Chapitre 261:
Chapitre 48.4
(par
lambertine, ajouté le 11/09/00 21:34)
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Je réponds spontanément, sans ironie aucune : - Je crois en Dieu et aux forces du mal. Il plonge dans le mien son regard sombre, sérieux. Un peu gêné, aussi, comme s’il craignait que je me moque de lui. - Je ne plaisantais pas, Diane. - Moi non plus. Je crois en Dieu, et aux forces du mal. Et en bien d’autres choses, aussi. - Alors, tu… Il éternue à nouveau, se mouche, s’excuse maladroitement. - Il y a des sujets qui ne sont pas faciles à aborder. J’ai toujours l’impression qu’on va se foutre de moi quand je parle comme ça. Me prendre pour un illuminé, ou juste pour un tox en délire. Je lui affirme que, non, je ne me moquerai pas. Quelles que soient ses idées. Qu’il ne doit pas me craindre. Au contraire. - Jean-Marc n’a pas tort, tu sais, m’avoue-t-il alors, presque timidement. Il ne va pas bien, mais il n’a pas tort. - Qu’est-ce que tu veux dire ? - Dieu existe. Je veux dire, vraiment. Il est présent dans les arbres, dans les pierres et les rivières. Je sens qu’il est là. Je sens d’autres présences aussi. Des esprits, ou… je ne peux pas toujours leur donner un nom. Parfois, elles me font du bien, parfois elles me font peur. Parfois, il me semble qu’elles veulent entrer en moi, prendre possession de mon âme. Je ne sais pas toujours comment réagir. J’essaie de prier, mais Dieu voudra-t-il encore m’aider ? Je ne suis pas digne de son attention. Digne de son attention ? Qui l’est ? Dieu est trop grand, trop éloigné des hommes, pour que nous existions vraiment sous son regard. Pas plus que des fourmis. Mais selon mon jeune ami, Dieu est présent dans les fourmis, et peut-être n’a-t-il pas tort. - Tu en as déjà parlé à un prêtre ? De tes impressions, de tes craintes, et de ta Foi ? - Il y a longtemps… Elle n’est pas très orthodoxe, ma Foi. Et je suis toxicomane. - Et alors ? - Personne ne vous prend au sérieux, quand vous êtes toxicomane. - Moi, je te prends au sérieux. Mais je suis un bien piètre guide spirituel. - Mais tu me crois. - Oui. Oui, je te crois. Il se détourne. Baisse la tête. Baisse la voix. Il me fait confiance, et en même temps pas. L’angoisse est toujours là. D’être pris pour un fou, ou pour un imbécile. - Je ressens Dieu, partout. Et les forces du Mal, comme tu les appelle. Je les sens dans les gens, parce que je sens les gens. Je les vois. Je vois leurs souffrances, et leurs craintes, et leurs espoirs. Je les vois en couleurs. C’est dur à expliquer. C’est dur à vivre, aussi. Surtout ici. Il y a entre ces murs un tel concentré de souffrances… Je voudrais tant aider, mais je ne sais pas quoi faire. Je ne sais ce qui est, dans ce qu’il vient de m’avouer, du niveau du ressenti, ou du niveau de la Foi. Ce que je sais, par contre, parce que j’ai pu le constater au fil des jours, c’est que Célestin dit vrai. Il voit les autres. Il les comprend mieux que quiconque ici. Même que les professionnels. Surtout que les professionnels. - Mais tu les aides, Célestin. Tu m’as aidée, moi. Et Hervé. Jacob. Jean-Marc. Hermann… Il pousse un profond soupir, et fait « non » de la tête. - Toi, peut-être. Non. Toi, sûrement. Mais Hervé ? Il reste muré dans son enfance. Et Hermann… Hermann aura rechuté dans moins d’un mois. Son fils l’a emmené dans sa belle voiture, vers sa belle maison, dans sa banlieue chic. Pour y retrouver quoi ? Le vide. Rien que le vide. Je n’ai rien pu faire. Rien du tout. - Tu lui as offert un porte-clés en argent. - Ce n’est rien du tout. - Non. Rien du tout. Et c’est énorme, pourtant. C’est essentiel. Il hausse les épaules. Il paraît triste. A en mourir. - Ce n’est rien du tout, répète-t-il. Diane ? - Oui, Célestin ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Je le prends doucement par les épaules, le tourne doucement vers moi. - Qu’est-ce qui ne va pas ? - J’ai besoin de parler. Je ne sais pas, à qui d’autre. Qu’est-ce que tu penses de moi, Diane ? Il ne m’a jamais paru plus perdu, plus désemparé. Je sais que je devrais l’envoyer à un membre de l’Equipe. Que les confidences entre résidents sont interdites. Je sais aussi qu’il ne parlera pas à Brigitte. Et que, demain, il sera trop tard. Et que, peu importe, il est mon ami, je tiens à lui, et je ne veux pas le voir souffrir. - Tu es le garçon le plus gentil que j’ai rencontré depuis longtemps. C’est ça que je pense de toi, Célestin. Tu es intelligent. Et fragile. Et j’ai peur pour toi. - Il ne faut pas. Je tiens le coup, tu sais. J’ai juste besoin…
Je ne suis pas psy. Jamais je n’aurais pu l’être. Je ne suis qu’une amie qui écoute des mots qu’elle voudrait ne pas entendre, qui comprend une histoire qu’elle voudrait ne pas comprendre. Ce que je pense de lui ? Qu’il est le garçon le plus gentil que j’ai rencontré depuis longtemps. Et qu’après ce qu’il a vécu, c’est un véritable miracle.
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