Chapitre 217:
Chapitre 41.3
(par
lambertine, ajouté le 17/06/00 22:58)
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Nous rejoignons ma nounou au restaurant. Je prends sur moi pour faire bonne figure. Je devrais être satisfaite d'avoir de la visite, et de pouvoir sortir, mais cette consommation d'alcool me reste en travers de la gorge. Comme l'impression de n'être pas entendue, de n'être pas écoutée, quoi que je dise, quoi que je fasse. Etre heureuse de ce que l'on fait pour moi, qui ne le mérite pas. Dire merci, encore et toujours. Parce que les visites, le temps que je reçois de mon entourage leur coûte. Ce n'est pas un plaisir pour eux que de venir me voir. C'est un effort. Un effort dont je ne suis pas reconnaissante. Je l'admets : je n'en suis pas reconnaissante. Je suis contente de retrouver Françoise, je ne lui en veux pas vraiment d'être passée par dessus le règlement, mais je ne lui suis pas reconnaissante. C'est au dessus de mes forces. Si mes visiteurs ne prennent pas de plaisir à venir, à sortir en ma compagnie, s'ils ne le font que par devoir, alors, qu'ils s'abstiennent. Je suis dure, sans doute, pas sympa, mais peu importe. Je suis fatiguée. Fatiguée de dire merci. Fatiguée de baisser la tête. Fatiguée de me sentir moins qu'une autre, d'être quelqu'un dont on a pitié, quelqu'un que l'on visite parce qu'il le faut bien, le prétexte à une bonne action scoute. Fatiguée, tout simplement, de la pitié. Je hais la pitié. Je déteste autant l'éprouver, que savoir que l'on en éprouve pour moi. Le sentiment de supériorité qui en est indissociable me fait horreur. Il me fait d'autant plus horreur quand il me vient de gens que j'aime. Comme Françoise. Morwen de Dor Lomin... Je commande un café à la cannelle. Je ne suis pas très à l'aise. Je transgresse le règlement, en retrouvant à l'extérieur une personne qui a "consommé", qui est même en train de le faire. N'importe quel Résident pourrait me dénoncer. Il en aurait même le devoir. Mais rare sont ceux qui savent que je suis censée n'être sortie qu'en compagnie de ma mère. Seul Aurélien, en fait, et Aurélien est au Centre, en charge de l'accueil. Me dénoncerait-il, s'il savait ? Rares sont les Résidents dont je suis plus proche, mais le Règlement prévaut sur les amitiés naissantes. Le Règlement... Il m'empêche, il nous empêche, d'avoir confiance, vraiment confiance, les uns dans les autres. Il est même fait pour ça.Pour nous isoler. Parce que, seuls, nous sommes vulnérables, plus faciles à modeler, à remodeler aux normes de la société, à remettre sur le bon chemin. - Tu n'as pas trop de mal, à t'habituer à ces gens ? A ces gens ? Non. Pourquoi ? Ils sont mes pareils. Je n'ai peut-être plus confiance, mais ils n'en sont pas fautifs. - Ce sont des gens bien, pour la plupart. Gentils. Humains. Peut-être trop humains. Ils sont tombés, certes, comme moi. Certains en sont responsables, d'autres moins. Je ne peux pas les juger. - Les alcooliques, peut-être. Mais les drogués ? Ce sont des délinquants. Ils ne te font pas peur ? Peur ? Le seul dont j'ai peur, c'est Éric. Je ne tiens pas à parler de lui à ma mère, et à son amie. Je ne tiens pas à leur faire peur, à elle. D'ailleurs, je ne crains pas pour moi. Je suis à l'abri de ses manigances. Trop vieille. Trop moche. Trop pauvre. - Pourquoi devrais-je en avoir peur ? Quel mal veux-tu qu'ils me fassent ? Au contraire, c'est parmi eux que j'ai trouvé le plus de soutien, de compréhension. Françoise fronce les sourcils, incrédule. Comment pourrait-elle admettre mon point de vue ? Elle voit les toxicomanes comme des voyous, de mauvais sujets. De mauvais élèves. De ceux qui empêchent les autres d'étudier, en faisant la foire pendant les cours. En ne respectant pas leurs professeurs, et la matière qu'ils leur enseignent. En ne la respectant pas, comme professeur. Je ne peux pas lui donner tort. Mes jeunes amis ont été des voyous. De mauvais sujets. De mauvais élèves. Je ne peux pas lui donner tort, mais je peux expliquer, ou tenter de le faire. - On ne devient pas toxicomane par hasard. Tu me trouves bien des excuses, à moi. - Mais ce n'est pas pareil ! - Oh, que si, c'est pareil ! Ma vie n'est pas pire qu'une autre.
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