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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 192: Chapitre 38.1
(par lambertine, ajouté le 22/04/00 19:50)


Qui suis-je, pour me plaindre ? Qui suis-je, pour trouver quelque justification à ma consommation d'alcool ? Sonia, elle, a de vraies raisons d'être malheureuse. J'ai la chance d'avoir des enfants en bonne santé. Sa fille à elle se meurt. Elle se meurt depuis sa naissance. Elle se meurt depuis vingt-trois ans. Ses poumons ne sont pas les siens. La dialyse remplace ses reins. Son coeur est en fin de course. Elle se meurt, alors qu'elle veut vivre. Se marier. Avoir des enfants. Elle est amoureuse, Margaux, comme peuvent l'être ceux qui vont mourir. Et sa mère la raconte à ces femmes qui comprennent sans comprendre. Ces femmes, dont moi, qui n'ai pas eu d'enfant malade. Seulement un enfant mort, mais ce n'est pas pareil. Jamais je n'ai connu cette angoisse, ni cette résignation. Jamais je n'ai cherché un espoir que je savais vain. Sonia a ses raisons de boire, et d'être en quête d'un autre monde, fût-il créé par des substances chimiques. Des raisons que personne ne songerait un seul instant à lui contester. D'autant que le reste de sa vie n'a pas été non plus une partie de plaisir. Un enfant malade exige beaucoup d'énergie de la part de ses parents. Le couple de Sonia n'a pas plus résisté à cette charge douloureuse qu'au sentiment de culpabilité engendré par la maladie génétique de Margaux.
- Il disait que j'étais responsable. Que la tare venait de mes gênes. Il était lui aussi porteur, mais ne voulait pas le reconnaître.Quant à moi... Moi, j'étais sûr qu'il avait raison. Que je n'avais apporté à ma fille que la souffrance et la mort. Alors, j'ai laissé dire. Et quand il est parti, j'ai laissé faire. Parce que si 50% du mal venait de lui, les 50 autres venaient bien de moi.
- Mais tu n'y es pour rien. Ce n'es pas ta faute.
- Bien sûr que si. Même si je ne l'ai pas voulu, bien au contraire. Vous ne pouvez pas comprendre. Vous ne l'avez pas vécu, et je ne vous le souhaite pas. Je ne le souhaite même pas à mon pire ennemi. J'ai appris à vivre avec ce fardeau. Du moins, j'ai cru avoir appris à vivre. Si j'y avais réussi, je ne serais pas ici. Si j'y avais réussi, je n'aurais pas cherché l'oubli dans la vodka et le Lexomil. J'ai honte, croyez-moi, d'en être arrivée là. De ne pas avoir été forte. Ou assez forte. Assez forte pour soutenir ma fille dans sa souffrance. Parce que c'est elle qui a peur. C'est elle qui a mal. C'est elle qui étouffe et qui a des nausées. Oui, j'ai honte. Et ça non plus, vous ne pouvez pas le comprendre.
Je ne peux pas le comprendre, sans doute, mais j'ai honte moi aussi. Honte de ma propre faiblesse. Le malheur de Sonia ne me fait pas relativiser le mien, bien au contraire. Il en rajoute à mon mal-être, à ma mésestime de moi. Elle a le droit d'avoir flanché. Pas moi. Moi, j'aurais dû tenir contre vents et marées. Que représentent la trahison, la ruine, la pauvreté, face à l'agonie d'un enfant ?
- Tu as perdu un enfant, Diane.
Je l'ai perdu, oui. J'ai perdu mon Jean. Mais je n'ai pas tremblé pour lui, heure après heure, jour après jour, année après année. je n'ai pas vécu au rythme de sa souffrance. Je n'ai pas été seule face à sa maladie.
- Tu as été seule face à sa mort. Ton mari t'a laissé tomber.
- Pas à ce moment-là.
Je tente, vaille que vaille, de défendre mon époux. Mais Dominique a raison. La mort de Jean a sonné le glas de mon couple. Charles et moi avons, ce matin-là, commencé à nous éloigner l'un de l'autre. J'avais changé. Il me le disait, souvent. Je n'étais plus la jeune fille qu'il avait épousé. J'avais perdu mon optimisme, ma joie de vivre.
- Sa famille ne l'a pas aidé.
- Ces gens de la haute n'ont pas de cœur. Tu ne vas pas les défendre, eux aussi, j'espère !

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.