Chapitre 185:
Chapitre 37.1
(par
lambertine, ajouté le 12/04/00 19:31)
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Je ne redoute pas l’entretien familial avec mes enfants. Ils ont peut-être, ils ont certainement à se plaindre de moi, mais je ne le redoute pas. C’est pour eux que je suis au Centre. Pour eux, bien plus que pour moi-même. Je ne suis pas une bonne mère, mais je les aime. Je ne veux pas qu’ils continuent à se faire du souci pour moi. Si ce n’étais pas le cas, j’aurais claqué la porte depuis bien longtemps. Je n’en ai pas le droit. Quoi qu’il arrive, je suis obligée de tenir, et d’accuser les coups. Quoi qu’il arrive. Je regarde défiler le paysage à travers la vitre de la voiture. Je ne suis pas habituée à voir Florentine conduire. Un détail de plus, qui prouve que je vieillis. Nous avons déposé Noé à la crèche, et sommes partis de bon matin. Le Centre ne plaisante pas avec les horaires. Quand il s’agit des Résidents, du moins. Les membres de l’Equipe, eux, ne se privent pas d’arriver en retard. Notre statut est différent, a répondu Richard à une remarque sur ce sujet. Je ne sais si le thérapeute familial sera ponctuel. Peut-être. Peut-être pas. Je repasse dans ma tête quelques moments de ce week-end extérieur. Un repas chez ma mère. Une soirée chez Flora et Gilles. Une nuit chez Florentine, les garçons campant dans le living room. La vie. La vie toute simple, telle qu’elle devrait toujours être. Sans chichis. Sans festivités. Caresser mon chat. Voir les progrès de mon petit-fils. Ecouter mes garçons parler de leurs amoureuses respectives. Discuter jusqu’aux petites heures, et faire la grasse matinée. Regarder Les Experts à la télévision sans en avoir honte. Ecrire quelques messages sur un forum tolkiennien. Aller acheter du pain chez le boulanger. Traîner en pantoufles. Je sens mon cœur se serrer à l’approche du Centre. Même si ma place est là. En prison. Dans une drôle de prison, dont on a peur de se faire renvoyer. C’est le monde à l’envers. Je sonne. Marie-Anne nous ouvre la porte, prévient le psychologue de notre arrivée, nous propose de l’attendre dans le salon. Dans le salon où Marcello attend, au milieu de ses bagages. Les exclus n’ont pas le droit de dire au revoir aux Résidents, mais il le fait quand même. Il m’embrasse, bien que nous n’ayons jamais été proches. Il tente de m’expliquer quelque chose que je ne comprends pas. Que s’est-il passé, encore ? Il quitte le salon à l’arrivée du taxi, et nous suivons le psy jusqu’à une petite pièce intime. Mes enfants se mettent à raconter, chacun à leur tour. Ils parlent de moi. Ils parlent de leur père. Ils parlent d’eux-même, et de leur propre vie, et de leurs relations les uns avec les autres. Ils parlent de la faillite, de la ruine, de la richesse et de la pauvreté. Ils parlent de mes angoisses, de ma maladie bipolaire, de notre complicité. Ils parlent des maîtresses de leur père, de sa conversion à l’Islam, de son départ pour le bout du monde. Ils parlent de nous, de notre vie, de nos problèmes et de notre amour. Rien que je ne savais déjà. Et beaucoup. Et tout. Les larmes coulent. Le psy prend note. C’est normal. C’est son travail. Ce qui n’est pas normal, c’est que personne ne m’a demandé de « pisser dans le pot » pour contrôler ma potentielle consommation. Je me tais, pour l’instant, mais je n’en pense pas moins. Je raccompagne mes enfants, croisant dans le couloir une jeune fille aux longs cheveux bouclés. Une nouvelle, sans doute. Je serre très fort ma fille, puis mes fils, dans mes bras. Ils s’en vont. Ils s’en retournent vers leur vie, et moi, je reste ici. Je monte à petits pas jusqu’au grand grenier, prends place en silence parmi mes compagnons. Tout le monde est présent. Aucune exclusion, mis à part Marcello. Mais Damien et Agnès tirent une tête d’enterrement, et Ben paraît très abattu. Ma curiosité grandit. Camille me regarde fixement, avant de prendre la parole. - Puisque tout le monde est là, je déclare ce Communautaire ouvert. Je dois vous faire part que la cure de Marcello a pris fin. Il a été exclu pour cause de harcèlement sexuel. Il a mis la main aux fesses de Virginie, et a fait des avances explicites à Agnès. S’en suit une conférence sur le harcèlement, sur l’interdiction de toute attitude sexiste sous peine d’exclusion, et, plus étrangement, sur les R.P. Car l’exclusion du Don Juan autoproclamé, et mal-aimé des Dames, n’est pas le seul point à l’ordre du jour de ce communautaire. - Agnès et Damien, vous êtes officiellement déclarés en « Relation privilégiée ». Il vous est désormais interdit de vous asseoir à la même table, et d’avoir des activités communes. - Je… v eut se défendre la jeune femme. - Tu n’as pas le droit de prendre la parole, l’interrompt le chef-éducateur. Tu as avoué à Marcello être amoureuse de Damien, ce qui est interdit au Centre. Je ne fais qu’en tirer les conséquenses.
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