Chapitre 206:
Chapitre 39.4
(par
lambertine, ajouté le 21/05/00 23:59)
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- Ce ne sont pas les bonnes paroles. Je recouvre vivement de la main la lettre que je suis en train d'écrire. J'aime bien Célestin, mais il n'a pas à lire ce qui ne lui est pas adressé. - Je ne prends pas Lambert pour un aventurier débile non plus. Dis-donc, on ne t'a jamais dit que la curiosité était un vilain défaut ? - Ou une grande qualité. Tu ne signes pas la carte, comme tout le monde ? Je l'ai déjà fait. J'ai dessiné un dragon vert, plutôt que d'écrire un petit mot comme les autres. Je ne sais jamais quoi écrire, dans ces cas là. Pas plus que sur une carte d'anniversaire, ou de condoléances. Je reste bloquée dans les banalités. D'où ma lettre séparée. D'où ma reprise un peu bancale de la chanson de Naheulbeuk. Lambert connaît-il Naheulbeuk, d'ailleurs ? - Je n’en sais rien. Mais il connaît les chaises en bois. Tu ne viens pas préparer l’apéro ? - Je dois terminer ma lettre. Dire à Lambert que je ne l’oublierai pas, et que je crois en sa réussite, là-bas, dans la vraie vie. « Tu crois en tout le monde », m’a dit Aurélien. Ce n’est pas vrai. C’est même loin d’être vrai. Quand j’observe mes cocuristes, j’ai du mal à envisager un avenir pour la majorité d’entre eux. Et je n’ai pourtant pas l’impression d’être particulièrement pessimiste. Mais, en ce qui concerne Lambert, j’ai confiance. En sa jeunesse. En sa volonté. En son intelligence posée. - Je peux, moi aussi ? Jérémie, le petit nouveau, hésite, puis malgré mon acquiescement, quitte l’Aquarium sans avoir signé la carte. Il ne va pas bien, Jérémie. Pas bien du tout. Il est aussi mal ici qu’il doit être mal dehors. Non, hélas, je ne crois pas en tout le monde…
Lambert me fait au revoir de la main, et franchit la porte du Centre pour la dernière fois. Il me manquera, beaucoup, même si nous n’étions pas vraiment proches. Sa fin de cure réussie me donne une impression bizarre de joie et de chagrin mêlés. Je suis heureuse de ce nouveau départ dans une vie encore débutante, et triste qu’il nous ait quitté. - Tu les aimes bien , les jeunes, hein, Diane ? Julie ne semble pas me le reprocher. Au contraire, même. Ce qui m’étonne. Je reste sur la défensive, en lui répondant que, oui, je les aime. Plus que bien. - Je voudrais tellement les voir réussir. Pas seulement à terminer la cure, mais à vivre heureux. Il me semble que c’est bien parti, pour Lambert. Mais les autres ? Il y en a parmi eux qui promettent tellement, mais qui sont aussi tellement cassés, qu’ils me font peur. - Ne t’attache pas trop. C’est dangereux. Tu auras de la peine, si les choses tournent mal. Et elle vont forcément mal tourner, pour l’un ou l’autre. Je ne suis pas ici depuis très longtemps, mais j’ai vu bien plus d’échecs que de réussites. Surtout chez les gamins. - Je sais. Mais ils ne sont pas pour autant des causes perdues. Pas plus que je ne le suis, moi. - Tu ne sais pas de quoi tu parles, Diane. L’Equipe, si. Certains de mes collègues travaillent ici depuis vingt-cinq ans. Ils savent jauger les gens. Et voir qui peut réussir ou pas. J’en suis désolée, mais pour beaucoup de Résidents, il n’y a pas d’espoir. - Donnez leur au moins leur chance. S’ils sont ici, c’est parce qu’ils l’ont choisi. Parce qu’ils ont choisi de vivre. Ne les poussez pas à remettre en question ce choix. Ne nous poussez pas à remettre en question ce choix. - Ils te parlent beaucoup, on dirait, les gamins. Les gamins… de nouveau… Elle a beau faire partie de l’Equipe, elle aussi est encore une gamine. - Ils te font confiance.
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