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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 254: Chapitre 47.2
(par lambertine, ajouté le 31/08/00 08:48)


- Tu n’avais pas le droit. Maintenant, rassieds-toi, et tais-toi. Nous envisagerons plus tard la sanction à prendre à ton égard. Car sanction il y aura, sois-en certain. Pour qui te prends-tu, à la fin ? Quant à Hervé…
- Quant à Hervé, il est malade, et vous le voyez bien.
D’un côté, je voudrais tirer Célestin pas la manche, lui ordonner de se rasseoir. De laisser passer l’orage. D’un autre, je ne peux que lui donner raison, malgré son arrogance, pour une fois bien réelle. Car il n’obéit pas. Il ne se rassied pas. Et il ne se tait pas.
- Et pour qui je me prends ? Mais pour un être humain. Je ne suis peut-être pas grand-chose d’autre, mais je suis au moins ça.
- Célestin, tu vas te taire, oui ou non ? Tu sais ce que tu risques ?
- De me faire renvoyer. Mais je parlerai quand même. J’ai très bien respecté les consignes. Manque de respect ? Mais la plupart des actions dénoncées n’étaient que des enfantillages. Des broutilles. Tandis que laisser une personne malade souffrir le martyre pendant plusieurs heures, la laisser trembler de fièvre, sans rien faire pour l’aider, ce ne serait pas lui manquer de respect ? Ce serait agir pour son bien ? Mais à qui donc voulez-vous faire croire ça ? Même vous, vous n’y croyez pas. Vous n’auriez pas agi comme elle. Je le sais bien. J’en suis certain. On me dit depuis que je suis ici de faire part de mon ressenti. Et c’est ce que je fais, pour une fois. Mon ressenti, c’est de la révolte. Et tant pis, si ça vous déplait.
Personne n’a réagi, durant l’intervention du jeune homme. Ni les éducatrices, ni les résidents. Comme si chacun avait feint de ne pas entendre. Moi, j’ai peut-être tort, mais je suis fière de lui. Lui, s’est enfin rassis, a refermé sa farde, et a baissé la tête. Ses longues mèches noires lui cachent le regard et je peux à peine voir qu’il ne sourit pas. Les éducatrices détachent du tableau la liste des « contrevenants au respect » sans mot dire, la roulent en un rouleau serré. Nous nous levons, les uns après les autres, pour procéder à l’évaluation par groupe des tâches de la semaine. Célestin ne bouge pas. Aurélien s’approche de lui, lui murmure quelque chose que je n’entends pas. Je suppose, à la réaction du gamin, qu’il s’agit d’excuses.
- Laisse tomber. Tu l’as dit. On ne va pas en faire tout un plat. Je me demande seulement ce que je t’ai fait pour que tu t’en sois pris à moi. On s’entendait bien, au début, et maintenant, j’ai l’impression que tu m’en veux. Viens Hervé. Il faut partir d’ici, et ta place est dans ton lit.
- J’ose pas le demander, répond-il, la bouche pâteuse.
- Jacob le fera pour toi.
Pourquoi Jacob ? Au fond, peu importe. Je suis le troupeau. Nous descendons, et je rejoins les autres femmes. C’est le moment de discuter de l’enthousiasme avec lequel nous avons vidé les poubelles.

- Tu fais quoi, ce soir ?
- Rien de particulier.
- Tu ne sors pas avec les gamins ?
- Les gamins, comme tu dis, vont se faire un Quick-bowling avec Frédéric. Est-ce que j’ai une tête à jouer au bowling et à m’empiffrer de hamburgers après le repas du soir ?
- Ca te dirait, de nous accompagner prendre une glace en ville, Patricia, Pascal et moi ?
L’invitation de Sonia m’étonne, mais au fond pourquoi pas ? Je ne les connais bien, aucun des trois. J’avoue qu’elle-même me met mal à l’aise. Je ne sais pas vraiment comment me comporter avec elle. J’ai tendance à ne voir en elle que la mère d’une fille à l’article de la mort, et à me sentir honteuse de ma propre chance et de la déchéance qui est la mienne malgré ma propre chance. C’est absurde, sans doute. Alors j’accepte.
- Une glace peut-être pas. Mais un café, pourquoi pas ?
Un café, en plein air, pourquoi pas ? Sous la « responsabilité » de Patricia, qui a bel et bien reçu son « Point 7 » alors qu’elle n’est pas très ancienne. En tout cas, bien moins ancienne que moi qui me suis vue à nouveau refuser mon « Point 5 ».
- Tu les as provoqués, me fait remarquer Pascal.
- Non. J’ai été sincère, comme la première fois.
- « Vouloir aider » ce n’est pas un argument, ici. C’est même l’inverse. Ils te répondront, comme à chaque fois « occupe-toi d’abord de toi-même ».
- Ce n’est pas en m’occupant de moi-même une fois sortie, que je parviendrai à rester abstinente. Enfin, je ne vais pas me rendre malade pour ça. Ca m’ennuie seulement pour les filles de ne pas accomplir ma part de travail.
Nous nous asseyons en terrasse. Je commande un café à la cannelle. A la table voisine, une des assistantes sociales du Centre se ressert généreusement de vin rouge. Je me tais, mais je n’en pense pas moins.
- Elle pourrait s’abstenir, ronchonne Sonia.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.