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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 174: Chapitre 35.4
(par lambertine, ajouté le 29/03/00 14:25)


- Pas vraiment, non. J'ai souvent l'impression que je fais du mal à tous ceux que j'aime, même quand je veux le contraire. Qu'il y une malédiction sur ma tête. Turin Turambar, quoi.
- Et moi, Morwen de Dor Lomin. Retranchée dans son manoir. Incapable de demander de l'aide, ou d'en accepter quand quelqu'un lui en offre. Trop orgueilleuse. Trop imbue d'elle-même.
- Trop blessée. Trop fragile.
- Fragile, Morwen ?
- Fragile comme du cristal. Dure en apparence, et brillante. Mais pouvant se briser au moindre choc. Et même sans... Tu n'étais pas là, quand nous avons visité la cristallerie. Cetaines pièces étaient mises au rebut. Elles étaient très belles, en apparence. Parfaites. Mais elles avaient des défauts. Des failles internes. Elles pouvaient exploser, se briser, comme ça, toutes seules, sans raison apparente.
- Comme moi ?
- Comme nous. Comme Morwen. Comme Turin. Ces failles, on les cache. On voudrait faire croire qu'on n'est pas fragiles. Qu'on est solides. Et on crâne. On fait semblant d'être forts. Et on passe pour arrogants.
- Arrogant, toi ? Dans quel film ? Je peux te trouver des tas de défauts, mais sûrement pas celui-là.
- Demande aux autres, ils t'expliqueront. J'ai même cru que c'était pour ça que tu ne m'aimais pas, au début.
- Parce que je te trouvais arrogant ? Non. Sûrement pas. Je suis même étonnée qu'on puisse penser ça de toi. Je ne t'aimais pas parce que tu m'énervais. Parce que...
- ...j'étais un gamin de merrde ?
- Ca c'était le prétexte. Ce que je croyais. Ce que je voulais croire. La vérité... Je déteste Morwen, tu sais, parce qu'elle me ressemble. Là, c'était la même chose. Je me voyais en toi, et ça me déplaisait.
- Tu te détestes tant que ça ?
- J'ai échoué, Célestin. J'ai raté ma vie, par ma faute. Pour toi, rien n'est joué. Tu peux encore te battre. Tu peux encore gagner. Tu as vingt et un ans...
- J'ai vingt et un ans, et un passé que je traîne comme un boulet. Que je traînerai toute ma vie. Un passé que me renvoient tous ceux qui me regardent. Qu'ils me méprisent, qu'ils aient peur, ou qu'ils aient pitié de moi.
- Pas tous, Célestin.
- Pas toi, c'est vrai. Toi, tu n'as plus pitié de moi. Mais toi, tu te méprises toi-même, et tu ne devrais pas. Tu n'as pas raté ta vie. Tu as de chouettes enfants, et un chouette petit-fils. C'est un peu grâce à toi, qu'ils sont devenus aussi bien, non ?
- Grâce à moi ? Ou malgré moi ?
- Ils ont grandi sans père, Diane. Et ils sont formidables. Tu as toujours été là pour les écouter, pour les soutenir, pour les consoler. Leur mère est formidable, et parfois je les envie.
- Il ne faut pas. Surtout pas. D'ailleurs, elle est très bien, ta mère.
- Elle a fait ce qu'elle a pu.
Il pousse un long, un profond soupir, déchirant, empli de désespoir, mais aussi de tendresse.
- Ce n'est pas sa faute. Je ne peux pas lui en vouloir. Et pourtant, c'est un peu à cause d'elle, que je suis ici. A cause d'elle, et grâce à elle aussi. C'est dur à expliquer.
- Tu ne dois pas.
Mais il ne m'entend pas. Il ne m'entend plus, et parle, comme si je n'étais pas là. Comme pour lui-même. Et Murielle est présente dans chacun de ses mots. Murielle, avec sa culpabilité, et avec son chagrin.
- J'ai failli mourir, l'an dernier. A cause de la came. Enfin, du manque de came. On dit que ce n'est pas possible, avec l'héro. Ben si. Je vivais à la rue. Je dormais ça et là, sous les ponts, dans des squats. J'évitais les refuges. Il y a trop de monde, trop de violence dans les refuges. Et les tox n'y sont pas bien vus. Je faisais la manche pour avoir du fric. Je volais, parfois, aussi... enfin, bref. Un héroïnomane, il fait n'importe quoi pour sa dose. J'appelais parfois Maman. J'achetais un téléphone, ou j'en piquais un, et je l'appelais. Elle ne pouvait pas m'appeler. Les téléphones, je les revendais très vite. La came, ça coûte cher. Mais je voulais lui dire, à Maman, que j'étais en vie, et que j'allais bien. Même si je n'allais pas bien.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.