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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 250: Chapitre 46.4
(par lambertine, ajouté le 15/08/00 20:25)


Quand tu remplaceras le champagne par du jus d'orange lors de tes vernissages, quand tu substitueras de l'eau pétillante au Château Margaux dans les dîners en ville, il te reviendra, le souvenir des paumés, des exclus, des va-nu-pieds. Et, peut-être, quand au cours d'une conversation un peu trop arrosée, tes amis bien comme il faut s'en prendront à tous ces fainéants, ces parasites, ces déchets sociaux, tu reverras le visage de Jacob, tu entendras le rire de Célestin, tu te souviendras de la fragilité de Ben ou des plaisanteries de Frédéric. Et tu prendras leur défense. Ou tu essaieras.
Tu ne seras plus jamais la même, et tu t'en rends compte, Marie-Line. Très bien. Trop bien. Et cela te fait peur.
- Joseph m'a proposé de partir en vacances. En Italie, ou aux Etats-Unis. Je ne lui ai pas dit non. Lui et moi, en amoureux, c'est plus qu'un rêve.
C'est plus qu'un rêve, mais la réalité t'attend au tournant. Tu as changé. Mais pas Joseph. Mais pas le monde. Il va falloir te battre, pour être heureuse. Pour être toi. Enfin.
- Tout se passera bien. Tu mérites tout le bonheur du monde.

Et que mérite Hermann, perdu dans ses pensées, sous la tonnelle du fumoir ? Il va retrouver sa villa, son club de golf, et sa solitude. Il joue distraitement avec un porte-clé en argent, qui aurait dû être notre cadeau de tous, et qui ne l'est que d'un seul. J'ai beau faire, je me sens vaguement coupable, même si j'ai mis la même somme, exactement la même somme, pour lui que pour Marie-Line.
- Tu veux le voir ? me demande-t-il en me tendant l'objet.
Je le prends dans mes mains. A la fois lourd et discret, classieux. Hermann non plus ne manque pas de classe.
- Tino imagine que je n'ai pas compris. Je ne suis pas idiot. Peu de gens m'aiment, ici. Je suis trop vieux, trop riche. Trop catholique. Marie-Line s'était intégrée, pas moi. Je n'ai pas réussi.
- Auprès de certains, si.
- Le petit est gentil. J'espère ne pas trop l'avoir déçu, en le remerciant. Peut-être croit-il encore m'avoir dupé, au moins un peu ? Je ne voudrais pas lui faire de peine. Il n'arrête pas d'aider les autres.
- Je sais, Hermann. Moi la première.
- Toi, c'est différent. C'est réciproque. Mais Hervé ? Ou moi, qui vais partir demain ? Fais attention à lui. Il aide les autres, parce qu'il ne parvient pas encore à s'aider lui-même.
- J'essaierai, Hermann. Tu n'es pas le premier à me le demander.
- Et aussi... fais attention à toi. Beaucoup de résidents t'en veulent. De membres de l'Equipe aussi.
Je manque lui répondre "je m'en fiche", mais je ne le fais pas. Car je ne m'en fiche pas. Je ne m'en fiche pas pour un sou. J'en ai peur, au contraire. Plus encore aujourd'hui, en regardant l'Allemand jouer avec son cadeau d'un seul.
- Et toi ? Que vas-tu faire, maintenant ?
- Devenir grand-père. A part ça, je l'ignore. Rentrer chez moi. Jouer au golf. Ecouter de la musique. On ne change pas vraiment, à mon âge.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.