Chapitre 19:
Chapitre 6.1
(par
lambertine, ajouté le 01/08/09 21:21)
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Dimanche. Premier dimanche. Premières visites. Dans six heures, ou à peu près. Je stresse, un peu, beaucoup. La musique envahi les rues. Les fêtards du Carnaval sont déjà, ou encore, à l’oeuvre. Je crains qu’ils interceptent un de mes enfants, l’obligent à boire, comme le veut la coutume. Les visiteurs du Centre doivent impérativement être sobres. Totalement sobres. Pourvu qu’ils ne se laissent pas tenter ! J’ai tant, tant besoin de les voir. Pour tromper mon ennui et ma nervosité, j’écris mon « roman de vie ». Rien de difficile. J’ai bonne mémoire, hélas ! Et j’écris facilement. Ma vie défile sous mon stylo à bille. Cinq ans . Vingt ans. Trente ans. La vie. L’amour. La mort. .es études. La trahison. Les voyages. Un verre. Un joint. Un verre. Un... je ne sais quoi... Ecrire sur moi. Parler de moi. Parler des autres. Ceux que j’ai aimés. Ceux que j’aime. Ceux que je hais. Je ne hais personne. Sauf moi, parfois. Sauf moi, souvent. Aurélien s’installe face à moi, dans l’Aquarium. Il trace, au moyen de feutres multicolores, sa « courbe de consommation » sur une feuille quadrillée. Alcool en rouge. Stupéfiants en vert. Médicaments psychotropes en bleu. Il se concentre, réfléchit, dessine sa vie avec clarté. Rigueur professionnelle pour existence peu rigoureuse. Il soupire, rectifie une ligne, une date. Ses cheveux bouclés masquent ses yeux noisette. Il sent que je l’observe, continue son travail, attend patiemment que je l’interroge. Je n’y manque pas, bien entendu ! Sur sa courbe, pour commencer. L’Herbe y monte à une vitesse vertigineuse. La bière y est stable. Les champignons hallucinogènes y tiennent une place non négligeable. L’histoire d’un fils de famille racontée par les drogues. Le roman d’un jeune homme pas rangé. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. Aurélien ne l’était pas plus dix ans plus tard. Ni heureux, d’ailleurs, bridé par les conventions d’une famille trop rigoriste, de parents trop âgés, de frères trop conventionnels. La défonce entre le Messe et les rallyes, entre l’Université et La Libre Belgique. -Tes parents viennent te rendre visite, cet après-midi ? Comment pourrait-il en être autrement ? - Ils ne savent pas que je suis ici. Impossible. Je lui fait répéter sa réponse. - Ils ne savent pas que je suis ici. Ils ne savent pas que je me suis drogué. Ne savent pas ? Ou ne veulent pas savoir ? Je me saoulais, seule, dans ma chambre, à l’êge de quatorze ans. Mes parents, eux non plus, n’ont jamais rien remarqué. Est-ce donc si facile de cacher sa déchéance ? De cacher son désespoir ? - Je ne vivais plus chez eux. Et même quand j’y étais... ils ne connaissaient pas les effets des produits. - Ils auraient dû voir que tu n’allais pas bien ! Il les défend, bec et ongles. Je ne leur trouve aucune excuse. J’ai tort et je le sais. Les parents font ce qu’ils peuvent pour leurs enfants. Les parents font ce qu’ils peuvent de leurs enfants. Aurélien a tracé sa vie comme il l’entendait, rebelle, et pourtant pétri de leurs valeurs. Celles qui étaient miennes, autrefois. - Ils sont comme ils sont, mais je suis seul responsable de ce qui m’est arrivé. J’ai beau être en froid avec eux, je ne peux pas leur faire porter le chapeau de mes fautes. Ces valeurs qui font peser sur ses épaules un incroyable poids de culpabilité. - Je ne leur reproche pas ton addiction. Je leur reproche leur aveuglement. Fasse le Ciel que je sois moins fermée, moins bornée, moins aveugle, devant mes propres enfants ! Qu’ils osent me parler autant que me chérir ! Malgré mes erreurs, j’ai eu jusqu’ici bien de la chance. Qu’elle continue, mon Dieu ! Qu’elle continue !
Juliette, elle, paraît plus heureuse que jamais ce qui, entre parenthèses, n’est pas très difficile. Son fils, qui l’avait reniée, a repris contact avec elle.L’espoir renaît. Elle sifflote comme un petit oiseau. Elle aide Sébastien à dresser les tables, bien que ce ne soit pas sa tâche du jour. Elle discute avec lui de futilitésqui ne lui sont pas coutumières. Au dehors, les fanfares entament des airs populaires. Des personnages costumés arpentent les rues de la petite ville. Petit à petit, la foule se fait plus dense, plus gaie. Certains d’entre nous envisagent de rejoindre les fêtards, en toute sobriété, bien entendu, dès qu’auront commencé les « temps libres ». Pas moi. Nonseulement, je n’ai encore aucun « point de liberté », mais je ne tiens pas non plus à me mêler à la bande avinée du Carnaval. Je n’aime pas, je n’ai jamais aimé la foule. Elle me fait peur depuis toujours. J’imagine que ma petite taille, ma taille de Hobbitte, n’y est pas pour rien.
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