Chapitre 17:
Chapitre 5.2
(par
lambertine, ajouté le 29/07/09 14:51)
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Etonnée, je le suis moi aussi. Non par la voix du garçon, qui mériterait d’être mieux travaillée, ni par la force qui malgré cela se dégage de son interprétation, mais par le choix de la chanson. « Comme un soleil, comme une éclaircie Comme une fleur que l’on cueille entre les orties ...» Fugain, les années 70, ma propre enfance, là où j’aurais parié sur un rap rebelle ou un rock endiablé. « Demandez-moi de ne plus croire en rien Pourvu que je la voie Au bout de mon chemin... » Crois-tu en quelque chose, enfant paumé ? En Dieu, d’après tes gribouillis... « Mais dites-moi où la trouver »
Les autres applaudissent, y vont de leurs commentaires, souvent appréciateurs. Je me tais, et j’attends la suite. - Pas mal ! reconnaît Joe. Tu as du potentiel. Tu devrais prendre des cours. - M’intéresse pas, bougonne Célestin. Il lui lance le micro, et un « A Toi » qui ne laisse place à aucune alternative. Joe toussote, règle l’appareil, se lève. Ne regarde pas l’écran sur lequel défilent les paroles. Chante. « Dans le port d’Amsterdam... » Belle voix. Posée. Professionnelle. « Les rêves qui les hantent... » Et qui nous prennent aux tripes. Nous ne nous attendions pas, ou si peu, à pareille prestation. Troublante. Troublée. Trouble. Il pleure sur les femmes infidèles, lui qui n’aime que les hommes, devant des femmes qui l’ont été. Devant des femmes qui le seront. « Dans le port d’Amsterdam » Standing ovation de vingt personnes. Marie-Line l’embrasse. J’ai le coeur léger. Personne ne prend le micro qu’il nous tend . Nous n’osons pas. Pas après ça. Nous n’osons pas, sauf Célestin. Il avance une main tremblante, qui se fait ferme sur le manche de l’appareil. Se concentre. Rentre en lui-même. - Vas-y, mon grand ! l’encourage Joe, en lançant la musique. Le jeune garçon prend une profonde respiration. « Petit N’écoute pas les grands parler Vas-t’en jouer dans le jardin... » Encore une chanson de ma jeunesse. Une chanson qui a toujours eu l’art de me mettre les larmes aux yeux. Qui l’a encore plus depuis qu’elle peut coller à ma vie. « Il te dira pourquoi j’ai fait pleurer ta mère Tant pis si tu ne comprends pas très bien... » Ils le comprenaient, mes enfants, ce qui me faisait pleurer. Trop bien. « Petit N’écoute pas ton père partir Même si jamais il ne revient ...» Leur père est parti. Il nous a laissés. Sans le sou. Sans protection. Sans amour. Qu’a fait celui de Célestin ? Pourquoi son fils a-t-il le visage baigné de larmes en cjhantant à la perfection une mélodie ayant le double de son âge ? Il rend le micro à Joe, se rassied. Je lui tends un paquet de Kleenex. Il s’essuye les yeux, gêné. - Elle est idiote, cette chanson. Un enfant écoute toujours son père partir. Tu devrais le savoir. Oh, que oui, je le sais ! Et je n’ai plus envie de chanter. « J’ai tout appris de toi sur les choses humaines Et je vois désormais le monde à ta façon... » Les vers d’Aragon sublimés par le talent de Joe réveillent en mon coeur une nostalgie insurmontable. « J’ai tout appris de toi en ce qui me concerne... » Ce fut le cas autrefois, du moins je le imaginais. J’avais cru la chenille devenue papillon par la grâce de l’Amour. Mais elle s’est brûlée les ailes aux rayons d’un soleil trop fort, et a fait enfler son corps d’alcool et de désespoir. Elle parle de bonheur, pourtant, en gardant les yeux tristes. Célestin, s’il garde les yeux tristes, ne parle pas de bonheur, mais d’amour perdu. « Dis-lui Quitte à mentir dis-lui Que je réalise Qu’elle avait raison »
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