Chapitre 169:
Chapitre 34.6
(par
lambertine, ajouté le 24/03/00 14:14)
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Je me lève, autant pour échapper aux remontrances de mes cocuristes que pour tenter d'arriver à mes fins. Je me rends auprès de l'éducatrice de service. Je rassemble toute mon énergie, et le peu qui me reste d'amabilité, pour lui demander l'autorisation de cuisiner cette fichue omelette, que ce soit ce soir, ou demain matin. Comme Patricia avant elle, elle me regarde comme si j'avais demandé la lune. Et me pose une question. - Qui la préparera, cette tortilla ? - Moi. Avec l'aide de l'équipe cuisine du jour, si ça leur fait plaisir. L'équipe cuisine du jour, c'est à dire Béatrice et Dominique. - Tu leur as demandé si elles étaient d'accord ? - Non. Mais si elles ne le sont pas, je pourrai me débrouiller toute seule. Ou demander l'aide d'un volontaire. J'en connais qui... - Là n'est pas la question, m'interrompt-elle brutalement. Tu n'as pas à prendre de telles initiatives. L'autorisation d'organiser des ateliers de ce genre doit être demandée plusieurs jours à l'avance. A Camille. Et par écrit. - Comment aurais-je pu savoir qu'il resterait des oeufs plusieurs jours à l'avance ? réponds-je, du tac au tac. Il ne s'agit pas d'organiser un "atelier", bon sang. Juste de cuisiner des restes ! Sa réponse me laisse pantoise. - Je ne suis pas censée me mêler de la cuisine. Donc, c'est non. Mais je vais téléphoner à Maria. Peut-être qu'elle, elle donnera son accord. Je ne peux pas prendre la responsabilité de te laisser faire. Téléphoner à Maria ? Pour me donner l'autorisation de faire une... une omelette ? Je me pince. Mentalement, bien entendu. Je n'y crois pas. Ce que je viens de voir, là,sous mes yeux, c'est une éducatrice qui n'a pas plus le droit à l'initiative que nous, résidents. A moins qu'elle n'ait pas d'initiative personnelle du tout. Et elle nous a sous sa responsabilité ? Elle nous donne des ordres ? Je suis abasourdie. Je bafouille un "Merci" et retourne m'asseoir. Mes compagnons de table ont changé de sujet de conversation. Ils ont quartier libre, ce soir. Certains iront se promener en ville. D'autres boire un verre, ou regarder un film. Je reste dans ma bulle. Seule. Contente de l'être, pour une fois. Seule et incrédule. Nous sommes censés réapprendre à vivre, ici. Nous sommes censés devenirs des citoyens abstinents, et capables de prendre nos responsabilités. Et nous n'avons le droit à aucune initiative. Aucune. Et je n'en puis plus. Cette infantilisation perpétuelle me pèse. J'ai envie de hurler, de cogner. Je ne veux pas ressembler à cette femme. Je veux redevenir un être humain. Je suis un être humain.
- Qu'est-ce que tu fais ? - Tu le vois bien : je range. - On a night-meeting dans cinq minutes. Tu... - Fiche-moi la paix, Célestin. Mêle-toi de ce qui te regarde. Et sors de cette cuisine. Il est la dernière personne ici dont je désire me servir comme punching-ball. Mais c'est lui qui est là, devant moi, et qui reçoit ma mauvaise humeur en pleine figure. - Mais enfin, Diane, calme-toi. Qu'est-ce qui se passe ? - J'en ai assez, voilà ce qui se passe. J'en ai assez d'être prise pour une débile mentale. Je lui explique la situation en deux mots. Il sourit, essuie sur mon visage des larmes dont je n'avais pas conscience, et m'entoure gentiment les épaules de son bras. - Calme-toi, Diane. C'est pas grave. On en reparlera après le night-meeting. Mais ne reste pas là. Je n'aime pas plus que toi voir mes amis se faire saquer. |
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