Chapitre 245:
Chapitre 45.5
(par
lambertine, ajouté le 08/08/00 23:42)
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- Il ne faut pas généraliser, tu sais. Il y en a des honnêtes aussi. Et même des bons, qui veulent faire bouger les choses, améliorer le monde. Le gamin hausse tristement les épaules, et fait « non » d’un air blasé, amer, comme on ne devrait pas l’être à vingt ans. Comme on ne devrait jamais l’être. - Les puissants qui veulent changer le monde, ils meurent, assassinés. Et les moins puissants… les moins puissants sont impuissants, voilà tout. Si tu veux arriver au pouvoir, tu dois écraser les autres. Le monde est fait comme ça. On ne peut pas le changer. Pas de place pour la gentillesse, pour la générosité, pour la justice. Quand j’étais petit, j’y croyais, à tout ça. Que les bons étaient récompensés. Qu’avec du courage, tout le monde pouvait réussir dans la vie. Mais ce n’est pas vrai. Seuls les pourris réussissent, et ils font tout pour garder le monde tel qu’il est. - Et tu ne l’aimes pas, tel qu’il est, le monde. Ce n’est pas une question, et il n’y répond d’ailleurs pas. Il hausse à nouveau les épaules, et montre le restaurant du menton. - Il est bientôt l’heure de passer à table. Tu sors, ce soir ? - Comme tout le monde. Pas toi ? - Je suis de téléphone. J’aime autant. Ce n’est pas si désagréable, de rester seul, ou presque, ici.
Je devrais m’amuser. Une cure réussie est un évènement heureux. Deux cures réussies, un évènement doublement heureux. Mais j’ai le vague à l’âme devant mon tonic. Impossible de me mettre dans l’ambiance, de répondre aux plaisanteries de Frédéric, de m’intéresser aux histoires d’Agnès, de me passionner pour les ragots du Centre. Ces histoires de points, de sorties, de punitions me passent par-dessus la tête, et je me demande ce que je fais là. J’aurais mieux fait de ne pas accompagner les autres, de rester à tricoter dans un des fauteuils mous du salon, ou à écrire dans l’Aquarium. Ou, mieux encore, de boucler mes bagages, dans ma chambre. Pourquoi est-ce que je continue cette cure ? Par masochisme ? Ou parce que, contre toute attente, j’y crois toujours ? Parce que je n’ai pas encore envie de mourir ? Parce que j’espère désespérément que tout ça en vaut la peine ? Que peut-être, moi aussi, j’en vaut la peine ? Parce que, peut-être, dans ce monde pourri, il reste des rayons de lumière.
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