Chapitre 168:
Chapiitre 33.4
(par
lambertine, ajouté le 24/03/00 00:00)
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Les omelettes cuisent. Patricia et moi remettons la cuisine en ordre, nettoyons le plan de travail, lavons et rangeons la vaisselle. Relativement fastidieux, vu que rien n'avait été fait après le repas de midi. Je ne suis pas une fée du logis, bien au contraire. Les petites filles trop gâtées partent avec un gros handicap, de ce côté la de la vie, et les femmes oisives l'entretiennent. J'ai essayé de m'améliorer. Sans succès. Malgré ma bonne volonté. Pourtant, le travail s'accomplit, vaille que vaille. Il ne reste plus qu'un grand saladier remplis d'œufs battus, presqu'à ras bord. La recette a vu grand. Très grand. Trop grand. Patricia s'en empare, et se dirige vers l'évier. - Qu'est-ce que tu fais ? - Ben... je vais les jeter, répond-elle, étonnée. Que veux-tu qu'on en fasse ? Ce que je veux qu'on en fasse ? N'importe quoi, sauf les mettre à l'égoût. Ce sont des oeufs, de bons oeufs frais, fraîchement battus, bien assaisonnés. Pas des déchets. De la nourriture qui ne demande pas à être gaspillée. Mon esprit tourne à cent à l'heure. J'ai trop connu la pauvreté pour accepter ce gâchis sans rien dire. - Il reste des pommes de terre de midi. Avec quelques oignons, on pourrait faire une tortilla pour le pique-nique de demain midi. C'est très bon, froid. Patricia me regarde avec des yeux ébahis. Comme si j'avais proposé de partir sur Mars. - Mais enfin, tu es folle ! Ou de cambrioler la Banque Nationale. - C'est interdit de faire ça. Interdit. Comme d'habitude ! - Je propose de préparer une tortilla. Pas une omelette flambée au calva. - Mais on ne peut pas préparer de tortilla. Tu ne peux pas prendre ce genre d'initiatives. - Tu allais bien prendre l'initiative de jeter les oeufs. - Ce n'est pas pareil. Bien sûr que ce n'est pas pareil. Je propose quelque chose d'intelligent. Quelque chose d'économique. Quelque chose de normal. Ce que je ferais, ce qu'elle ferait, ce que n'importe quelle maîtresse de maison ferait dans la vraie vie. - Nous ne sommes pas dans la vraie vie, Diane. Nous sommes au Centre. Tu n'es pas une maîtresse de maison, tu es une Résidente. Une curiste. Une patiente. Je le sais bien. Je le sais bien, bon sang. Et alors ? Est-ce que je dois pour autant faire n'importe quoi ? - Tu ne peux pas prendre d'initiatives. Tu dois te soumettre au règlement. Tu dois t'en référer à l'Equpe. M'en référer à l'Equpe, à l'éducateur de garde. Pour tout, et pour n'importe quoi... J'ai l'impression que je deviens folle ! J'en ai d'autant plus l'impression que cette conversation se poursuit à table. Que Patricia reçoit l'appui des autres convives. De Frédéric. De Dominique. De Jean-Marc. De Donatien. De Patrick. Tous. Tous me répètent la même chose. Tous me répètent les mêmes mots. Je ne peux pas prendre d'initiative. Je ne peux pas. C'est interdit. C'est la règle. Sans la règle, nous ne sommes rien. Sans la règle... Stop ! Mais ils continuent, et continuent encore, tout en dévorant leur pseudo-omelette cuite au four dans des plats en pyrex que l'équipe vaisselle - les Oranges de Jean-Marc - aura les pires difficultés à laver, protéines cuites obligent.
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