Chapitre 222:
Chapitre 42.2
(par
lambertine, ajouté le 28/06/00 17:16)
|
- J'ai tué mon petit frère quand j'avais neuf ans. - Que... Je ne réponds rien d'autre. Je me tais, et j'écoute. - Ma mère habitait une maison en bord de Meuse. Nous jouions souvent sur les quais, Rainier et moi. Rainier. Comme son petit garçon... - Ma mère n'était pas... comment dire... très disponible. Elle buvait, et puis... Il jette un coup d'oeil autour de nous, vérifie que personne n'écoute. - ... et puis me*rde. C'est une p*ute, quoi. La première réflexion qui me vient est : - Encore maintenant ? Patrick a dépassé la quarantaine. Sa mère doit avoir au bas mot soixante ans. - A ton avis ? Tu crois qu'elles ont la retraite assurée par l'Etat ? Dans quelle monde as-tu vécu, Diane ? Dans quel monde ? Le monde réel. Le monde normal. Le monde où les mamans, quand elles ne restent pas au foyer à éduquer leurs enfants et s'occuper des œuvres paroissiales, sont avocat, médecin, ou secrétaires de direction. Caissières à la grande surface la plus proche, si elles n'ont pas eu de chance. Le monde normal ? Pas pour tout le monde. Pas pour Patrick. - J'étais responsable de mon frère. Normal : j'étais l'aîné. A neuf ans, on est un homme. Un vrai. Un qui n'a peur de rien. Pas plus de faire les poches des bourgeois, que de cogner les gars du quai d'en face. Alors, surveiller un gamin... Je trouvais ça un peu bête, d'ailleurs, de devoir surveiller mon frère. A son âge, je n'avais personne à mon c*ul. J'étais libre comme l'air, pendant que ma mère bossait, et que mon père faisait bosser les filles. Il me lance un regard suspicieux. - Tu sis ce qu'il faisait, mon père, hein ? - Tu me l'as déjà dit : il était proxénète, avant d'être assassiné par des... concurrents ? - Des Albanais. Des mafiosi durs de durs. Rien à voir avec le petit commerce. Mais ça, c'était l'année dernière. Moi, je te parle d'il y a trente-trois ans. Il soupire, cherche son paquet de cigarettes, son briquet. - Ca te dirait de continuer la conversation dehors ? J'ai besoin d'une clope. Dedans, dehors, ça m'est égal. Je le suis dans le jardin. Nous dépassons le fumoir, où Célestin tente sans beaucoup de réussite de calmer un Hervé qui ne semble pas dans son état normal, et nous installons sur le banc des psys. - Tu en veux une ? Je refuse. Je ne vais pas m'y mettre ici et maintenant. Quoique... - A cinq ans et demi, j'avais l'habitude de jouer seul sur les quais. Donc,je n'ai pas vu de mal à laisser Rainier, quand le gros André est venu me chercher. Je l'ai suivi jusqu'à Droixhe, où nous avons flanqué une sacrée torgnole aux Macaroni d'Aldo-la-Teigne... Il est sous les verrous, Aldo, et André est sous terre depuis bientôt dix ans... Enfin... Il écrase nerveusement sa cigarette, ou ce qu'il en reste. - Quand je suis revenu chez ma mère, il y avait des flics partout. Et les pompiers. Et Rainier était mort. - Alors, ce n'est pas toi... J'aurais mieux fait de me taire. Il se fâche, s'énerve, monte sur ses grands chevaux. - Bie sûr que si, c'est moi. C'est ma faute. Rien que ma faute. Si j'étais resté à ses côtés, mon frère serait toujours en vie. Il ne serait pas tombé à 'eau. Et s'il était tombé, j'aurais pu appeler les secours. C'est ma faute, et rien que ma faute. Comme hier, c'était ma faute aussi. Tous les gamins que j'aime se noient à cause de moi.- J'ai tué mon petit frère quand j'avais neuf ans. - Que... Je ne réponds rien d'autre. Je me tais, et j'écoute. - Ma mère habitait une maison en bord de Meuse. Nous jouions souvent sur les quais, Rainier et moi. Rainier. Comme son petit garçon... - Ma mère n'était pas... comment dire... très disponible. Elle buvait, et puis... Il jette un coup d'oeil autour de nous, vérifie que personne n'écoute. - ... et puis me*rde. C'est une p*ute, quoi. La première réflexion qui me vient est : - Encore maintenant ? Patrick a dépassé la quarantaine. Sa mère doit avoir au bas mot soixante ans. - A ton avis ? Tu crois qu'elles ont la retraite assurée par l'Etat ? Dans quelle monde as-tu vécu, Diane ? Dans quel monde ? Le monde réel. Le monde normal. Le monde où les mamans, quand elles ne restent pas au foyer à éduquer leurs enfants et s'occuper des œuvres paroissiales, sont avocat, médecin, ou secrétaires de direction. Caissières à la grande surface la plus proche, si elles n'ont pas eu de chance. Le monde normal ? Pas pour tout le monde. Pas pour Patrick. - J'étais responsable de mon frère. Normal : j'étais l'aîné. A neuf ans, on est un homme. Un vrai. Un qui n'a peur de rien. Pas plus de faire les poches des bourgeois, que de cogner les gars du quai d'en face. Alors, surveiller un gamin... Je trouvais ça un peu bête, d'ailleurs, de devoir surveiller mon frère. A son âge, je n'avais personne à mon c*ul. J'étais libre comme l'air, pendant que ma mère bossait, et que mon père faisait bosser les filles. Il me lance un regard suspicieux. - Tu sis ce qu'il faisait, mon père, hein ? - Tu me l'as déjà dit : il était proxénète, avant d'être assassiné par des... concurrents ? - Des Albanais. Des mafiosi durs de durs. Rien à voir avec le petit commerce. Mais ça, c'était l'année dernière. Moi, je te parle d'il y a trente-trois ans. Il soupire, cherche son paquet de cigarettes, son briquet. - Ca te dirait de continuer la conversation dehors ? J'ai besoin d'une clope. Dedans, dehors, ça m'est égal. Je le suis dans le jardin. Nous dépassons le fumoir, où Célestin tente sans beaucoup de réussite de calmer un Hervé qui ne semble pas dans son état normal, et nous installons sur le banc des psys. - Tu en veux une ? Je refuse. Je ne vais pas m'y mettre ici et maintenant. Quoique... - A cinq ans et demi, j'avais l'habitude de jouer seul sur les quais. Donc,je n'ai pas vu de mal à laisser Rainier, quand le gros André est venu me chercher. Je l'ai suivi jusqu'à Droixhe, où nous avons flanqué une sacrée torgnole aux Macaroni d'Aldo-la-Teigne... Il est sous les verrous, Aldo, et André est sous terre depuis bientôt dix ans... Enfin... Il écrase nerveusement sa cigarette, ou ce qu'il en reste. - Quand je suis revenu chez ma mère, il y avait des flics partout. Et les pompiers. Et Rainier était mort. - Alors, ce n'est pas toi... J'aurais mieux fait de me taire. Il se fâche, s'énerve, monte sur ses grands chevaux. - Bie sûr que si, c'est moi. C'est ma faute. Rien que ma faute. Si j'étais resté à ses côtés, mon frère serait toujours en vie. Il ne serait pas tombé à 'eau. Et s'il était tombé, j'aurais pu appeler les secours. C'est ma faute, et rien que ma faute. Comme hier, c'était ma faute aussi. Tous les gamins que j'aime se noient à cause de moi. |
|
Voir le
chapitre 222 sur 395
|
|
|
Script fourni par
,
adapté et modifié par .
|