Chapitre 190:
Chapitre 37.6
(par
lambertine, ajouté le 19/04/00 15:36)
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Qui cherche-t-elle à convaincre ? Nous, ou elle-même ? Parce qu'elle a raison. Elle a raisonnablement raison. Elle se doit de rester fidèle. Elle ne peut pas tomber amoureuse. Christophe ressemble trait pour trait à l'homme qui lui faut, alors que Damien n'est qu'une rencontre d'hôpital, un garçon aussi fragile qu'elle-même. Christophe est solide, Damien est blessé par la vie et l'amour. Christophe a sa place dans la société, Damien commence à peine à retrouver ses marques. Christophe lui a fait un enfant, Damien lui est presque inconnu. Pour autant que l'on puisse rester inconnu aux yeux d'un autre cocuriste. Agnès est amoureuse, et Damien l'est aussi. Malheureusement.
- Tu veux bien poser pour nous ? - Pardon ? J'ai cru mal entendre. Mais non. Gabriel m'a bel et bien demandé de jouer les modèles, pour lui, et pour Soazig. Pourquoi moi ? Je ne suis plus belle. Je suis grosse. Je suis vieille. Pourquoi pas Agnès ? Ou Célestin ? Ou Jacob ? Ils sont jeunes. Ils sont beaux. Ils ne demanderaient sans doute pas mieux que de poser pour les artistes locaux. - Tu es intéressante. Et tu l'as déjà fait. - Poser ? - C'est ce que tu m'as dit. - C'était il y a trente ans, Gabriel ! Il y a trente ans. Etudiante et modèle. J'ai gagné mon premier salaire en me déshabillant dans une Académie. En tout bien tout honneur. Mes parents l'ignoraient. Ma mère l'ignore toujours. je n'en ai que des bons souvenirs, malgré les crampes et les courants d'air. - Je ne te demande pas de te mettre toute nue. - Il ne manquerait plus que ça. Je n'ai plus, depuis longtemps, le physique adéquat. Et même si je l'avais... J'imagine déjà la tête de Camille, et je pouffe. - Qu'est-ce que tu as ? - Rien... Rien. D'accord. Quand tu veux. - Maintenant ? Pourquoi pas ? Je n'ai rien d'autre à faire. Je suis mon camarade, traverse le salon où le MP3 d'Eric diffuse une musique tonitruante, et m'assois sur une chaise où je prends la pose, conformément aux instructions de l'artiste. Il prépare son matériel, bientôt rejoint par sa jeune collègue. Je rentre en moi-même. Je deviens absente à mon corps. Loin, très loin du Centre. Dans un monde intérieur où je peux bouger, rire, chanter, tandis que mon enveloppe charnelle reste immobile, telle une statue de pierre. Un vent léger balaie mon visage. Des accords de guitare atteignent mes oreilles, mon cerveau, mon âme. Ils sont réels, et en même temps pas. Ils viennent du jardin, et de mon moi profond. Ils naissent des doigts de Damien, mais illuminent un autre monde. Quelques mots d'une chanson Que c'est beau, c'est beau la vie . La voix juvénile de Célestin s'insinue dans mon rêve, et les mots fredonnés n'y sont pas incongrus. Tout ce qui tremble et palpite Tout ce qui lutte et se bat Tout ce que j'ai cru trop vite A jamais perdu pour moi La vie. le bonheur. L'espérance. Ils existent. Quelque part. En moi. Peut-être ailleurs. Dans la vraie vie.
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