Chapitre 229:
Chapitre 43.2
(par
lambertine, ajouté le 06/07/00 15:49)
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- Dis, Christiane, il est où, Célestin ? Hervé me tire par la manche, et me regarde d’un air implorant. Agacé, aussi. La patience n’est pas sa principale qualité, d’autant plus qu’il a mal aux dents. - Dans sa chambre. Il a très mal à la tête. - Mais il avait promis ! - Je sais, Hervé. Il aurait vraiment voulu être là, pour t’aider. Mais il n’est vraiment pas bien, et il doit se reposer. Le gamin me met mal à l’aise. C’est injuste, mais je n’y peux rien. Je ne sais comment m’y prendre avec lui, que lui dire. Je n’ai sans doute pas assez de patience. Ou de compréhension. Ou de gentillesse. J’ai peur de gaffer. De ne pas me faire comprendre. - Il avait promis ! Je vais faire quoi, moi, s’il n’est pas là ? Je n’ai jamais su m’y prendre avec les handicapés mentaux. J’essaie, mais je suis maladroite. Bête. Je n’en suis pas très fière. L’impression d’être un éléphant dans un magasin de porcelaine. Hervé est-il en porcelaine ? - Tu vas raconter ce que tu as fait, chez ta grand-mère. - Qui ça intéresse ? J’ai trait les vaches et nourri les poules, c’est tout. Trait les vaches, nourri les poules, et avalé une bouteille de liqueur… - Moi, ça m’intéresse. Je remercie le bon Dieu d’avoir envoyé Virginie à ma rescousse. Elle l’aime bien, Hervé, Virginie. Elle l’a pris sous son aile protectrice, et il accepte ses conseils sans trop rechigner. - Personne ne fait rien de passionnant lors de ces sorties. Mais la règle veut qu’on raconte. Et qu’on explique pourquoi on a bu, ou fumé, lorsqu’on a rechuté. - J’avais mal aux dents. Je te l’ai déjà dit. Il doit pourtant le répéter devant le groupe réuni dans le Poulailler, et subir les foudres de Brigitte. Foudres tous relatifs, d’ailleurs, comme je l’avais prédit. Nous avons droit, ensuite, aux difficultés conjugales d’Agnès, et aux longs démêlés familiaux de Gervaise, concernant le mariage de Chiara. Longs, très longs démêlés familiaux, qui me rappellent trop les miens pour que je les écoute autrement que d’une oreille distraite. Certains souvenirs sont loin d’être agréables. Autant m’extraire. Partir. Ailleurs. Dans mon monde. Retrouver ces personnes qui n’existent pas, qui ne sont que des excroissances de mon imagination. Qui sont aussi réels pour moi que mes cocuristes. Qui ressemblent, pour certains, à certains de mes cocuristes. Qui me mènent en bateau. Qui m’emmènent où ils le désirent. Je n’ai jamais fait ce que je voulais de mes personnages. Je connais seulement la fin de leur histoire. - Diane ! - Pourquoi tu l’appelles Diane ? C’est le chien de Tante Ursule, Diane ! - C’est elle, aussi. Tu viens ? Je me lève, engourdie, et je suis Damien telle un automate. Il paraît troublé, très troublé. Amoureux d’une femme mariée, il souffre visiblement de l’entendre évoquer ses problèmes de couple sans avoir le droit de l’approcher, de lui parler, de la consoler. Il reporte alors son attention sur Hervé, le charrie, plaisante avec lui. Le jeune attardé est, lui, fier comme Artaban d’avoir réussi l’ « épreuve », tout en étant vaguement déçu de ne pas être renvoyé. - J’aurais bien aimé, moi, retourner à la ferme. Mais il disent que je peux rester. - Tu la retrouveras quand tu seras guéri, ta ferme. - Mais je suis pas malade. J’ai juste mal aux dents. Dis, Diane, pourquoi tu portes un nom de chien ? - Parce que mon arrière-grand-mère s’appelait Diane. - Moi, je m’appelle Hervé à cause d’Hervé Villard. Le chanteur. Tu connais ? Et toi, Virginie ? C’est joli, Virginie. Nous arrivons enfin au fumoir, où nous attendent les nouveaux. Ou nous attend un nouveau, plutôt, fumant nerveusement cigarettes sur cigarettes, sa grisonnante compagne somnolant sur le banc. - Nicolas, se présente-t-il en tendant la main à Damien. Elle, c’est Michelle. Alors, c’est ici, le Centre…
- Tu ne devrais pas t’habiller en blanc pour travailler dans le jardin. Célestin baisse les yeux sur son sweat-shirt, réalise l’incongruité de sa tenue, veut l’enlever, jure un bon coup. - Mon tee-shirt est blanc, lui aussi. Je suis con, hein ? - Seulement à moitié dans les vapes, je crois. Ca va mieux ? - Un peu. J’ai dormi toute la matinée. Je vois qu’Hervé ne s’est pas fait virer, mais il me tire la tête. La réunion s’est bien passée ? - On a surtout parlé de Gervaise. On a beaucoup, beaucoup parlé de Gervaise. Par-dessus la haie, la grande femme me jette un regard noir. |
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