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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 255: Chapitre 47.3
(par lambertine, ajouté le 01/09/00 13:56)


- Pourquoi ? Elle est dans son droit. Elle fait partie de l’Equipe, pas des Résidents.
- Et alors ?
Sonia n’a pas l’air contente. Pas l’air contente du tout.
- Elle est dans son droit, d’accord. Elle a le droit de boire tout le vin qu’elle désire, de fumer tous les joints et même de se shooter à l’héro, si ça lui chante. Mais elle pourrait avoir la décence d’aller faire ça ailleurs, non ? Il y a combien de Résidents, à cette terrasse ?
Je regarde autour de moi. Il y a nous quatre. Il y a Agnès et Gervaise, attablées en compagnie de Ludovic et Francis. Il y a Hubert, Virginie et Philippe. Il y a Béatrice, en point 6, seule dans son coin, à faire des mots croisés. Il y a Aurélien, Jean-Marc et Gabriel.
- Elle pourrait faire attention. Par respect.
- Fais attention. Tu finis par parler comme le gosse.
- Il n’avait pas tort, le gosse…
- Si, il avait tort. Il a tort, comme Diane a tort quand elle prend sa défense.
- Je…
Patricia m’empêche de continuer.
- Tu as tort, Diane. Tu n’arrêtes pas de te rebeller, de critiquer les décisions de l’Equipe. De critiquer les membres de l’Equipe. Catherine fait ce qu’elle veut, même devant nous. Brigitte peut traiter Hervé comme elle l’entend. C’est plus que son droit, c’est son rôle. Nous devons obéir. Nous soumettre. Les laisser nous remodeler. C’est ainsi qu’ils détruiront nos vices en nous. Qu’ils nous apprendront à devenir des gens bien. Des personnes intégrées. Nous devons apprendre à voir d’autres personnes boire devant nous.
- Je n’ai jamais dit le contraire. Mais je suis d’accord avec Sonia. Catherine a tout un monde pour boire tout ce qu’elle veut. Le faire ici, précisément, c’est de la provocation.
- Non. C’est son droit.
- Je ne parle pas de droit. Je parle d’exemple.
- Pourquoi est-ce que tu ne veux pas comprendre ? Pourquoi est-ce que toi et Célestin refusez de vous laisser faire ? Lâchez prise. Arrêtez de vous battre pour rien, et de tout critiquer. Acceptez de changer. Vous êtes là pour ça, non ? Ils finiront de toute façon par gagner. Ou par vous briser. Ou par vous virer.
Je me tais. Je n’ai pas envie de me battre contre elle. Je laisse Sonia argumenter quelques minutes, sans plus écouter, en savourant simplement mon café à la cannelle. Je m’en moque, finalement, du vin rouge d’une assistante sociale avec laquelle je n’ai aucun contact au Centre. Et j’ai vraiment envie de m’améliorer. Mais pas de changer ce que j’ai de meilleur en moi. Mais pas de voir quelqu’un que j’apprécie se faire briser pour ce qu’il a de meilleur en lui.

- Bien amusés ?
- Bofff… Y avait pas d’ambiance…
Pas d’ambiance ? Au bowling ? Il est toujours complet le bowling, et tous les jeunes de la région ont l’habitude de s’y donner rendez-vous le vendredi soir. Mais la fête battait son plein dans un village voisin, et les pistes habituellement animées étaient d’un calme mortel.
- On a bien pensé s’y rendre, à la fête, mais sans voiture, et avec un horaire de Cendrillon à respecter, ce n’aurait pas été raisonnable.
Mais même s’ils l’ont été, raisonnables et si les yeux de Ben brillent de fierté d’avoir réussi l’épreuve sans malaise ni envie, Frédéric est soulagé d’être rentré au Centre, sans encombre, sans rechute. Il n’avait pas confiance en ses jeunes cocuristes, et l’admet sans fausse honte. L'Équipe non plus, n’avait pas confiance, et ne l’a toujours pas. Richard, gobelets en plastique à la main, interpelle Ben, Jacob et Célestin, qui disparaissent, sagement, dans les Trois petits Cochons, alors que leur aîné s’étonne :
- Pas moi ?
- Tu es Point 7, explique l’éducateur. Et tu mènes une cure exemplaire. Je ne vois aucune raison de te soupçonner de quoi que ce soit.
Cure exemplaire ? Le jeune homme n’est pas assez naïf pour croire Richard sincère. Et il est vrai qu’il s’est assagi, depuis son recentrage. Beaucoup trop, d’après moi. Comme s’il avait perdu son énergie vitale, qu’il vivait à présent au rythme du Règlement, soumis aux désidérata des membres de l’Equipe. Peut-être a-t-il raison ? Peut-être ce récent conformisme l’aidera-t-il dans son projet d’abstinence, et dans sa réinsertion sociale ? Je l’espère pour lui. Je l’espère de tout mon cœur.
Mais j’en doute.
Et même si j’en ai honte, je ne peux m’empêcher de penser aux cures exemplaires de Joffrey, et de Claude. Je ne peux m’empêcher de penser à leurs rechutes tardives, et de me demander si, à l’extérieur, ils ont réussi à vaincre leurs démons. S’ils réussissent à vivre sans la tutelle de l’Equipe.





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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.