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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 237: Chapitre 44.3
(par lambertine, ajouté le 26/07/00 00:53)


Il n’en est pas question. Je suis ici pour soigner ma tête et mon corps, pas pour attraper une mentalité de garde-chiourme. Pas pour apprendre à sévir pour des broutilles. Pas pour prendre la place des éducateurs. Je ne suis pas éducatrice. Je n’en ai ni la vocation, ni la formation. Je n’ai surtout pas la résistance nerveuse nécessaire. Si je l’avais eue, j’aurais passé l’agrégation d’Histoire, pas un diplôme de Droit. J’aurais enseigné. Je n’aurais pas…
Je n’aurais pas fait ce que j’ai fait.
- Ils t’y obligeront. Comme ils m’y ont obligé. Tu comprendras sans doute alors pourquoi nous sanctionnons ainsi les transgression. Pour le bien des …
Je l’interrompt. Brutalement. Nous avons déjà eu ce genre de conversation, durant lesquelles je ne sais s’il tente de me convaincre, moi, ou de se convaincre lui-même du bien-fondé des décisions prises en réunion de transgression.
- Arrête. On ne punit pas quelqu’un qui n’a pas d’autre choix que d’agir comme il le fait « pour son bien ». C’est stupide, c’est injuste, et ça pousse les gens à bout. Et je refuse de participer à « çà ».
Je sais qu’il n’aime pas ça non plus, je sais qu’il ne l’a pas cherché, et que, moi aussi, je suis injuste. Je préférerais ne pas l’être. Je préférerais ne pas me poser toutes ces questions, accepter tout ce que l’Equipe me dit sans broncher, faire confiance. Je préférerais être une résidente modèle, comme l’ont été, chacun à leur façon, Hermann et Marie-Line. Mais je ne peux pas. Je ne peux plus. C’est trop tard, et advienne que pourra.

Agnès s’installe face à moi, à la table de quatre. La plus intime. Celle où nous sommes le plus à l’aise pour discuter en petit comité. Celle, aussi, que les éducateurs préfèrent voir inoccupée. Mais nous sommes nombreux, au Centre. Trente-quatre résidents. Pas loin du maximum autorisé, et l’ambiance s’en ressent. Nous sommes nerveux, tendus.
- Il paraît que, plus il y a de monde, plus il y a de renvois, ou d’abandons.
Ben pose la cruche de café, et s’installe à côté de son amie. Fixant avec insistance la porte d’entrée du restaurant. A cran. A fleur de peau.
- Qu’est-ce que tu as ? lui demande la jeune femme face à sa nervosité manifeste. Ça ne va pas ?
- Laisse tomber. Je suis inquiet, c’est tout.
- Le bus arrive à trente-cinq, si c’est ce qui te tracasse.
- Il est trente-sept. Regarde l’horloge. S’il ne rentre pas, je m’en vais. Je ne tiendrai pas tout seul.
Il est trente-huit, et le bruit de la sonnette retentit dans le restaurant. Je soupire intérieurement, plus ou moins soulagée, tandis que l’éducatrice de garde se dirige vers la porte d’entrée.
- Tu vois.
Le visage du gamin se détend légèrement. Il se sert de salade, de jambon, puis se lève.
- Célestin n’aime pas manger froid. Il reste du poulet provençale de midi. Je vais lui réchauffer une assiette.
- C’est… , commence Agnès.
Mais le gamin a déjà disparu dans la cuisine.
- … interdit, continue-t-elle à voix plus basse. Si l’éduc s’en aperçoit, il va se faire transgresser.
- Je te parie qu’il sera revenu avant Julie. Elle va d’abord reprocher son retard à Célestin, le faire souffler dans l’alcootest, attendre qu’il ait pissé dans le pot. Ça prend plus de temps que de passer une assiette au micro-ondes.
Beaucoup, beaucoup plus de temps, avant que Célestin ne s’affale, plus qu’il ne s’assoie, face à Ben et à côté de moi, et ne commence à picorer, distraitement, dans son assiette, semblant se forcer à ne pas la repousser.
- Ça ne va pas ? finit par lui demander Agnès. Ça s’est mal passé, en ville ?
Il fait « non » de la tête, avec un sourire forcé.
- Je suis seulement crevé. Je n’ai pas arrêté de courir et de faire la file. Excuse-moi, Ben, tu es gentil d’avoir pensé à moi, mais je n’ai pas très faim.
- Tu es sûr que ça va ?
- Oui, Diane, t’en fais pas. Il ne s’est rien passé, auquel je ne m’attendais. D’ailleurs ça va continuer.
Il nous montre l’aquarium encore vide.
- J’espère seulement qu’ils ne vont pas me donner la fermeture. Je n’attends qu’une chose, c’est de pouvoir me mettre au lit, et dormir.

Il ne reçoit pas la fermeture tant redoutée, mais le bar à jus.
- J’ai fais ce que j’ai pu, m’explique Aurélien alors que j’ai repris mon tricot.
- Je sais. Je crois que lui aussi, le sait.
- Je ne crois pas. Tu n’as pas vu son regard, quand je lui ai annoncé, dans l’aquarium, qu’il était puni.
Non. Mais j’ai vu son regard, à table, quand il s’attendait à être puni.
- Fais attention, Diane.
Attention ? A quoi ? A quoi encore ?
- On… enfin, l’Equipe et certains résidents… Ne le prends pas mal, surtout… Enfin, ils…
- S’il te plaît, Aurélien ! Parle, sans tourner autour du pot. J’en ai déjà tellement entendu !
- Ils disent que si Célestin prend aussi mal ses punitions, c’est parce que tu lui mets dans la tête qu’elles sont injustes.


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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.