Chapitre 241:
Chapitre 45.1
(par
lambertine, ajouté le 28/07/00 23:40)
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Le ciel est bleu. Le soleil brille. Il fait beau, et chaud. Je sens le sable sous mon corps, j’entends le bruit des vagues. Doux. Calme. J’ai ma famille autour de moi. Charles. Florentine, Frédéric et Aurélien. Et Aurélien, Aurore et Madeleine. Et Noé. Et Flora et Gilles, Léo et Lila. Et Célestin, que je ne m’étonne pas de trouver là. Pas plus que Jean, qui n’est plus un bébé, mais pas non plus un homme. Et Simon, le fils de Constance. Moi. Mon mari. Mes enfants, les vrais et les faux. Et la mer. L’eau. Calme. Rassurante. Et qui monte, pourtant. Doucement. Tout doucement. Qui devient plus sauvage. Plus inquiétantes. Des vagues. Des rouleaux, tout près de nous. De plus en plus gros. De plus en plus méchants. De plus en plus dangereux. Féroces. Proches. Je suis trempée. Glacée. J’ai peur. Je suis sur la plage, dans la tempête. Dans la tempête qui emporte ceux que j’aime vers la mort. Dans la tempête qui noie ma vie. La tempête. La mer. La mer qui submerge le monde. Mon monde. Ma vie. Ceux que j’aime. Fini. Ceux que j’aime. Mes enfants. Mes enfants. Je vais mourir. Mourir. Mou… Je me relève en sursaut. Haletante. En sueur. Un cauchemar . Encore. Toujours le même, ou à peu près. La mer, ou une rivière. Une plage, ou un bateau. Et l’eau qui monte. L’eau qui se fâche. L’eau qui engloutit. Le Titanic ou Numenor. L’eau, comme la mort qui vient. Qui emporte les miens. Ceux que j’aime. Ma vie. Je ne dormirai plus, cette nuit. Il m’est interdit d’allumer la lumière. Interdit. Interdit ! INTERDIT ! Je ne dormirai plus cette nuit. J’allume la lumière. Tant pis pour la sanction. Lire ? je m’en sens incapable, autant que de dormir. J’ai du papier, un stylobille. Ecrire. Le meilleur moyen de partir. Ailleurs. Loin d’ici, et loin de mes cauchemars. Dans un monde où les histoires finissent bien. Ou à peu près bien. Ou pas trop mal… Raconte une histoire qui finit bien, pour une fois Raconte une histoire qui finit bien Raconte une histoire où on ne pleure pas pour une fois Raconte une histoire qui finit bien.
Je n’ai pas en tête d’histoire qui finit bien. J’ai le cœur trop lourd, et pleure sur mes manuscrits. Autrefois, mes larmes auraient délavé l’encre de mes écrits. Mais nous sommes au vingt-et-unième siècle, et l’encre du stylobille est indélébile. Je ne sais si je dois en rire, ou en pleurer plus encore. Raconter. Raconter, plutôt. Histoire d’exil. Roman d’angoisse, et de séparation, et de mort, pourquoi pas. On me reproche parfois de trop parler de mort, et de trop la décrire. Pourquoi ? Elle est là, elle rôde, elle me fait peur. Pas la mienne. Celle des autres. Celle de ceux que j’aime. Elle me fait peur. Cette nuit, j’ai peur. Il me tarde d’aller soulever de la fonte.
Six heures vingt-cinq. Enfin. J’ai le droit de m’habiller. J’ai le droit de descendre à la salle de musculation. Je n’ai pas le droit d’embrasser Ben et Jacob, mais je le fais quand même. Personne ne nous voit, alors… Les toxicos ne respectent pas la loi. Moi non plus, surtout quand elle est stupide, et que le gendarme a le dos tourné. Célestin arrive en retard. De deux minutes. Les autres le charrient. C’est de bonne guerre. Moi, stupidement, je le serre très fort dans mes bras. Je le serre à l’étouffer, en sanglotant « tu es vivant, tu es vivant ». Il ne se fâche pas. Il ne se moque pas de mois, ni les autres. Il m’assied sur un banc, tente de m’apaiser. - Qu’est-ce que tu as, Diane ? finit-il par me demander. Je ne vais pas bien, c’est vrai, mais je n’en suis pas encore à ce point-là… Je me sens ridicule. Idiote. Qu’est-ce qui m’a pris, de réagir ainsi. Ce n’était qu’un cauchemar. Un cauchemar récurrent. - Tu as rêvé que je mourais ? - Oui. Pas que toi. Mes enfants. Flora. Je ne devrais pas en parler. - Bien sûr que si. Si ça te fais du bien, je veux dire. Personne ne se fichera de toi. En tout cas, aucun de nous. Les cauchemars, tu sais…
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