Chapitre 249:
Chapitre 46.3
(par
lambertine, ajouté le 14/08/00 22:14)
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Sans succès. L’éducatrice reste inflexible, autant par respect du règlement que par convictions personnelles. - Inutile d’insister. C’est non, et ça restera non. Hervé, comme tous les résidents, a tendance à régler tous ses problèmes par des moyens chimiques. Il l’a encore prouvé ce week-end. Je ne rentrerai pas dans ce jeu. Un peu de souffrance n’a jamais tué personne, et souffrir un peu lui apprendra à prendre sur lui. Ce qui lui sera utile, lorsqu’il devra dominer ses envies de produit. La jeune femme abandonne. Elle a fait ce qu’elle a pu, mais elle n’est pas ici pour affronter l’Equipe. Personne ne l’est. Pas même moi. Pas même Célestin, qui ramène à présent le garçon par la main, l’installe dans un des fauteuils rouges, et va lui chercher un verre d’eau. - Tiens. Ca va te faire du bien. Ce ne sera plus si long. Juste le temps de l’apéro, puis du souper. Ensuite, elle sera bien obligée de te le donner, ton Dafalgan. T’en fais pas. Jacob et moi, on reste avec toi. Hein, Jacob ? Jacob se rapproche d’eux, le Solitaire à la main. - On sera les Trois Mousquetaires. Regarde. Je vais te montrer quelque chose.
J’ai pris place à table à côté de Marie-Line. Elle est pensive, paraît le cul entre deux chaises. Elle ne sait si elle doit se réjouir de rentrer chez elle, ou regretter de quitter le Centre et ses compagnons. Elle hésite entre la joie d’avoir réussi sa cure, et la crainte du monde extérieur. D’un côté, Joseph et ses enfants, le bonheur à sa portée, la liberté retrouvée. De l’autre, nous, et la sécurité d’un environnement cadré. D’un côté le monde qui l’a fait plonger dans la boisson, de l’autre le Centre qui l’en a sortie. Je comprends, sans comprendre. Je l’envie. D’avoir terminé sa cure. D’en avoir terminé avec sa cure. J’aspire à retrouver mon indépendance. J’y aspirerais plus encore si elle me renvoyait au confort matériel, à l’aisance, et à la vie familiale qui sont ceux de Marie-Line, plutôt qu’à ma pauvreté solitaire. - Dernier souper, fait-elle d’un air mélancolique. Demain soir, je mangerai chez moi. Elle soupire. - Vous me manquerez. - Toi aussi, tu nous manqueras. - Je n’espérais pas y arriver. A aller jusqu’au bout. Je m’imaginais quitter le Centre comme ce pauvre gamin, qui a attendu des heures à côté de ses valises. Comment s’appelait-il, déjà ? - Jérémie. - Ah oui… Jérémie ! Pauvre petit. Que va-t-il devenir ? - Je ne sais pas, dis-je du bout des lèvres. Je ne sais pas… ou plutôt, je sais trop bien. - Beaucoup d’appelés, reprend-elle. Peu d’élus. Je ne croyais pas en faire partie. J’ai eu tant de mal à m’adapter. Je ne me sentais pas à ma place. Et maintenant, je suis triste de quitter mes amis héroïnomanes… Stupide, non ? Oui. - Non. Pourquoi ? - J’ai des amis, à l’extérieur. Des relations. Des gens très bien. La plupart ne m’ont pas donné signe de vie, depuis que je suis ici. A croire que je leur fais peur. Ou qu’ils ont honte de moi. Tu leur fais peur. Et ils ont honte de toi. - Le Centre leur fait peur. Et la maladie. Ils ne doivent pas savoir comment réagir, quoi te dire. C’est normal. Et c’est fini. Tu les retrouvera, comme avant. Mais rien ne sera plus comme avant. Et tu le sais, Marie-Line. Tu le sais très bien. Trop bien. Tu n’es plus comme avant. Tu as côtoyé la misère humaine. Tu as partagé la misère humaine. Même si des murs épais nous séparaient de la crasse, et de la violence de la rue, tu as vécu en compagnie des moins que rien, des causes perdues, des enfants du trottoir. Tu as mangé à la table de voleurs et de prostituées. Tu as mêlé ta voix à celle de gamins qui se shootaient dans des toilettes de gare. Tu leur a raconté ton histoire, et ils t’ont raconté la leur. Tu ne seras plus la même, après ça. Jamais.
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