Chapitre 26:
Chapitre 9.1
(par
lambertine, ajouté le 12/08/09 20:38)
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Sébastien va mal. Il s’ennuie, se morfond, ne pense qu’à deux choses : boire, et s’en aller. Je le soupçonne, et je ne suis pas seule dans le cas, d’avoir demandé à sa mère de le ramener chez elle. Chez elle, où il s’envoyait de l’héroïne dans les veines sans éveiller le moindre soupçon. Pensez donc ! Elle était si heureuse d’avoir un fils gentil, calme, qui préférait les livres et les maquettes aux beuveries entre copains. Aveuglement, encore et toujours. Ici, depuis le départ de Juliette, le garçon s’éteint un peu plus chaque jour. Sa volonté de guérir s’étiole comme neige au soleil. Oublier. S’évader. Chope, ou vodka, peut-être ? Mohammed, l’ancien taulard, le père désenfanté par la justice lui fait la morale. Les « crasses » ne lui apporteront que du malheur. A 23 ans, sa vie ne fait que commencer. Son casier judiciaire est vierge. Son corps encore en bon état de fonctionnement. Il présente sa propre vie en exemple négatif : prison, divorce, maladie. Perte, surtout, de la garde de ses jeunes enfants. Sébastien a la possibilité d’éviter tout ça. En s’accrochant. En arrêtant. - Et le bowling, ça défoule, non ? Tu es doué ? Le jeune homme reconnaît que, oui, il est doué. Très doué, même. Qu’il compte bien gagner, d’ailleurs. - Dommage, soupire-t-il, que nous ne soyons pas dans la même équipe, toi et moi. - Dommage que nous ne puissions pas choisir nos partenaires, tu veux dire ! Enfin, l’essentiel est de s’amuser, non ? Ce n’est pas l’avis de Marc, l’éducateur de service, qui tombe sans prévenir sur un Aurélien somnolant dans un des fauteuils mous du salon. - Tu changes d’équipe avec moi. - Hein ? bâille mon jeune ami en se frottant les yeux. - On ne dort pas dans le salon. Transgression. Et tu changes d’équipe avec moi. Je tiens à garder ton copain à l’œil. Je me crispe, me retiens d’intervenir. Ces remarques désobligeantes à l’égard de Célestin, la manière insistante qu’a l’Equipe de lui faire sentir qu’il est indiscipliné, dangereux, même quand il dépense toute son énergie à accomplir un travail impeccable et à se comporter en garçon modèle commence à m’irriter. A m’irriter grandement. Aurélien se contente de soupirer un « C’est pas juste » qui agace l’éducateur. - Juste, pas juste, ça m’est égal. Je n’ai aucune confiance en ce petit voyou. Il me semble qu’en plus il déteint sur toi. Fais attention. Tu es ici pour devenir abstinent. Pas pour tomber dans la délinquance. Le jeune homme baisse la tête. Lorsqu’il annonce la nouvelle à son camarade, celui-ci, résigné en apparence, la prend mieux que lui. Que moi aussi, de plus en plus furieuse. Ils n’arriveront à rien avec ce gamin s’ils ne gagnent pas sa confiance. Et ils ne s’y prennent pas de la meilleure façon qui soit, bien au contraire ! A l’appel de mon nom, j’apprends que je jouerai en compagnie de Marie-Line, de Jean-Marc et de Fabien. La seule chose que j’espère, c’est de ne pas trop me ridiculiser. Pari perdu ! Je soupèse les différentes boules, je choisis une « N° 10 ». J’introduis mes doigts dans les trous prévus à cet effet. Je regarde les quilles. Je vise, je cours et je… glisse. Je lâche la boule. Je m’étale sur le dos. Une fois mon souffle récupéré, je m’esclaffe. Moyen de faire autrement ! Mes compagnons, rassurés, se moquent de moi à leur tour. Sauf l’éducateur, qui me passe un savon. Ma boule, elle, a piteusement atterri dans la rigole. J’ai bel et bien été ridicule. Il ne me reste qu’à abandonner, ou à persévérer. Ce que je m’apprête à faire quand Célestin m’ôte la boule des mains, m’en donne une « 12 » plus lourde, et me prévient : - La piste est cirée. Si tu cours dessus, tu glisses. Et tu tombes. Ne cours pas. Reste statique, vise les quilles, et lance. Je suis docilement ses conseils. Et envoie à nouveau la boule dans la rigole. En toute franchise, je ne suis pas douée. Fabien non plus. Par contre, Jean-Marc et Marie-Line m’étonnent. La bourgeoise classieuse et le bibliothécaire à lunettes se révèlent dignes concurrents des jeunots de la piste d’à-côté. Piste où Marc rivalise d’adresse avec Célestin et Sébastien. Plus loin, Aurélien et Mohammed m’enlèvent une part de mes complexes, Honoré ne se débrouille pas trop mal, Delphine se bat pour pulvériser les records des garçons. Nous oublions nos craintes, nos tensions, même quand le serveur nous apporte nos consommations sans alcool. Après tout, le Coca light lemon n’est pas une boisson désagréable. Et j’ai réussi à renverser quelques quilles. Oh, très peu ! Juste assez pour ne pas rentrer « capot » tout en restant bonne dernière. Cette place de lanterne rouge étant peut-être due à mon manque d’attention. Car le manège qui se déroule sur la piste voisine attire obstinément celle-ci. Marc a été distancé par Célestin, Sébastien, et le gros Martin, dont les scores, très proches, surpassent largement ceux ces autres résidents. Mais si ses deux compagnons continuent à accumuler les « strike » et autres « spare », mon jeune ami, lui, ne renverse plus à chaque lancer qu’une ou deux quilles. Je commence à me poser des questions, à me demander à quel jeu il joue. Ce n’est pourtant pas bien compliqué à deviner. Ce devient même limpide lorsqu’il proclame les résultats de la « compétition amicale ». Premier : Martin. Deuxième : Sébastien. Troisième, au grand étonnement de tous : Marie-Line. Dernière, à l’étonnement de personne : moi.
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