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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 24: Chapitre 8.2
(par lambertine, ajouté le 09/08/09 06:38)


Pas question de me morfondre pour autant. Cela ferait sourire n’importe quel habitant de l’extérieur, mais j’ai du travail. Je me sers un café.
- Ca non plus, ce n’est pas bon pour ce que tu as.
Cette fois, il m’irrite, le gamin !
- De quoi je me mêle ? Tu n’es pas mon ange gardien !
Surpris par ma réaction brutale, il ouvre la bouche, mais aucun mot n’en sort. Il tourne les talons, s’enfuit à pas rapides vers le salon et son sempiternel Solitaire. Je me traite d’imbécile. Je m’en veux, mais tant pis.
J’ai du travail.
Je croyais qu’il me serait difficile de tracer ma courbe, de me souvenir de mes consommations quotidiennes d’alcool, de sédatifs, de solvants et autre cannabis au fil de ma vie. C’est le contraire. Simple. Facile. Tout me revient. Mes guindailles d’étudiante. Ma biture à Moscou.Mes joints dans les toilettes de l’Université. Mes fêtes au champagne. Mes soirées en solitaire devant un mini-bar d’hôtel 5 étoiles. Je jongle avec les bics, et la courbe tricolore prend forme.

- Qu’est-ce qu’on mange ?
- Pizza-salade, répond Damien, qui est « cuisine 1 » ce soir-là.
Je relève la tête pur voir les yeux bruns de Célestin s’éclairer. Enfin, un repas du soir appréciable !
- Ne t’emballe pas trop vite, le prévient le cuistot d’une journée. Elles ne sont pas très grandes, les pizzas. Et il n’y en a qu’une par personne.
Peu importe, c’est chaud, et il adore ça. Quant à moi, j’ai trouvé le moyen de me faire pardonner ma mauvaise humeur. Une demi pizza, ce n’est rien, et pourtant, c’est beaucoup parfois. Celle que je glisse devant le jeune garçon me vaut le plus beau des sourires.
- Et toi ? s’inquiète-t-il malgré tout.
- Une demi me suffit largement. Comme tu me l’as déjà fait remarquer, je suis au régime. Toi, tu aimes ça et, pour une fois, tu souperas à ta faim.
Il mord à belles dents dans la pâte croustillante. Son appétit fait plaisir à voir. Lui aussi, pour une fois drôle, volubile. Sympathique.
- Tu dois me prendre pour un enfant gâté. Tu sais, j’aimais bien les tartines, avant. Mais depuis que je suis à l’hôpital, ce n’est pas que je ne veux plus en manger...
- ... c’est que tu n’y arrives plus. J’ai compris. Ce n’est pas un caprice de ta part.
Pour toute réponse, il m’embrasse rapidement, impulsivement sur la joue, et ne dit plus rien. C’est un vieil Allemand distingué qui monopolise la parole, et tente de nous convaincre d’assister à son atelier « golf au grand grenier » Remplacer les greens empelousés par du balatum ? Drôle d’idée, à première vue, qui pique ma curiosité. J’avoue que c’est celle-ci qui me pousse à monter les quarante-quatre marches et à essayer, vaille que vaille, pendant près d’une heure, d’envoyer la petite balle blanche dans un trou électronique, qui émet un drôle de bruit en la renvoyant au joueur. J’essaie, je réussis, je rate. Je m’amuse au début, puis trouve le temps long. J’observe les autres joueurs, tous jeunes, mis à part Hermann, le moniteur improvisé, qui porte beau ses soixante-sept printemps. Il corrige, sérieux comme un pape, la position des mains de Frédéric sur le club. Il apprécie la précision de Delphine, visiblement habituée aux greens. Il explique à Aurélien la différence entre les balles de « practice » et les balles de jeu.
- Ce sont des balles d’occasion, constate Célestin, en frappant l’une d’elle, et en réussissant son coup.
- Oui, reconnaît l’Allemand. Comment le sais-tu ?
- Facile. Un seul sac, et des balles de différentes marques, et pas neuves. Je me suis acheté un équipement complet, quand j’étais gamin, en revendant des balles perdues que je récupérais un peu partout.
Frédéric se moque gentiment : « Quant tu étais gamin ? Parce que tu ne l’es plus, peut-être ? »
Hermann, lui, ne rit pas. Il traverse le grand grenier en diagonale, dépose son engin diabolique, revient et appelle le garçon.
- Observe ma trajectoire. Ensuite, à toi.
Il rate l’objectif, comme il s’y attendait. Le sol du grand grenier est loin d’être lisse et plat.
- Hole in one ! jubile Célestin, qui, lui, réussit sans difficulté apparente.
Piquée au vif, Delphine essaie à son tour. Echoue. Recommence. Réussit au troisième essai. Rien de tel qu’un zeste de compétition pour réchauffer l’ambiance. Frédéric s’y met. Puis Aurélien. Ils s’amusent. Ils disposent sur le balatum qui un pull, qui une farde, qui une chaise pour créer des parcours de plus en plus personnalisés. Chacun joue sa balle. Celles-ci se mélangent. Un joyeux capharnaüm déride tout ce petit monde, même le sérieux Hermann qui en perd son latin. Bon an, mal an, la soirée semble tout sauf ratée.
Mais elle n’est pas terminée ! De retour au restaurant, Aurélien se fait intercepter par Julie, mécontente.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.