Chapitre 173:
Chapitre 35.3
(par
lambertine, ajouté le 28/03/00 17:04)
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Peu importe. Que je vive, que je meure, que je me défonce à la bière au creux de mon lit tous les soirs. Peu importe. Que suis-je, sinon rien ? Sinon moins que rien ? Ils le disent bien. Ils le disent tous. Ils... - Diane n'est pas bien, et vous l'enfoncez. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle vous a fait ? Qu'est-ce qu'elle vous renvoie de vous qui vous dérange à ce point ? Ils le disent tous... - C'est pour son bien. - Non. C'est pour le vôtre. Vous l'avez regardé, Diane ? Vous avez essayé de la comprendre ? Elle est sensible, à fleur de peau. Arrogante ? Elle n'a aucune confiance en elle. Elle ne vous regarde pas de haut, elle se barricade, de peur que vous lui fermiez votre porte. Tous. - Elle croit tout savoir. - Elle a beaucoup vécu, et pas que des choses marrantes. Elle essaie d'en parler, c'est tout. C'est pas facile. Elle est maladroite, parfois. Enfin, je suppose, si vous la voyez comme ça. Moi, je ne la vois pas comme ça. Non. - Elle ne sait pas demander de l'aide. Alors, elle essaie de cacher ses problèmes. Pas tous. - C'est parce qu'elle prend toujours ta défense, que tu prends la sienne, ce soir ? - Non. Je parle pour elle parce que vous vous trompez, et qu'elle a trop de chagrin pour se défendre toute seule. D'ailleurs, je ne la défend pas. J'explique, simplement. Ou j'essaie d'expliquer. Il fait mieux qu'essayer, Célestin ! Il parle de moi comme personne ne l'a fait avant lui. Il m'expose aux yeux des autres, telle qu'il me voit. Et il me voit telle que je suis, au plus profond de moi. Et ses paroles arrachent les derniers morceaux de ma carapace, et laissent mon cœur à vif. A nu. Je suis à nu devant les autres. Je suis à nu devant moi-même. Vulnérable. Vulnérable comme je ne l'ai plus été depuis vingt ans. Depuis la mort de mon petit garçon. C'est un autre garçon, un garçon de son âge, de l'âge qu'il aurait eu, s'il n'avait oublié de respirer, si son cœur n'avait cessé de battre, qui me révèle et, en me révélant, me libère. Mes larmes de désespoir se muent en larmes de soulagement. Une foule de sentiments contradictoires se mettent à grouiller dans mon être. Une colère immense, bien plus grande que tout ce que je pouvais imaginer. Un amour absolu, implacable. Une soif de justice qui balaie les convenances. la tendresse. La révolte. Et au milieu de tous, inopinée, inattendue, l'espérance.
- On est pareils, toi et moi. Je suis assise dans le jardin à côté de Célestin. Dominique nous a apporté deux tasses de camomille, avant de me demander pardon. Parce qu'elle a cru que je la prenais de haut. Parce qu'elle a cru que je la méprisais, que j'étais comme sa sœur et, qu'à cause de cela, elle m'en voulait. Mais elle à compris que ce n'était pas vrai. Les paroles du jeune homme lui ont ouvert les yeux. Alors, elle me demande pardon, m'embrasse, et s'éloigne discrètement. Et moi, je hoche la tête aux mots de Célestin, qui se méprend sur la signification de mon geste. - Je voulais dire... ne m'en veux pas... Ne le prends pas mal, surtout. Je sais bien que tu es une Dame, et moi un voyou, mais... - Tu n'es pas un voyou, Célestin. Tu ne l'es plus, si tu l'as été. Et moi, je ne suis plus une dame. Je ne suis plus une dame depuis bien des années. - C'est pas vrai. Ça, c'est ce que tu crois. Il prend une de mes mains dans les siennes. Il doit remarquer que je tremble encore. J'ai l'impression de m'éveiller après vingt ans de mort. - Tu seras toujours une dame. Même dans le ruisseau. On n'est pas pareils en dehors. Mais en dedans, si. Je suis comme toi. C'est pour ça que j'ai compris, et que j'ai pu parler pour toi. Je frissonne. Il ôte sa veste à capuche, et me la met sur les épaules. - Je n'ai pas le dixième de ta gentillesse. Tu es quelqu'un de bien, Célestin. Il hausse les épaules, et son regard se fait mélancolique. - Quelqu'un de bien ? Je ne sais pas. J'essaie de le devenir. - Pouvoir paraître devant Dieu comme quelqu'un de bien. C'est ce que tu avais écrit, tout au début de notre séjour. - Je le veux toujours, même si personne ne le croit, ici. J'ai fait trop de mal. J'ai fait souffrir trop de monde. Maman, surtout. Je ne veux plus. Je veux rendre les gens heureux, à présent. - Tu es doué pour ça.
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