Chapitre 18:
Chapitre 5.3
(par
lambertine, ajouté le 29/07/09 14:53)
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Ne connaît-il que des chansons désespérées ? Que des chansons de mon adolescence ? « Dis lui tout ce que tu voudras Mais il faut qu’elle te croie... » Tout va bien, ne t’en fais pas, quoi ! Mais tout ne va pas bien. Ni pour lui, ni pour moi. Ni pour aucun des autres patients. Si nous allions bien, nous serions ailleurs. Nous serions dehors. Nous pourrions vivre normalement. Aller normalement. Aimer normalement. Je n’aimerai plus jamais normalement. Je n’aimerai plus jamais. Je n’aimerai plus d’Amour. Marie-Line chante, à présent. Je n’entends pas. Je n’entends plus. J’étouffe. Je me lève, remonte, sors. Je glisse une pièce dans la fente du distributeur, prends un Coca, m’installe au fumoir. - Tu ne devrais pas boire ça. C’est mauvais pour ce que tu as. Célestin fume nonchalament, adossé à l’un des piliers de l’auvent. - Pardon ? Mais de quoi donc se même ce gamin ? - Le Coca, c’est plein de sucre, et ça rend nerveux. Toi, tu es une pile électrique, et tu fais régime. Donc, c’est mauvais pour toi. CQFD. Il s’assied sur l’accoudoir du banc. Etend les jambes. Secoue ses cheveux noirs. Se frotte les yeux. Frissonne. - Tu devrais mettre un manteau. D’ailleurs, comment sais-tu que je suis au régime ? - Je n’ai pas froid... Il ment et il crâne. Comme feraient mes fils à sa place. Un homme, un vrai, n’a jamais froid ! - ... et je t’ai vue. Tu ne manges pas de gougouilles, alors que tout le monde s’empiffre. - Toi non plus. - Je n’aime pas les sucreries. Toi, si. Perspicace. Trop à mon goût. Il m’agace. Il le remarque et veut s’en aller. - Attends ! - Tu avais raison. J’ai froid, et je suis fatigué. Il cesse de crâner, soudain.Change du tout au tout. Enfantin. Vulnérable. Et sincère. Pourquoi avec moi ? - Je suis tout retourné, à l’intérieur, d’avoir chanté. Je chante souvent, pourtant, dans les karaoké. Mais pas les chansons de ma Maman. Les chansons de sa Maman... - Elles m’ont retournée aussi, tes chansons. Et Joe a raison. Tu devrais travailler ta voix. Il ne relève pas ma suggestion. Se contente d’un « bonne nuit » avant de disparaître.
Rejoindre les autres dans la salle récréative me paraît la meilleure solution. Chansons gaies. Chansons tendres. Chansons faciles, pour la plupart. « L’Amérique » ou « Santiano ». Jusqu’à ce que sonne l’heure du coucher. De rejoindre ma chambre. Il neige sur le jardin, tant et tant que l’arbre est invisible dans la nuit. Je regarde machinalement tourbillonner de gros flocons. Tourbillonnent mes pensées. Mes enfants me manquent. Que font-ils à cette heure trop peu tardive pour dormir ?
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