Chapitre 239:
Chapitre 44.5
(par
lambertine, ajouté le 27/07/00 18:21)
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Je ressens un profond malaise. Pourquoi lui, si souvent considéré comme une « cause perdue », voit-il Jérémie comme tel ? Pourquoi le classe-t-il parmi les irrécupérables ? - Je n’ai pas dit qu’il était irrécupérable, mais qu’il ne tiendrait plus trois jours. Je préférerais que ce ne soit pas vrai, Diane. Je préférerais t’affirmer le contraire, mais ce serait un mensonge, et je ne veux pas te mentir. J’ai déjà discuté avec Jérémie. J’ai déjà essayé de l’aider. Je sais, c’est sans doute con, de vouloir aider les autres quand on est dans ma situation… enfin, bref. C’est un brave garçon, Jérémie, mais il est cassé. Complètement cassé. Bien plus que moi. Enfin, bien plus que moi, maintenant. Il me fait penser à ce que j’étais, il y a deux ans. Quand j’avais perdu pied, après que Clothilde m’ait largué. Sans énergie, sans force. Sans orgueil surtout. Et sans volonté de vivre, bien au contraire. - Rien que la came, jusqu’à la mort ? - C’est ça, ou à peu près. La came, ou autre chose. Nul ne peut obliger quiconque à vivre, encore moins à guérir, s’il n’en éprouve pas le désir. On peut juste limiter les dégâts. Et encore… - Qu’est-ce que tu veux dire ? Qu’est-ce que tu… - Rien. Juste que… Jérémie n’a pas choisi de venir se soigner ici. Il n’en a pas envie. Il le fait juste par gentillesse, pour faire plaisir à son copain, et à ses parents. Je me demande même si ce n’est pas parce qu’il n’a pas la force de leur dire « non ». - Son copain ? Il est homo, Jérémie ? Et… il l’aime ? - Oui, il est homo. Peu de gens ici le savent, puisqu’il parle à peine. Et oui, il l’aime, et ses parents aussi. Mais l’amour ne suffit pas, Diane. Ça, je peux te le garantir. Dieu sait si j'aimais Maman, et Dieu sait si elle m'aimait. Ca ne m'a pas empêché de sombrer. - Il n’y a rien à faire, alors ? - J’ai pas dit ça. Juste… juste que je ne sais pas quoi. Peut-être que toi, tu sauras. Peut-être que je saurai, moi ? Mais qui suis-je, pour qu’il me parle ainsi ? Qui suis-je, pour que Jean-Marc se soit adressé à moi pour venir en aide à son jeune camarade. Je n’arrive même pas à me venir en aide à moi-même, et encore moins à ceux que j’aime. Célestin va mal, très mal. Il est terrifié, même s’il tente de donner le change. Je m’en rends compte, et je suis impuissante.
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