipe, du moins. Il le faut, pour que sa présence parmi nous ait du sens. D'autres centres de désintoxications existent, qui appliquent d'autres méthodes. Quelle raison pourrait pousser des soignants à s'occuper d'un patient qu'ils se savent incapables de traiter, de guérir, du moins au moyen de la thérapie qui est la leur. Et ce qui vaut pour Hervé vaut pour nous tous. Si l'Equipe ne nous dit pas d'aller nous faire soigner ailleurs, si ses membres mettent leur temps, leurs compétences et leur énergie au service de notre guérison, si Thomas ou Camille ne nous disent pas "désolés, nous ne pouvons rien pour vous, allez voir tel ou tel parmi nos confrères", c'est que, quelque part, ils y croient. Ils doivent y croire. Ils doivent espérer, ne serait-ce qu'un peu, que nous ne sommes pas des causes complètement perdues. Même Hervé. Même Célestin. Même moi. - Christiane, à toi. - Je m'appelle Diane, Hervé. - Diane ? Ah oui ! C'est vrai ! Comme la chienne de Tante Ursule. J'oublierai plus. - Hervé, voyons ! le reprend Virginie. Il ne faut pas comparer les gens à des bêtes ! - Pourquoi ? Elle est gentille, la chienne de Tante Ursule... Je ris. Je n'ai aucune raison de mal prendre la réflexion du gamin.
Ben se sert un grand verre de jus d'oranges et se laisse tomber, en sueur, dans un des fauteuils mous du salon. - J'ai faim, se plaint-il en me regardant avec insistance. Très faim. En fait, je meurs de faim. - Tu dois bien avoir des biscuits planqués quelque part ? lui fait remarquer Damien. Ta réserve secrète ne peut pas déjà être vide. - Ben si, répond-il, penaud. Elle est vide. La chambre froide, elle, ne l'est pas. Ben le sait. Il n'y a pas accès, mais moi, si, et il le sait aussi. Je n'ai pas eu le coeur de jeter le monceau de restes de pizzas de la veille. Elles sont encore très bonnes. Enfin, aussi bonnes que peuvent l'être des pissas surgelées améliorées de ratatouille niçoise en conserve. - Y a mieux, reconnaît Célestin en en glissant deux dans le four, que j'ai mis à préchauffer en prévision de la cuisson des "omelettes". Y a mieux, mais c'est plus cher. On va se contenter de ça. - "Ca", tu risques de le payer très très cher, si tu te fais pincer. Aussi cher qu'un homard à la nage. - Y a pas de homard à la nage, constate-t-il en haussant les épaules. Tu vas me dénoncer ? - Tu sais bien que non. - Tu devrais. Tu serais mieux vue de l'Equipe. Encore mieux vue, devrais-je dire. Tu... - Qu'est-ce que tu fais là, toi ? l'interropt Patricia, qui doit me seconder en tant que "cuisine 2". Seules les bleues... Etc... etc... Elle nous débine le règlement, sans fausse note. Je le connais aussi bien qu'elle, ou presque. Seuls les responsables de la cuisine ont le droit de se trouver dans la cuisine. Sauf circonstances exceptionnelles, telles la préparation de l'apéro des fins de cure. - Sauf si "cuisine 1" en donne l'autorisation. Or il se fait que "cuisine 1", c'est moi, et que je lui ai donné mon autorisation. Je dépose les cartons d'oeufs sur le plan de travail, cherche un saladier... - Ici ! fait Célestin en en brandissant un triomphalement. Tu ne sais pas chercher, Diane ! C'est un fait. Je ne vais pas le contredire, mais bien le renvoyer gentiment au salon. - Je vous apporterai les pizzas quand elles seront chaudes. File, avant de te faire prendre. Particia, l'air mauvais, a commencé à casser les oeufs. - Tu joues avec les règles, Diane. Ce n'est pas sérieux. Oui, je joue avec les règles, non, ce n'est pas sérieux, et non, ça ne la regarde pas. Qu'elle s'occupe de ses affaires. De son omelette, en l'occurence. Je commence moi aussi à préparer la mienne. - Et tu n'as pas à jouer les bonniches pour ces gamins. Ni a leur réchauffer des pizzas. Ils peuvent attendre, pour manger. Et les restes de la semaine sont pour le dimanche soir. Mais qu'elle se taise, bon sang ! - Elles seront désséchées, dimanche, les pizzas. Immangeables. Et les gamins ont faim, comme des gamins qu'ils sont. Et je ne joue pas les bonniches. Je leur apporte ce qu'ils n'ont pas le droit de venir chercher eux-mêmes. - Tu es de mauvaise foi. Oui. - Non. Je suis doublement de mauvaise foi. Mais j'en ai assez. Après tout, qu'est-ce que ça peut bien lui faire ? Je ne dérange personne. Je ne fais de mal à personne. Je joues un peu les maman-gâteau, oui. C'est même certain. Mais j'aime ça. Ca me fait du bien. - Il faut d'abord penser à toi. Mais je pense à moi ! Je ne fais que ça, penser à moi ! Je pose les pizzas sur des assiettes, et vais les déposer sur une des tables basses du salon, devant les garçons plongés dans un magazine. - Waouw ! s'exclame Ben. Trop bien. Merci, m'man ! Il me dévisage. Fronce les sourcils. - Ca va pas ? Non, ça ne va pas. |
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