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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 20: Chapitre 6.2
(par lambertine, ajouté le 01/08/09 21:24)


Et puis, et surtout, mes enfants seront là, seront auprès de moi, dès le début des temps libres. Je guête leur arrivée à travers la fenêtre.Je cherche leurs silhouettes parmi les déguisements bigarrés. Ma fille. Mes fils. Mon petit-enfant. Je déborde d’amour, d’inquiétude, d’impatience. Je ne vois plus mes cocuristes. Ni Aurélien, qui s’est remis aux Echecs en compagnie de son ami muet, ni Célestin déplaçant comme d’habitude les billes du Solitaire, ni Marie-Line, plantée devant la porte pour accueillir les visiteurs. Ni Damien. Ni les autres.
Je serre à l’étouffer mon bébé sur mon coeur. Ma Florentine déballe avec précautions une tarte au sucre brun trop appétissante. Frédéric rit en décrivant les nombreux soiffards qui séparaient la voiture du Centre. Aurélien observe d’un air dubitatif les autres pensionnaires. Mon Frédéric et mon Aurélien, pas leurs homonymes toxicomanes. Je leur raconte ma nouvelle vie et surtout j’écoute. Je les écoute mieux, sans doute, que je les ai jamais écoutés. Je suis heureuse de les voir heureux. Et sains.
Autour de nous, les fauteuils du salon se sont emplis, puis vidés. Ne restent au Centre que les pensionnaires sans visite, et les nouveaux sans points, tels que moi. Juliette, qui verse du café à son amant tout en le dévorant des yeux. Célestin, transfiguré par la présence d’une petite femme aussi brune que lui. Raoul, pour une fois volubile face à tois garçons très grands, très forts ; ses fils, qui ne lui ressemblent guère. Dominique, elle, erre comme une âme en peine. Seule, sans mari, sans enfants, sans amour.
- Elle est si petite, elle a l’air tellement perdue, fait remarquer mon benjamin, touché par la femme esseulée. Elle doit être bien courageuse pour entreprendre cette cure sans soutien.
Je n’avais jamais vu Dominique sous cet angle. Courageuse ? Il n’a pas tort, mon gamin. Courageuse, et sans doute bien plus forte, et bien moins bête qu’elle le croit. Ou qu’on lui a fait croire depuis sa naissance. Mon fils s’approche d’elle, engage la conversation. Elle rougit, bafouille. Se détend. Il plaisante, elle pouffe, puis s’en va, intimidée. Il revient, content de lui.
- Elle est gentille.
- La plupart des résidents sont gentils.
- Les gens gentils sont souvent blessés. Parce qu’ils sont souvent victimes des autres. Le monde est pourri. Seules les crapules tirent leur épingle du jeu.
Frédéric regarde Célestin en fronçant les sourcils, courroucé par l’intrusion de cet inconnu dans le cercle familial. Le jeune homme, lui, a déjà rejoint sa mère.
- Qui est-ce ?
- Je ne sais pas. Pas vraiment. Un gamin, qui est arrivé le même jour que moi. Un drôle de gamin.
Mon fils se braque. Un gamin ? Célestin doit avoir à peu près son âge.
-Mais tu es mon gamin, mon chéri ! lui dis-je en l’embrassant sur la joue. Tu seras toujours mon gamin.
Le petit Noé se met à pleurer. Il a faim. Sa mère, ma fille, part à la recherche d’un endroit discret, où allaiter. Je l’accompagne dans un coin sombre du restaurant. Tout en donnant le sein à son fils, elle fixe Aurélien, toujours pris par sa partie d’Echecs.
- Je connais ce garçon.
Je ne suis en rien étonnée. Même génération, même milieu social d’origine, l’étonnant serait qu’ils ne se soient jamais rencontrés.
- Je ne me souviens plus de son nom. C’est un cousin d’Astrid.
Astrid, aristocrate, richissime. Témoin de Florentine, lors de son mariage.
- Qu’est-ce qu’il fait ici ?
- La même chose que moi.
Le soir tombe. Florentine rajuste son soutien-gorge, s’en va échanger quelques mots avec le jeune joueur d’Echecs.
- Ne le dis à personne, entends-je de loin. Pas encore...
La honte.
Moi aussi, j’ai honte d’être ici.
- Je suis fier de toi.
Mon Aurélien m’enlace et m’embrasse. Me réconforte.
Je suis heureuse, mais pas fière de moi.
Quand retentit un cri de désespoir.



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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.