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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 236: Chapitre 44.2
(par lambertine, ajouté le 24/07/00 08:40)


Je le connais à peine, Jérémie. J’ai dû lui parler trois ou quatre fois tout au plus. Très jeune, enfantin, archiréservé pour ne pas dire renfermé, et visiblement très mal à l’aise au Centre. Il n’est pas le seul dans le cas, mais certainement celui que je fréquente le moins.
- Ce serait bien que tu discutes un peu avec lui. Je ne sais pas vraiment quoi lui dire. Je voudrais le convaincre de rester, de tenir le coup. Mais je crois que, même avec l’aide de Dieu, je n’y parviendrai pas.
Et moi, sans même l’aide de Dieu ? Je ne sais déjà que faire pour aider les résidents qui me sont proches. Je ne sais déjà que faire pour m’aider moi-même. Alors, Jérémie…
- Pourquoi moi, Jean-Marc ?
- Je te l’ai dit : il me semble que tu t’entends bien avec les jeunes. Je t’ai vue avec Ben. Et avec Célestin, qui est loin d’être un garçon facile, et dont tu fais ce que tu veux.
- Célestin n’est pas difficile, au contraire. Rétif, oui, mais pas difficile. Il serait probablement mieux à même que moi d’aider Jérémie. Mais j’essaierai. Je ne sais pas si ça marchera, mais j’essaierai.
Encore me faudra-t-il gagner sa confiance. Et pour ça, l’approcher. Je n’ai pas eu ce problème avec les autres garçons. Je n’ai pas eu besoin d’aller vers eux. Notre camaraderie, voire notre amitié, est née spontanément. Mais là…
- Il n’a pas peur de toi.
Et si, moi, j’avais peur de lui ?
- Je prierai pour vous.
Il priera pour nous, soit. Et ensuite ? Dieu me laissera tomber, comme d’habitude. J’envie Jean-Marc, et la confiance en l’avenir qu’il affiche depuis quelques jours, même si elle est irrationnelle et peut-être même malsaine. Il me rappelle mes dix-sept ans, et l’illumination soudaine qui m’avait frappée en plein océan, sur un navire britannique : Dieu existait, sa lumière éclairait le monde, et brillait pour tout le monde. Même pour moi. Et la vie était belle.
Je n’ai plus dix-sept ans.

Je n’ai plus dix-sept ans, même si le soleil brille, illuminant le jardin renaissant où je m’assois sur un banc, fraîchement douchée et vêtue de propre. Pas de Jérémie en vue, mais Aurélien, qui me rejoint bien vite, armé d’un stylobille et d’un carnet de notes.
- Tu as des anecdotes, concernant Hermann ?
- Pour ton speach ?
Il s’est visiblement déjà mis au travail. Pas moi. On verra bien. J’écris très vite, quand je veux.
- Rien de particulier. Ce dont tout le monde est au courant. Les leçons de golf, la marche à pieds, toujours en tête, la Messe du dimanche…
- L’oubli de ses compagnons au Carrefour…
- Tu es sûr qu’il faut le lui rappeler ?
- C’était drôle, finalement. Comme la musique classique dont il abreuvait notre couloir dès le petit matin. Tu imagines, te doucher au rythme des valses de Strauss, ou faire ta gym sur les Walkyries ? Ou le rendez-vous qu’il avait donné à l’une de ses conquêtes au funérarium.
- Au funérarium ? Tu rigoles ?
- Non. Pas du tout. Il disait qu’il y faisait calme, et que la musique y était belle.
J’éclate de rire. Hermann n’est pas si conventionnel, finalement.
- Tu peux parler aussi des kartoffelmachins…
- Pas faux. Et de son insistance à nous faire visiter le musée militaire. Qu’est-ce qu’il a pu nous casser les pieds, à Célestin et à moi, à ce sujet !
- Il n’avait pas tord. C’était intéressant, comme visite.
- Pas faux. Maison peut dire qu’il y tenait. A propos de Célestin, tu sais quand il rentre ?
- Comme la dernière fois. Par le bus de six heures et demi.
- De six heures trente-cinq, tu veux dire. En retard pour le souper. Il va se faire attraper.
- C’est ridicule.
C’est plus que ridicule. Le bus précédent arrivait à quatre heures et demi, ou plus exactement à seize heures trente-cinq. Avec près de deux heures de trajet, correspondances comprises, Célestin aurait dû terminer ses pérégrinations administratives peu après quatorze heures. Ce qui était rigoureusement impossible.
- Je sais, Diane. Mais le règlement…
- Le règlement est absurde. Ne viens pas me prétendre le contraire.
- Je ne prétends rien du tout. Je dis qu’il va se faire punir, c’est tout.
Il soupire profondément.
- Je n’ai pas demandé à être coordinateur. J’aurais beaucoup donné pour ne pas l’être, mais ils m’on pris par surprise. Depuis, j’assiste à leurs réunions, je vois l’autre côté du miroir. Chaque sanction est discutée, tu sais, entre nous et l’éduc’ de service. Tu verras, quand tu seras à ma place.
- Il n’en est pas question.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.