Chapitre 201:
Chapitre 38.4
(par
lambertine, ajouté le 09/05/00 15:12)
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Sans les nouveaux, bien entendu, qui n’ont pas encore de point de liberté. Mis à part eux, tous ensemble à commander des boissons sans alcool. Aussi visibles aux yeux des habitants de la petite ville que le nez au milieu du visage. Pas de commentaires déplacés à notre égard. Nous sommes de bons clients. Des clients réguliers. Je m’habitue aux boissons sans alcool qui ne sont pas de l’eau-qui-pique. Je n’en buvais jamais, autrefois. Mais l’essentiel ne se trouve-t-il pas dans les bulles ? J’ai pris place à côté de Marie-Line, qui préside la tablée. Pour elle, cette soirée est une sorte de répétition générale. La semaine prochaine, ce sera son tour. A elle, et à Hermann. Je la sens tendue, et déjà nostalgique. Elle a aimé la vie au centre, les rencontres étonnantes de personnages issus d’horizons divers, et toujours intéressants. Même si elle a eu un mal de chien à s’intégrer, trop normale parmi tous ces cas sociaux. Ils sont devenus ses amis, du moins, certains d’entre eux, et pas les plus faciles. Frédéric, par exemple. Ou Gervaise. Ou Damien, dont elle regrette l’absence qu’elle estime injuste. - Il était l’un des plus proches compagnons de Lambert. L’Equipe aurait pu le laisser venir, pour une fois. D’autant plus qu’Aurélien s’est porté volontaire pour assurer la permanence téléphonique. - Volontaire ? Béatrice n’est pas du tout d’accord, et pour cause, bien qu’elle aussi déplore la sanction du jeune professeur. Mais la soirée n’est pas aux récriminations, ni aux accès d’humeur. Gabriel se lève, et porte un toast au héros du jour. Nous applaudissons tous, alors que Lambert rougit. Tous, sauf Hervé, qui ne réalise pas ce que nous célébrons. - Lambert s’en va vendredi, lui explique Célestin. - Pourquoi ? Il s’est fait renvoyer ? Il est gentil, pourtant. - Il a fini sa cure. Il a gagné, si tu préfères. - Quand on gagne, on s’en va ? Je croyais que c’était seulement quand on était puni. J’ai eu peur, tantôt, que tu doives partir. Qui aurait joué avec moi ? - Damien. Ou Ben. Ou Jacob, par exemple. Et je suis toujours là. T’inquiète pas, ils ne m’ont pas encore eu. Ils m’ont juste mis de permanence, vendredi soir. Marie-Line les regarde avec compassion. Ils vont lui manquer, ces garçons pas comme les autres. - Mais tu n’es pas encore sortie ! lui fait remarquer Dominique. - Pas encore, soupire-t-elle. Mais il me reste peu de temps, d’autant que je passe le week-end en famille. Peu de temps, et j’ai peur. - Peur de quoi ? De retrouver sa vie, aisée, rangée ? Son mari ? Ses enfants ? Sa villa de province et ses soirées mondaines ? - Ce qui m’a conduite ici, et qui n’a pas changé. - Mais toi, tu as changé ! - Je n’en suis pas si sûre… Elle attend toujours de Joseph une tendresse, une attention, qu’elle n’est pas certaine de recevoir. Qu’elle est certaine de ne pas recevoir telle qu’elle la désire. Elle est toujours pareille, au fond d’elle-même, tendre et fragile, comme à quinze ans. Rêveuse et romantique. Non, elle n’a pas changé. Elle a pris conscience des privilèges de son existence. Elle est plus calme, plus reposée. Moins déprimée. - Je ne sais pourtant pas si dehors, j’irai bien. J’e suis à l’abri, au Centre. J’ai des amis à qui parler, à toute heure du jour. Des personnes à qui me confier. Des soignants qui sont là pour m’aider. Mais dehors ? Mais chez moi ? - Tu as ta famille. Tu as des amis, aussi. Et tu peux nous appeler. Nous sommes là, tu sais. - Je n’ai même pas ton numéro ! Et moi, je ne le connais pas par cœur. C’est stupide, je sais bien. Mais se téléphone-t-on jamais à soi-même ?
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