Chapitre 212:
Chapitre 40.3
(par
lambertine, ajouté le 03/06/00 23:43)
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Mais l'Equipe a décidé que non. L'Equipe a décidé qu'elle n'avait accepté que pour nous faire plaisir. L'Equipe a décidé que nous voulions profiter d'elle, et qu'elle s'était laissé faire, comme d'habitude. L'Equipe a décidé que nous n'irions pas au cinéma, pour le bien de Béatrice. Peu importe ce que désire Béatrice. Elle n'est qu'une bonne poire, à leurs yeux. Une bonne poire qui ronge son frein devant une grille de mots fléchés, en grommelant entre ses dents. Peu m'importe, à moi, cette soirée perdue. Je ne tenais pas à ce film plus que ça. Elle, par contre... - J'adore Clint Eastwood. Je l'adore comme acteur, et comme réalisateur. Je le trouve bel homme. Et sexy. Et en plus, il joue bien. Comment ces idiots ont-ils pu penser que je n'avais pas envie de voir ce film ? C'est ridicule. C'est stupide. Et j'en ai marre que l'on prétende que je ne sais pas dire "non". - Allons, Nona, t'en fais pas ! C'est pas grave. Tu le verras mercredi, ton film. Tu trouveras bien quelqu'un pour aller au cinéma en point 7 avec toi. - Ce n'est pas pour le film, Ben ! s'insurge-t-elle. Je sais bien que je le verrai, un jour ou l'autre. Mais je suis fatiguée de passer pour une bonasse complaisante. Quoi que je fasse, ou que je veuille faire, ils imaginent que je cède toujours à la pression de quelqu'un, que je veux "faire plaisir". Il ne leur vient même pas à l'esprit que c'est à moi que je veux faire plaisir. J'ai l'impression de n'avoir plus le droit de désirer quoi que ce soit. Elle rejette brutalement sa revue, et son stylo bille qui tombe sur le carrelage, et roule sous la table. Les garçons s'agenouillent à sa recherche en riant, et Damien se relève le premier, brandissant l'objet du délit. - Gagné ! Contrevenant au règlement, il entoure gentiment de son bras les épaules de Béatrice, lui propose de descendre à la salle télé. - Les Experts, ça ne vaut pas Clint Eastwood, mais ça te changera les idées quand même.
- Tu ne les accompagne pas ? Non. Je n’en ai pas envie. La télévision ne me tente plus depuis que je vis au centre, pas plus que la lecture. Le cinéma, c’est différent. Parce que la salle ne fait pas partie du Centre, justement. Regarder un film dehors, ce n’est pas regarder un film dedans. Difficile d’expliquer pourquoi, et à quel point, les murs qui m’entourent me rendent insensible à la fiction. Seules quelques bandes dessinées ont réussi à pénétrer mon cerveau, ou plutôt mon cœur. Est-ce que cela m’étonne ? Oui, bien entendu. Je suis en temps normal une éponge à histoires. Est-ce que cela m’inquiète ? Pas vraiment. Sauf que je ne me reconnais pas. Je change. Est-ce en bien ? Je n’en suis pas si sûre. - Je préfère vous regarder jouer. Jacob a déjà installé l’échiquier sur une des tables du restaurant. Non loin de là, Aurélien s’escrime sur un sudoku, et Gabriel peaufine mon portrait. - Non. - Comment, non ? - Tu ne nous regarde pas jouer. Tu joues, et puis c’est tout. - Et puis c’est tout ? Mais je ne sais pas jouer aux Echecs ! - Tu ne vas pas me dire qu’une Dame dans ton genre, éduquée, instruite et tout, ne connaît pas les règles du jeu d’Echecs ? - Bien sûr que je connais les règles, mais savoir jouer, c’est autre chose ! Enfin, Célestin ! Je vais vous ennuyer ! - Sabotage ! fait la voix d’Aurélien, qui n’a pas levé la tête de son casse-tête chiffré. - Pardon ? - J’ai dit « sabotage ». « J’ai peur de déranger ». Si Célestin te dit de jouer, joue, au lieu de minauder. Tu n’ennuieras personne, et surtout pas Jacob. Il adore le rôle du prof d’Echecs. Il a même réussi à former Hervé. Seule contre tous, je déclare forfait, et m’installe devant l’échiquier.
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