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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 221: Chapitre 42.1
(par lambertine, ajouté le 24/06/00 20:28)


- Diane ? Est-ce que tu peux venir, s'il te plaît ?
Julie ne s'adresse pas à moi sur le ton habituel des éducs. Elle semble gênée, embarrassée. En demande. Je la suis, intriguée, dans la salle de réunion de l'Equipe. Elle m'invite à m'asseoir, me propose une tasse de café, qu'elle me sert elle-même. Ce n'est pas conforme aux habitudes du Centre. Pas conforme du tout.
- J'ai un service à te demander.
De plus en plus étrange. Les membres de l'Equipe ne demandent pas de service. Ils donnent des ordres. Mais je suis prête à aider, s'ils ne me demandent pas de faire du mal à quelqu'un. Ou de dénoncer.
- Tu connais bien Patrick ?
Patrick ? Non. Je ne connais de lui que son sale caractère, et ce qu'il m'a dit pour me mettre en garde au sujet d'Eric. Et je sais qu'il aime ses enfants, et qu'il a peur pour eux. Qu'il a très peur pour eux.
- Tu as perdu un enfant...
J'ai perdu Jean, oui. Elle le sait. Toute l'Equipe le sait. Une bonne partie des Résidents aussi. Les vieux. Ceux qui étaient déjà internés au Centre lorsque j'ai lu mon roman, et présenté ma courbe.
- Tu sais donc ce que l'on ressent, dans ces cas-là...
Non. Je ne sais pas ce que l' "on" ressent. Je sais ce que moi, j'ai ressenti. Pas les autres. Pas même mon propre mari. Les parents désenfantés sont multiples, et multiples leurs réactions.
- Patrick a cru perdre son petit garçon, hier. Et j'ai pensé... nous avons pensé... est-ce que tu veux bien parler un peu avec lui, s'il te plaît ?
Est-ce que je... ? Oui, bien sûr. Pourquoi pas ? J'aurai mal, c'est certain. Mal à en crever. Mal à en vider une bouteille de Vodka sur le champ. J'aurai mal, mais je le ferai. Mais pourquoi me demande-t-elle ça, à moi ?
- Parce que tu es passée par là...
Non. Je ne suis pas "passée par là". Je n'ai pas "failli" voir mon fils mourir. Je l'ai tenu mort entre mes bras. Je me tais, pourtant. J'accepte la mission, même pas à contrecoeur, mais en me posant des questions. Pourquoi, moi ? Moi à qui ils reprochent de trop m'occuper des autres ? Oh, certes, Patrick n'est pas une cause perdue. Il a grandi dans le Milieu, il en fait partie, mais il n'est pas parmi les plus accro aux paradis artificiels; N'empêche. C'est bizarre, et cette bizarrerie, cette incongruité qui tranche avec les usages de la maison, me met plus mal à l'aise que ma mission elle-même. Je ne suis qu'une mère meurtrie, alcoolique qui plus est. Pas une psychothérapeute. Et je ne sais pas comment approcher l'ours de la cure.

- Ca va ?
Question idiote, dont je connais la réponse. Non.
- Non.
Bien entendu. Je ne m'attendais pas à autre chose. Pourquoi me parlerait-il, à moi ? Je ne lui suis rien.
Rien du tout.
- C'est Julie, qui t'envoie ?
- Oui.
Je soupire intérieurement. Je ne sais pas quoi dire.
- Rainier s'est noyé, hier, à la piscine.
Rainier, c'est son fils de cinq ans. Un prénom de prince pour un enfant né dans la rue.
- Je l'ai sorti de l'eau. Il est sauvé, maintenant. Il va bien.
Il attend quelques secondes. Son attitude ne trahit aucune émotion.
- Que s'est-il passé ?
- C'était ma faute. Tu as perdu un enfant, non ?
- Oui.
Parler de Jean. Raconter la mort de Jean. Ressentir dans mes bras le froid de son petit corps inerte. La perte. Le chagrin. Immense, et toujours présent. Je n'ai aucune envie de le montrer à Patrick. Pas plus qu'il n'a envie de me montrer le sien. Et pourtant...


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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.