Chapitre 216:
Chapitre 41.2
(par
lambertine, ajouté le 15/06/00 21:26)
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C'est triste, et c'est absurde. Combien parmi nous n'ont dehors aucun statut, et n'aspirent qu'à y retourner ? J'ai du mal à comprendre Hermann. Je ne le comprends même pas du tout. Je donnerais beaucoup pour avoir ce qu'il a. D'accord, c'est facile à dire : je n'ai rien à donner. Et je sais, mieux que personne, que l'argent ne fait pas le bonheur, que s'il avait été heureux, Hermann n'aurait pas noyé le vide de son existence dans des barils de vodka. Je conçois difficilement, pourtant, qu'il puisse aspirer à rester ici, dans ce monde étriqué, sans liberté, sans intimité. - Peut-être vaut-il mieux pour lui trop peu d'intimité que trop de solitude ? Peut-être se sent-il plus à l'aise limité par des règles qui nous semblent trop strictes que livré à lui-même ? Il a travaillé toute sa vie dans l'administration. Il est devenu haut fonctionnaire, certes, mais toujours encadré, par la hiérarchie d'abord, par les lois et règlements à la fin de sa vie. - Avant çà, il a voulu devenir prêtre. Il a étudié au petit séminaire. Et pendant son enfance, il était pensionnaire. Ce n'est vraiment qu'à l'heure de la retraite qu'il a connu la liberté. Elle a dû lui sembler un gouffre dans lequel il s'est abîmé. - Il est très différent de nous, finalement. Enfin, de la plupart d'entre nous, qui avons toujours vécu hors les lois. Pour nous, le Centre ressemble à une prison. Pour lui, c'est un havre de paix. - Un havre où il garde des contacts humains. Peut-être pas très positifs, mais des contacts quand même. C'est toujours ça. C'est mieux que rien. Je ne sais pas ce qu'il deviendra, une fois sorti d'ici. J'ai peur qu'il replonge très vite. Bien entendu, je ne le dirai pas dans son discours d'adieu. - C'est toi qui va l'écrire ? Question stupide : Aurélien est le coordinateur des Verts, le plus ancien de l'équipe, et le plus intello, bien qu'il se défende d'en être un. D'un autre côté, je ne suis ni coordinatrice, ni la plus ancienne des bleues, mais c'est quand même moi qui ai été désignée pour écrire le discours de Marie-Line. Pour l'écrire, seulement. Pas pour le lire, cet honneur revenant à Gervaise. - C'est pas juste. Si tu l'écris... - Je sais, Célestin. Mais je ne vais pas faire ma mauvaise tête. Je suis déjà trop casse-pieds aux yeux des autres. Et je me mets trop souvent en avant, en réunion. - Ce n'est pas une réunion, là. C'est une fête. - Ca devrait être une fête, plutôt. J'espère que tout se passera bien. Parce que je n'arrête pas d'entendre les résidents dire du mal d'Hermann depuis des jours. D'affirmer qu'ils ne donneront rien pour son cadeau. Je redoute déjà le moment où Aurélien ouvrira la cagnotte, et plus encore celui où je ferai le tour des magasins de la ville pour lui trouver quelque chose de sympa. - Il ne mérite pas ça, même s'il est bizarre. Il va me manquer. - A moi aussi, il va me manquer.
La voiture de ma mère est garée devant le Centre depuis près de deux heures. J'attends son arrivée, et je suis très nerveuse. Mauvais pressentiment. N'y tenant plus, je me décide à lui téléphoner, espérant contre toute attente qu'elle ait emmené son portable. - Nous sommes encore à table, me dit-elle. Françoise termine son dessert. - Vous n'avez pas bu, j'espère ? Mais j'ai beau avoir dit et répété à toute ma famille qu'il était interdit aux visiteurs d'avoir consommé la moindre goutte avant d'entrer dans le Centre, ma nounou-de-quand-j'étais-petite a bel et bien accompagné son déjeuner d'une bonne bouteille. Et me voilà en train de gamberger. Elle a fait trois cent kilomètres pour me rendre visite. Je ne veux pas que ce soit pour rien, qu'elle se fasse refouler par le Résident d'accueil. - Qu'elle attende au resto pendant que tu viens me chercher. Nous irons ensuite nous promener. Elles ne comprennent pas. J'insiste. Finalement, ma mère obtempère. Elle signe le registre des visiteurs. J'ai maintenant l'autorisation de l'accompagner au dehors, en point 3. |
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