Chapitre 211:
Chapitre 40.3
(par
lambertine, ajouté le 03/06/00 00:11)
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Je me tais. Profil bas, même s’il m’a vexée. Au même instant, Brigitte sort du musée en compagnie de Célestin, suivi d’Aurélien quelques pas derrière eux. Leur sourire fait plaisir à voir, et efface dans ma tête les mots blessants du proxénète. Les effacent en partie. Parce que, quoi que je dise, ou que je fasse semblant, je suis blessée. Je n’aime pas mon physique. J’en ai honte, et quoi que dise Célestin, je me rends très bien compte que je ne suis ni jolie, ni mignonne. Et que c’est la seule raison pour laquelle je n’aime pas qu’on me prenne en photo.
- Je dois te parler, Diane. - Ah. Je n’ai pas envie, moi, qu’il me parle, qu’il m’insulte encore, ou quoi, ou qu’est-ce. Ce type est ici, avec nous. Je dois l’accepter, faire mauvaise fortune bon cœur, mais point trop n’en faut. - Je dois te présenter mes excuses. Et je suis obligée, je suppose, de les accepter. De lui dire que ce n’est pas grave, et que je m’en fous. Nous ne sommes plus à l’école primaire, après tout. - Ah bon. Mais pourquoi les accepterais-je ? Il n’est visiblement pas sincère. Il vient vers moi contraint et forcé. Et je ne serais pas sincère non plus si je lui disais « ce n’est pas grave, je passe l’éponge ». Il m’a vexée, et je n’ai plus dix ans. Je ne veux pas pour autant pourrir l’atmosphère du Centre. J’évite la discussion par un « nous en reparlerons plus tard », et je le plante au milieu du jardin. - Il s’est excusé ? Damien n’a pas l’air très content, mais ce n’est pas à moi qu’il en veut. - L’éduc’ le lui a ordonné. Il s’en tire a bon compte. J’en ai vu être exclus pour moins que ça. - L’Equipe n’allait pas l’exclure pour avoir énoncé une évidence. C’est vrai, que je suis grosse. Le jeune homme soupire tristement, visiblement très mal à l’aise. - Ca, c’est ce qu’il a dit devant toi. Il a continué, ensuite, après que tu sois montée dans le car avec les gamins. Il hésite. Il ne veut pas me blesser, et veut pourtant me mettre au fait des évènements. - Ils ont tous ri. Enfin, presque tous. Pas Aurélien. - Et pas toi. - Moi, je t’aime bien. - Merci. C’est gentil. - Non. Ce n’est pas gentil. C’est vrai. L’attitude d’Eric était méchante, et irrespectueuse, alors nous avons été en parler aux éducs, Aurélien et moi. C’est peut-être du rakispotage, mais… C’est peut-être du rakispotage, mais je leur en suis reconnaissante. Les méchancetés de cour d’école font plus de mal qu’elles n’en donnent l’impression. Même proférées par un homme de cinquante ans. Même adressées à une femme de cinquante ans. Et je me pose des questions. Célestin, Patrick m’ont présenté Eric comme un truand de haut vol, un homme particulièrement dangereux. Pourquoi un tel personnage s’abaisse-t-il à des enfantillages dignes d’un gamin de dix ans ? Contre Hervé d’abord, contre moi ensuite ? - Parce que ça marche. Ca peut paraître curieux, mais ces moqueries le rendent populaire. Elles font rire. - Moi, elles ne me font pas rire du tout. Même quand je n’en suis pas la cible. - Moi non plus. Célestin, assis dans son fauteuil rouge préféré, a repris le solitaire, et déplace machinalement les billes de verre coloré sur le plateau de bois clair. - Il cache son jeu. - Qu’est-ce que tu veux dire ? - On ne se méfie pas d’un homme qui passe son temps à faire des vannes de gamin. On en rit, on l’aime bien, ou on le déteste, mais on ne s’en méfie pas. A tort. Moi, j’en ai la trouille. - Tu n’as pas peur de l’affronter, pourtant. Il hausse les épaules, me dit de laisser tomber. - Tu fais quoi, ce soir ? - Rien. J’avais prévu d’aller au cinéma, avec Béatrice et Aurélien, mais la sortie nous a été refusés, au prétexte que notre compagne n’avait accepté de nous accompagner que pour nous faire plaisir. - Alors que l’idée d’aller voir Gran Torino venait d’elle.
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