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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 175: Chapitre 35.5
(par lambertine, ajouté le 30/03/00 18:06)


Je suis une mère. Je suis une maman. J'ai mal lorsque j'entends les mots de Célestin. J'imagine, non, je n'ose m'imaginer les craintes de Murielle, ses angoisses, ses attentes désespérées d'un coup de téléphone qui n'arrivait pas.
- Elle le savait, bien sûr, que je n'allais pas bien. Que c'était même pour ça que j'étais parti. Mais elle faisait semblant de me croire, en me disant chaque fois que je pouvais revenir. Que sa porte me restait ouverte. Je le savais, bien sûr. Mais je ne pouvais pas. C'était impossible. C'était plus fort que moi. J'étais allé trop loin, beaucoup trop loin dans la déchéance.
Sa main cherche la mienne. Plus pour me rassurer, à présent, mais pour se rassurer lui-même.
- J'étais comme un squelette obsédé par la came. En recherche d'un shoot quand je ne dormais pas. Je ne pouvais d'ailleurs presque plus dormir. Six heures après ma dose, j'étais déjà en manque. Et j'étais fatigué. Si fatigué. Tu ne peux pas savoir, Diane. Même moi, à présent, j'ai difficile à m'en souvenir. Me réveiller, trouver du fric, trouver la came, me shooter, et dormir, et recommencer. Et recommencer six heures plus tard. Et encore. Et encore. Jusqu'au jour où je n'ai plus pu.
Il se tait. Hésite.
- Tu trouves que je me plains trop, peut-être ? Que ce qui m'arrivait, je l'avais bien cherché ?
- Non. Je ne te juge pas. Je comprends, sans comprendre vraiment.
Je me souviens de ses blocages, de ses réticences à parler de lui-même, de ses difficultés à raconter son histoire. Là, il me fait confiance, et cette confiance me met du baume au cœur, même si son histoire me fait mal à crever. Même s’il n’en est encore qu’à la surface. J’essaie de le rassurer. Il me demande pardon. Pardon d’être égoïste, de me parler de lui, alors que c’est moi qui vais mal.
- Ce n’est rien. Continue, si ça te fais du bien.
- Tu veux bien ?
J’acquiesce en silence, en serrant très fort sa main brûlante. Il respire profondément, et reprend, à nouveau lointain, détaché de lui-même et de son récit. Comme s’il parlait d’un autre. Comme je lui avait conseillé de faire, pour présenter sa courbe.
Comme je parle, quand je parle de moi.
- Je dormais dans un squat du centre-ville. Pas loin de la Cité administrative, là où je suis allé hier. Tu comprends pourquoi j’avais la trouille ? Y a plein de dealers, par là, et je connais tout le monde. La marchandise à portée de main… Je n’aurais eu qu’à demander. On m’aurait même fait crédit. Mais je ne voulais pas. Je ne veux pas retomber, Diane. Je ne veux pas retomber aussi bas.
- Tu as tenu le coup.
Il ne relève pas, repart dans le passé.
- J’étais si fatigué. Je voulais dormir, dormir, et puis c’est tout. Je me suis enroulé dans une couverture. J’avais si froid… Pourtant, c’était l’été. Quand je me suis réveillé, j’avais mal. Partout. Mal comme jamais je n’avais eu. J’étais sans force. Je savais qu’il me fallait me lever, partir à la recherche de came, mais je ne pouvais pas. Je me suis rendormi. Jusqu’à ce que la souffrance devienne vraiment trop forte.
Tu as déjà vu un drogué en manque, au cinéma ? Je devais être comme ça, en pire. Je n’étais plus rien, qu’une masse de douleur. Enfin, une masse… J’avais du mal à respirer. Je sentais que j’allais partir. J’ai pensé à Maman.
J’avais un téléphone, ce jour là. Je l’ai appelée. Je voulais lui dire au-revoir. Je ne sais plus ce qui s’est passé ensuite, comment elle a su où j’étais. Quand j’ai rouvert les yeux, elle était près de moi. Dans une chambre de réa, au CHU. Elle me tenait la main. Depuis onze jours, elle veillait sur moi.
- Et c’est comme ça que tu es arrivé ici ?
- Pas vraiment. Ou plutôt, pas tout de suite. Je me suis enfui, dès que j’ai pu tenir debout. Mais ils m’ont retrouvé très vite. Tomber dans les pommes dans les bras du propriétaire, ce n’est pas le meilleur moyen de piquer un carnet d’ordonnances dans une voiture de médecin. Je dois toujours lui rembourser les dégâts. Après, je me suis laissé faire. J’avais failli mourir. Mon cœur avait cessé de battre, plusieurs fois. A début, ça m’était égal. Puis j’ai compris combien Maman m’aimait, et à quel point je l’avais fait souffrir en me faisant du mal. Et Dolorès est venue me voir, à l’hôpital. Je ne pouvais plus les rendre malheureuses. J’ai compris que je devais vivre pour elles. Au moins pour elles.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.